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Les pilotes avaient prié avant de décoller, bu du saké, entouré leur front du bandeau du guerrier, le hashmaki blanc. Les vingt-sept sous-marins disposés autour de l’île devaient couler tous les bateaux qui tenteraient d’échapper à la rade. Certains d’entre ces sous-marins avaient accroché sur le pont de petits submersibles de poche qui, guidés par deux hommes, devaient pénétrer dans le port. Celui qui était arrimé au I.24 était commandé par le jeune enseigne Sakamaki qui se présenta au commandant Hashimoto vêtu d’un slip et d’un blouson de cuir, sa tenue de combat. Il portait le bandeau blanc. Sakamaki s’inclina. C’était l’heure de la séparation des deux bâtiments.

C’est peu après, à 3 h 42, ce dimanche 7 décembre 1941, que l’enseigne de vaisseau McCoye, à bord du dragueur de mines Condor, aperçoit, à 50 mètres, un sillage laissé par un périscope de sous-marin. Il lance un message optique au contre-torpilleur Ward. Le capitaine Outerbridge, qui commande le Ward, craint d’abord qu’il ne s’agisse d’un bâtiment américain en manœuvre, mais il décide de bombarder le sous-marin : « Nous avons attaqué, fait feu et lâché des grenades sous-marines contre un sous-marin opérant dans la zone militarisée », câble-t-il.

Il est déjà 6 h 55, bientôt 7 heures, l’heure du petit déjeuner sur les navires, dans les réfectoires des bases aériennes. Les hommes de service traînent. C’est dimanche. Il fait encore plus beau que d’habitude. Les permissionnaires se préparent à quitter les navires, après le lever des couleurs à 8 heures, souvent en présence de la fanfare assemblée sur la plage arrière des cuirassés.

À 7 h 02, dans le poste de radar d’Opana, le plus au nord de l’île, les soldats Lockhard et Elliott attendent le camion qui apporte le petit déjeuner. Il est en retard. Ils regardent machinalement l’écran radar. Ils sont stupéfaits. Il semble qu’un vol massif d’avions se dirige vers l’île. Les appareils se rapprochent à grande vitesse. Elliott communique au centre d’information de Fort Shafter : « Un grand nombre d’avions fonce vers nous, venant du nord, 3 degrés est. »

Il est 7 h 10. Le lieutenant Tyler qui reçoit le message n’occupe ce poste que depuis quatre jours. « Ne vous en faites donc pas, dit-il, il ne peut s’agir que d’avions amis, sans doute les forteresses volantes B-17 qui doivent arriver ce dimanche de Californie. » Elliott, pourtant, reste devant les écrans radars. Les avions progressent. Ils sont 183 et constituent la première vague d’attaque japonaise qui a quitté les porte-avions à 6 heures.

À 7 h 15, la deuxième vague de 168 avions décolle. Peu après, Elliott « perd » ses avions sur les écrans radars. Les appareils qui contournent l’île sont dans l’ombre des collines qui les masquent. Il est 7 h 35. À cet instant, le commandant Fushida, qui dirige la vague d’assaut, aperçoit à travers les nuages blancs la côte d’Oahu et, bientôt, tous les navires, les hangars, les avions alignés en rangs serrés sur les pistes. Il manque les porte-avions, mais l’essentiel de la flotte américaine du Pacifique est là. Le commandant Fushida regarde autour de lui les bombardiers-torpilleurs en piqué qui volent en formation et, au-dessus, les bombardiers « horizontaux » qui lâcheront leurs bombes après les torpilles.

Il est 7 h 49. Fushida donne l’ordre d’attaque. Il commence son piqué jusqu’au ras des flots. Il va lancer sa première torpille contre ces navires sur le pont desquels il aperçoit les marins en tenue blanche qui s’alignent pour le salut aux couleurs. Les instruments des fanfares brillent dans le soleil. Rien ne peut plus protéger cette flotte américaine ! Fushida, avant même d’avoir attaqué, envoie à l’amiral Nagumo le message de victoire : « Tora, Tora, Tora ! » Il est 7 h 53, ce dimanche 7 décembre 1941. Une guerre commence.

Durant plusieurs minutes, personne à Pearl Harbor ne l’imagine. Le contre-amiral Furlong, qui prend son petit déjeuner à bord du mouilleur de mines Oglala, s’écrie en voyant tomber une bombe près du navire : « Quel est ce pilote stupide qui a mal fixé son dispositif de bombardement ? »

Le général Short, en entendant les premières explosions, est persuadé qu’il s’agit de manœuvres de la marine et, naturellement, l’amiral Kimmel ne l’a pas averti. Un marin du California commente le passage des chasseurs japonais Zéro : « Il doit y avoir un porte-avions russe qui nous rend visite. J’ai vu nettement les cercles rouges sous les ailes. » Et il assure que l’un des pilotes l’a salué d’un geste de la main. Les musiciens et les permissionnaires sur les ponts restent immobiles, tant la surprise est grande d’entendre les premières explosions, de voir les réserves de mazout exploser, une fumée tourbillonnante et noire envahir le ciel. Ils ne saisissent le danger qu’au moment où tombent près d’eux les premiers tués. Les flammes s’élèvent. Les navires s’embrasent. L’huile enflammée se répand sur la mer. Les détonations ébranlent toute l’île Ford.

Les cuirassés disparaissent dans les volutes noirâtres cependant qu’on entend le haut-parleur de l’Oklahoma répéter : « Des vrais avions, des vraies bombes, ce n’est pas un exercice. » À 7 h 58, un message non codé est envoyé à toutes les unités et à Washington : « Attaque aérienne sur Pearl Harbor. Ceci n’est pas un exercice. » L’amiral Kimmel, du haut de la colline qui domine la rade, regarde, paralysé, debout dans la pelouse de sa villa. Son visage est blanc comme son uniforme. Près de lui, une femme d’officier murmure : « On dirait qu’ils ont eu l’Oklahoma. – Oui, c’est ce que je vois », répond l’amiral.

En quelques minutes, c’est l’enfer pour des milliers d’hommes. L’Arizona explose – plus de mille hommes disparaissent. L’Oklahoma et le Nevada se retournent et des centaines d’hommes restent enfermés dans les coques cependant que d’autres tentent d’échapper aux flammes qui dévorent la mer huileuse. Les ponts sont brûlants. Les soutes explosent. Les avions alignés sur les terrains de Hickam et Wheeler sont mitraillés, incendiés. Les chasseurs japonais passent et repassent, poursuivent les hommes isolés.

On court, on se jette à terre puis on se redresse, on tire avec toutes sortes d’armes, du revolver au fusil de chasse, de la mitrailleuse au canon. Un marin, Walter, pour protéger le Pennsylvania en cale sèche, fait rouler sa grue d’avant en arrière pour gêner les avions qui passent en rase-mottes tentant d’atteindre le cuirassé. Tout ce qui vole est ennemi. Des P40 de l’Enterprise et les forteresses B-17 qui arrivent de Californie sont pris pour cibles quand ils veulent se poser.

C’est le désordre général avec des actes individuels d’héroïsme. Les permissionnaires veulent regagner leurs navires qui ont disparu et voici qu’arrive la seconde vague japonaise qui parachève le désastre (8 cuirassés coulés ou gravement endommagés ainsi que 3 croiseurs légers, 3 destroyers, 4 navires auxiliaires, 188 avions détruits et près de 4 000 morts et blessés).