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Nola posa son café.

Comment savait-il sur quoi elle travaillait ?

— Quelles recherches ?

— Ça va, ne monte pas sur tes grands chevaux. C’est la nouvelle IC... Elle est en phase de test et le programme n’arrête pas de m’afficher le numéro de ton terminal.

Nola se souvint alors que l’Agence mettait en place un nouveau logiciel d’« intégration collaborative », un système essaimant des alertes dans les nombreux services de la CIA quand ils travaillaient simultanément sur des données connexes. À une époque où l’on vivait sous la menace terroriste, une catastrophe pouvait souvent être évitée si on vous prévenait que votre collègue au bout du couloir avait justement les infos qui vous manquaient... Pour l’instant, l’IC avait été plus une nuisance qu’une aide – Nola l’avait surnommée « l’Interruption Constante ».

— C’est vrai. J’avais oublié. Qu’est-ce que tu as pour moi ?

Personne à Langley n’était au courant de l’opération de ce soir. Par conséquent, personne ne travaillait sur le même sujet qu’elle. Les seules recherches qu’avait effectuées Nola sur ordinateur étaient pour Sato : une compilation des sujets ésotériques étudiés par les francs-maçons. Mais, face à Rick Parrish, Nola était forcée de jouer le jeu.

— C’est sans doute pas grand-chose, commença Parrish, mais on a arrêté un hacker ce soir. Et l’IC nous demande de partager l’info avec toi.

Un hacker ?

Nola but une gorgée de café.

— Vas-y. Je t’écoute.

— Il y a environ une heure, on a attrapé un type – un dénommé Zoubianis. Il essayait d’accéder à un fichier appartenant à l’une de nos bases de données internes. Il a dit que c’était une commande mais qu’il ignorait totalement pourquoi il devait accéder à ce fichier et qu’il était loin de se douter qu’il était sur un serveur de la CIA...

— D’accord.

— On a fini de l’interroger. Il a dit la vérité. Mais il y a un truc bizarre : ce même fichier, un peu plus tôt dans la soirée, a fait l’objet d’une requête. À en croire notre moteur de recherche interne, quelqu’un s’est branché sur notre réseau avec une série de mots clés et le système a généré un caviardage automatique. La suite de mots clés était vraiment étrange. Il y en a un en particulier que l’IC a placé au sommet de la liste de nos données communes. On trouve ce mot uniquement dans les historiques de nos deux ordis. Tu sais ce que c’est qu’un... symbolon ?

Nola fit un bond et renversa son café sur son bureau.

— Les autres mots clés sont tout aussi saugrenus, poursuivit Parrish. Pyramide... Ancienne porte...

— Rapplique ici ! lança Nola, en épongeant son plan de travail. Et amène-moi tout ce que tu as !

— Sans blague, ces mots te disent quelque chose ?

— Viens, je te dis !

89.

Le Collège de la cathédrale est un édifice élégant aux airs de manoir anglais, situé à une centaine de mètres au nord de la Cathédrale nationale. L’établissement – de son vrai nom, le Collège of Preachers – a été construit à la demande du premier évêque de Washington, pour le perfectionnement des prêtres après leur ordination. Aujourd’hui, on peut y suivre des cours de théologie, de droit, de médecine et de spiritualité.

Langdon et Katherine avaient piqué un sprint sur la pelouse. Grâce à la clé du doyen, ils étaient parvenus à entrer dans le bâtiment juste avant que l’hélicoptère ne s’élève à nouveau au-dessus de la cathédrale, éclairant la nuit de ses projecteurs. À présent, ils étaient dans le hall, haletants, et surveillaient les alentours. Les fenêtres laissaient filtrer suffisamment de lumière ; inutile d’allumer les lampes et de courir le risque que le Faucon noir ne les repère. Ils longèrent le couloir principal, passant devant des amphithéâtres, des salles de cours et des espaces de détente. L’endroit rappelait à Langdon les bâtiments néo-gothiques de l’université de Yale – magnifiques à l’extérieur et strictement pratiques à l’intérieur, la décoration d’antan ayant été adaptée aux contingences de la vie moderne.

— Par ici ! lança Katherine en désignant l’extrémité du couloir.

Langdon ne comprenait toujours pas l’illumination de son amie concernant la pyramide, mais, de toute évidence, Isaacus Neutonuus avait été l’étincelle. Elle lui avait simplement dit, en traversant la pelouse, que la transformation de la pyramide pouvait être réalisée au moyen d’un procédé tout à fait élémentaire. Et elle était certaine de trouver ce qu’il lui fallait dans ce bâtiment. Langdon ne voyait pas du tout comment Katherine comptait réaliser la transmutation d’un bloc de granite ou d’un tétraèdre d’or, mais après avoir été témoin de la métamorphose d’un cube en symbole rosicrucien, il s’attendait à tout.

Arrivée au bout du couloir, Katherine fronça les sourcils, contrariée.

— Vous disiez que ce bâtiment avait des chambres ?

— Oui, pour les participants aux séminaires.

— Il y a forcément une cuisine quelque part...

— Vous avez faim ?

— Non. Il me faut un labo, répliqua-t-elle, impatiente.

Bien sûr, où avais-je la tête ?

Langdon repéra un escalier qui menait au sous-sol. Au-dessus du chevêtre un symbole plein de promesses.

Le pictogramme préféré des Américains...

La cuisine était gigantesque – plats, ustensiles, plan de travail ; tout était en inox – et conçue pour rassasier de nombreux convives. La pièce ne disposant pas de fenêtre, Katherine ferma la porte et alluma la lumière. Les ventilateurs des hottes se mirent automatiquement en marche.

Elle commença à fouiller les placards.

— Robert, ordonna-t-elle, posez la pyramide sur l’îlot central.

Se sentant comme un jeune marmiton aux ordres d’un grand chef, Langdon s’empressa d’obéir. Tandis qu’il sortait la pyramide et plaçait la coiffe dorée dessus, Katherine remplissait un faitout d’eau chaude.

— Vous voulez bien mettre ça sur la cuisinière ? Langdon installa le grand récipient sur les feux, pendant que Katherine ouvrait le gaz et craquait une allumette.

— On va faire cuire des homards ?

— Très drôle ! Non, nous allons faire un peu d’alchimie élémentaire. Et pour votre culture personnelle, c’est un cuit-pâtes, ça sert, comme son nom l’indique, à faire cuire des pâtes, pas des homards, dit-elle en désignant la passoire qu’elle avait retirée du faitout et placée à côté de la pyramide.

Que je suis bête...

— Et faire cuire des pâtes va nous aider à décrypter cette pyramide ?

Katherine l’ignora et poursuivit avec un sérieux indéfectible :

— Comme vous le savez sûrement, ce n’est pas un hasard si les maçons ont choisi de faire du trente-troisième degré le grade le plus élevé de leur ordre. Il y a une raison historique et symbolique.

— Bien sûr, répondit Langdon.

Du temps de Pythagore, six cents ans avant Jésus-Christ, la numérologie plaçait le nombre trente-trois au premier rang des Nombres Maîtres. C’était le chiffre le plus sacré, représentant la vérité divine. La tradition s’est perpétuée chez les francs-maçons... Et aussi ailleurs. Ce n’était pas une coïncidence si on racontait aux chrétiens que Jésus avait été crucifié à trente-trois ans, même si personne ne connaissait réellement l’âge du Christ. Ni une coïncidence, non plus, lorsqu’on prétendait que Joseph avait épousé Marie à trente-trois ans, que Jésus avait accompli trente-trois miracles, que le nom de Dieu est mentionné trente-trois fois dans la Genèse, ou que, dans l’islam, tous les habitants du Paradis ont éternellement trente-trois ans.