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Arrivé à destination, il stationna sa voiture près de celle de Julien. Finalement, il avait bien fait de venir.

En entrant, il trouva les deux gardes et leur chef en pleine discussion.

— Salut, Vincent ! lança Julien Mansoni. Comment tu vas ?

— Bien, répondit le guide en serrant la main aux trois hommes. Vous n’êtes pas sur le terrain ?

— On prépare la journée d’information de demain, expliqua Baptiste.

— Si tu veux un café, sers-toi, ajouta Cédric. Je viens de le faire, il est encore chaud !

— Merci…

Comment allait-il aborder le sujet ?

— Tu voulais quelque chose ? supposa Julien.

— Oui… En passant ce matin devant la station d’épuration, il m’est venu une question à l’esprit… Est-ce que la loi n’impose pas des études de sol pour le recyclage des boues d’épuration ?

Le visage de Mansoni se crispa légèrement.

— Bien sûr ! confirma Cédric. C’est obligatoire. Il faut que le sol soit particulièrement étanche aux infiltrations.

— C’est bien ce que je pensais ! jubila Vincent. Et vous croyez que Lavessières a tout fait dans les règles ?

— Pourquoi tu nous demandes ça ? s’étonna Baptiste en triturant sa moustache.

— Je me posais la question, c’est tout… Je cherche toujours le moyen d’emmerder ce salaud !

— Maintenant que le site a été choisi, c’est peut-être un peu tard, souligna Cédric.

— Oui, concéda Vincent. Mais on ne sait jamais… Il faut que je sache si ces études ont été faites… Je vais aller à la mairie et…

— Elles ont été faites, lâcha soudain Julien.

— Ah oui ? répondit Vincent d’un ton innocent. Tu en es sûr ?

— Certain… J’ai déjà vérifié.

— Ah… Et le terrain était bon pour l’usage qu’en a fait Lavessières ?

— Ben oui ! Sinon, à quoi bon demander des études ?

— Et si c’est un pote à lui qui a procédé à l’expertise ? soupçonna soudain Cédric.

Sans le vouloir, le jeune garde filait un sérieux coup de main à Vincent.

— C’est vrai ! renchérit le guide. Si c’est un pote à lui qui les a faites, c’est du bidon ! Il faut que j’exige de consulter le dossier à la mairie et que je voie le nom de celui qui a réalisé l’expertise…

— En espérant que ce ne soit pas Portal ! ricana Baptiste.

— Il est tellement con qu’il pourrait même pas étudier le contenu de ses poches ! fit Cédric.

Vincent jeta un œil du côté de Julien qui gardait le silence mais semblait plutôt à l’aise malgré la difficulté de la situation.

— Bon, merci pour tous ces renseignements et pour le café, les gars ! dit Vincent en se levant.

— T’as pas de clients aujourd’hui ? s’étonna Cédric.

— Non, pas aujourd’hui… Mais demain, j’ai un groupe de vingt personnes pour l’ascension du Cimet.

— Vingt ? répéta Baptiste. Tu vas en perdre la moitié en route !

— Non, ce sont des randonneurs expérimentés. Ils font tous partie du même club… Bon, je vais à la mairie remuer un peu la merde ! Rien qu’en me voyant, Lavessières va faire une attaque ! Salut, les mecs…

Le guide rejoignit sa voiture. Visiblement, les gardes n’étaient pas au courant des activités rémunérées de Mansoni pour le compte de Lavessières. Alors qu’il tournait la clef dans le contact, Julien vint frapper à sa vitre. Vincent coupa le moteur bruyant du 4 x 4.

— Je peux te parler ? pria Mansoni.

— Oui, bien sûr… Qu’est-ce qu’il y a ?

Vincent descendit de sa voiture, ils s’éloignèrent un peu du bureau.

— Qu’est-ce qui se passe, Julien ?

— Les études dont tu viens de parler… C’est moi qui les ai faites.

Vincent se força à arborer un air étonné.

— Toi ? Mais pourquoi tu ne l’as pas dit tout à l’heure ?

— Les gars ne savent pas que j’ai bossé pour la mairie, j’ai peur qu’ils le prennent mal.

— Disons que c’est surprenant ! répondit Vincent.

Le chef de secteur s’assit sur un muret. Il paraissait légèrement embarrassé mais gardait un étonnant sang-froid.

— Ça te choque ?

— Non, assura Vincent. Il fallait bien que quelqu’un s’en charge… Et si tu étais qualifié pour ça, je ne vois pas le problème. D’autant plus que je suis sûr qu’avec toi, le maire n’a pu bénéficier d’aucune complaisance.

— Le terrain était adapté, il n’y a eu aucun souci.

— C’est bien… Mais dans ce cas, pourquoi es-tu gêné que tes gars soient au courant ?

— Ben… Ils ne portent pas Lavessières dans leur cœur et s’ils savent que j’ai perçu de l’argent de ce type…

Premier faux pas.

Normal de glisser quand on marche dans la boue.

— De la mairie, rectifia Vincent.

— Hein ?

— Tu as reçu de l’argent de la mairie, pas du maire…

— Exact… C’est parfaitement légal, tu sais… En tant qu’expert, j’avais le droit de conseiller les élus et d’être indemnisé pour cela.

— C’est bien payé ? Si c’est pas trop indiscret !

— Pas terrible !

Quatorze mille euros ! Pas terrible ?!

— Bon, je ne me porterai jamais volontaire, dans ce cas ! ajouta Vincent en souriant.

— Je voulais que tu le saches avant d’aller te renseigner, conclut Julien. Inutile que tu perdes ton temps !

— Ouais, bien sûr… Je trouverai bien autre chose pour l’emmerder !

— Sûrement, acquiesça Julien. Je te laisse, on a encore pas mal de boulot…

Mansoni repartit vers le bureau tandis que Vincent remontait à bord de son pick-up.

Désormais, il avait la certitude que Julien voulait cacher quelque chose. Mais il n’était guère plus avancé. Ces questions lui donnaient mal au crâne ; il rêvait de vérité comme on rêve de silence au milieu du vacarme.

Il traversa à nouveau le village d’Allos et remarqua le Range Rover de Portal dans son rétroviseur. Deux fois dans la même journée que ce crétin roulait derrière lui.

Bizarre.

Le suivait-il ?

Il dépassa la route du Lac, continua en direction de Colmars. Le Range Rover était toujours dans son sillage. Peut-être allait-il lui aussi à Colmars ?

Il laissa les fortifications de côté et emprunta la grande route qui descendait dans la vallée, direction Saint-André.

Le Range Rover s’était arrêté au village. Fausse alerte.

Vincent fit le plein à la station-service puis reprit sa route. En quittant Julien, il avait eu une idée. Quelqu’un pouvait lui venir en aide.

Il mit une cassette dans l’autoradio ; musique classique, comme souvent. Les notes mélancoliques de Jean Sibelius et les kilomètres défilèrent dans cette chaude après-midi de fin juillet. Les touristes étaient nombreux et Vincent n’aurait plus guère de temps libre jusqu’à la fin août avec, au programme, cinq à six randonnées par semaine. Mais ce rythme lui convenait à merveille.

Sauf que cet été, le ciel était sombre. Le suicide de Myriam, la mort brutale de Pierre et ce sentiment étrange pour Servane.

Tellement de choses difficiles à affronter…