Читать онлайн "Moi, vous me connaissez ?" автора Дар Фредерик - RuLit - Страница 1

 
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San-Antonio

Moi, vous me connaissez ?

PREMIÈRE PARTIE

ET FINI… ÇA COMMENCE !

CHAPITRE PREMIER

PIF !

Rebecca a voulu qu’on aille boire le dernier chez elle et c’est comme ça que tout est arrivé.

— C’est une môme pas ordinaire, Rebecca.

Et d’abord elle ne se prénomme pas Rebecca. J’ai vu sa carte d’identité, incidemment, tout à l’heure, quand elle a fait choir son sac. Marcelle, elle s’appelle. C’est une petite brune délurée qui ressemble à Zizi Jeanmaire. Quand elle marche, on dirait toujours qu’elle fonce sur quelqu’un pour le gifler. Elle a un petit fessier drolatique, rond et dur, que vous pourriez tenir dans vos deux mains, si elle vous le permettait ; ce qui m’étonnerait car y a pas plus sérieux que cette frangine.

Ce qu’elle trompe son trèpe ! Moi, dès le premier regard, je l’avais cataloguée escaladable fastoche. A mon sens (celui du rez-de-chaussée) ça représentait un dîner et un quart d’heure d’entretien à bâtons rompus, la renversade finale. Une pelle pleine d’autorité, une paluche investigatrice, et inscrivez la jolie mademoiselle au tableau de chasse de monseigneur San A. !

Va te faire lubrifier les soupapes, mon pote !

Vous parlez d’un os ! Devait être compagnonne de la Résistance, Rebecca ! Pourtant je me la suis emparée à la surprise. N’empêche qu’au moment de lui appliquer la galoche gloutonne, j’ai plus eu sous les lèvres que sa tempe avec les petits cheveux fous qui y moussent.

— Qu’est-ce qui vous prend ! elle a exclamé.

Ce qui me prenait ? Une tricotine monumentale, mes bien chers frères ! La vraie massue phénoménale, celle qui t’oblige à marcher au pas de l’oie. D’avoir brusquement son petit corps parfait, tout frétillant, dans mes bras, ça me filait le grand embrasement dans les pipe-lines. La seule différence existant entre la place de la Concorde et moi, c’est que, sur la place de la Concorde, l’Obélisque est absolument à la verticale.

Et voilà-t-il pas que cette bougresse m’échappe ! Me tance ! Me morigène ! Me dit que je suis un bouc en chaleur ; un tringleur pour fin de banquets ; un lapin en folie ; un portefaix hystérique ; un salace ; un libidineux ; un abject aux glandes dégoulinantes ; un vicieux ; un lubrique ; un démoniaque… Tout ça à cause d’une langue fourrée qui ne l’a seulement pas été !

— Mande pardon, mon immaculée ! je lui ai ronchonné. J’avais pas remarqué que je sortais la petite sœur Jésus de l’enfant Thérèse !

S’est ensuivie alors une conversation épique sur le rôle de la galoche princière dans la société moderne, et sur la dislocation des mœurs consécutive à un manque de retenue de plus en plus évident dans le sensoriel. Selon la philosophie de Rebecca, l’abus d’abandon, la spontanéité dans l’élan physique, l’aspect banal de la caresse trop impulsivement prodiguée privent l’individu de la sublimation de l’amour. Elle se réfère aux animaux pour me prouver que l’acte charnel est, dans la nature, une chose quasi sacramentelle. Moi, je l’écoute en matant ses roberts et en supputant la couleur de leurs bouchons de radiateurs.

Un zig en chaleur, vous pouvez lui déballer toutes les philosophies de la terre et du ciel : lui faire appel au sublime, à la conscience, à l’esprit. Godeur il est, godeur il demeure tant qu’on lui a pas déconnecté le trémulseur à ondes courtes. Dans ces cas-là, le blabla savant ne désomnubile pas un mec ; au contraire : il fait que lui renforcer l’impétueux qui gargouille dans ses fibres. Son bel esprit, sa chasteté, son sens de la pureté, la pureté de ses sens, elle peut verser tout ça dans une bouteille, Rebecca, et se coller icelle dans le rectum. Un mec affamé, c’est pas la lecture de Boileau, ni même celle de Boileau-Narcejac qui va lui colmater les brèches stomacales ou combler ses dents creuses.

— On est tous les vassaux de la matière, les disciples du solide, les chevaliers du concret. Tant mieux, ça rassure. Foutez mes viscères dans un canope et mes testicules dans du formol, embaumez le reste de mes restes et vous occupez pas de mon âme. Surtout pas. Never.

— J’en fais mon affaire ! J’expulserai avec mon dernier soupir ou mon ultime pet. L’ira vadrouiller dans les zéphirs, ma belle âme. Elle butinera le vent du large et caressera les pollens. La prenez pas en charge, surtout. Faut qu’elle circule à sa guise, avec ou sans moi. On ne peut rien pour elle, elle a l’habitude d’être orpheline !

Donc je reste avec ma tringle à rideau bien féroce, à écouter tartiner la ravissante môme. Elle est secrétaire de direction chez j‘sais plus quel directeur, Rebecca.

— Je l’ai rencontrée dans les couloirs méandreux de la Grande Cabane. Elle apportait un pli et elle en avait un autre au front parce qu’elle était complètement paumée dans la masure des établissements Pue-pieds. J’ai compris son embarras (de circulation), l’ai remise dans le droit chemin en la convoyant jusqu’au burlingue qu’elle cherchait. Un peu plus tard, je l’ai retrouvée, toujours errante dans nos délicats locaux. Elle avait du temps devant elle. Moi, vous me connaissez ? Lorsqu’une jolie môme a du temps devant elle, j’en ai également devant moi. Bref, le soir même je l’emmenais dîner au Coupe-Chou. Et c’est en retournant à ma chignole que l’élan me prend de l’embrasser et que cette bêcheuse me rebuffe.

* * *

Je pianote nerveusement mon volant tandis qu’elle me distille ses textes édifiants sur la manière d’agencer les rapports sexuels. Pendant qu’elle essaie d’évangéliser l’homme au chibrock dévastateur, ce dernier, dont l’occurrence n’est autre que moi-même (dirait mon Béru), se tient in petto le langage ci-dessous :

« Mon San-A., t’as commis une erreur d’estimation et, de ce fait, perdu ta soirée. Te reste plus qu’à vite parachuter cette conne dans un minimum de temps et avec un maximum d’égards et à courir chez une des potesses de ta « cuvée réservée » pour te faire oblitérer les glandes. »

Car, vous ne l’ignorez pas, mais mon organisation est de première bourre. Quand on demande au père Mao pourquoi il tolère ce furoncle occidental qu’est Hong Kong, il hausse les épaules et répond : « Pff, c’est un coup de téléphone à donner. » Pour bibi, sur le plan tendresse, c’est du kif. A Paname, la reluisance, c’est également « un coup de grelot à donner ».

A bout de respiration, la révérende pimbêche finit par se taire. J’en profite pour lui demander où elle crèche afin de la raccompagner.

— Dans l’île Saint-Louis, me répond-elle.

Ça m’adoucit la rogne car j’adore l’île Saint-Louis et j’apprécie toutes les occases qui s’offrent à moi d’y aller. C’est romantique et Louis XIII, beau et un peu nostalgique.

Elle habite quai d’Orléans, là où la Seine se divise encore pour séparer l’île Saint-Louis de l’île de la Cité. De nuit, c’est féerique. Par chance, je trouve une place sur le trottoir pour ma pompe et je m’apprête à prendre congé de ma donzelle lorsqu’elle me dit, après une courte hésitation :

— Montez donc prendre un verre.

Du coup, j’ai le trémulseur-à-injection-prompte qui tambourine à la cloison de mon kangourou. Qu’est-ce à dire ? M’zelle Chochotte se raviserait-elle ? Aurait-elle des remords ? Ça arrive. J’en ai connu, des sœurs, beaucoup ! Des tas ! Plus encore ! Elles mignardaient au départ, se réfugiaient la vertu derrière les boucliers de la morale, voire de la religion, et puis, dès l’instant que vous les laissiez quimper, elles se hâtaient de valdinguer leur slip ! P’t-être qu’elle appartient à cette catégorie d’hypocrites, Rebecca ? Pour la décider faut lui bousculer la vanité, appliquer le système du dédain.

     

 

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