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Une histoire suivie des Nabatéens reste encore impossible à établir. En 169, le deuxième livre des Maccabées (V, 8) nous fait connaître un prince nabatéen du nom d’Arétas Ier, chez qui se réfugie le grand prêtre de Jérusalem Jason, chassé par Ménélas. Pendant tout le IIe s. av. J.-C., les rapports entre les Nabatéens et la dynastie juive des Asmonéens semblent être amicaux.

Cependant, l’extension vers le territoire de Moab de l’État juif conduit celui-ci à entrer en conflit avec les Nabatéens, qui commencent à étendre leur domination vers le nord. En 93 av.

J.-C., les armées juives d’Alexandre Jannée (103-76) sont vaincues par

celles d’Obodas Ier (96-84). Celui-ci, qui marche vers Damas, triomphe du roi grec de Syrie Antiochos XII (84 av.

J.-C.), et son fils, Arétas III, devient la même année roi de Damas, Ce roi (84-62), qui se fait appeler sur ses monnaies philhellène, introduit dans son royaume la culture hellénique, qui va marquer fortement l’art nabatéen et surtout l’architecture de Pétra.

À la mort d’Alexandre Jannée (76), ses deux fils se disputent le pouvoir : Aristobule II, étant resté maître de Jé-

rusalem, Hyrcan II se réfugie auprès d’Arétas III, qui, en 65 av. J.-C., met le siège devant Jérusalem, mais qui est contraint de se retirer par Pompée, débarqué l’année précédente en Syrie avec plusieurs légions. Scaurus, lieutenant de Pompée, conduit une expé-

dition jusqu’à Pétra, qu’il ne pourra prendre, mais à qui il imposera un tribut : la Nabatène devient désormais vassale de Rome.

Lors des guerres civiles romaines, les Nabatéens prennent parti pour Marc Antoine, ce qui vaut à Obodas II (30-9

av. J.-C.) de se voir confisquer par Auguste la Batanée et la Trachonitide.

Malgré cela, c’est sous Arétas IV (9 av.

J.-C. - 40 apr. J.-C.) que Pétra parvient à son apogée et que la cité se couvre de ses premiers monuments. Le déclin de la Nabatène commence aussitôt après, sous le règne de Malichos II (40-70).

Malgré les efforts de son dernier roi, Rabel II (70-106), le détournement du commerce arabe par la voie de la mer Rouge porte un coup fatal à l’économie de la Nabatène, que Trajan, en 106, annexera à l’Empire romain.

Le type hellénisant de l’architecture nabatéenne, particulièrement repré-

sentée à Pétra, se retrouve sur toute l’aire d’influence de ce peuple, depuis Bosra au nord jusqu’à Hegra (actuelle Madā’in Ṣāliḥ) en Arabie centrale : toutes ces cités nabatéennes sont des étapes sur la route reliant l’Arabie mé-

ridionale à la Syrie et à la Palestine.

La religion et l’architecture religieuse des Nabatéens nous sont

connues en particulier par les fouilles d’Iram, au nord-est d’‘Aqaba, dans le djebel Rām, haut lieu de la déesse Allāt

(forme féminine de l’arabe Allāh), et celles du Khirbet Tannūr, au nord de Pétra, effectuées par Nelson Glueck en 1937. Le temple de Khirbet Tannur a été édifié vers la fin du IIe s. av. J.-C.

Il est constitué par une vaste cour inté-

rieure, orientée vers l’est, et un autel remanié vers 8-7 av. J.-C. Celui-ci est un autel gigantesque de 3,65 m sur 3,40 m et d’une hauteur de 3,20 m : on accédait au sommet par des degrés ; le sanctuaire présente les principes sémitiques des cours concentriques et de l’autel placé dans l’axe des entrées ; sur les flancs nord et sud sont installées les chambres et le lieu destiné aux repas sacrés. Les sculptures retrouvées illustrent le panthéon nabatéen, sur lequel règne Dūshara ou Dusarès.

Pétra

En ar. al-Baṭrā, capit. du royaume de Nabatène.

Son site fut identifié en 1812 par le voyageur suisse Johann Ludwig Burckhardt (1784-1817). La ville s’élève dans un cirque naturel d’une sauvage grandeur, auquel on accède par un étroit défilé de 2 km de long, le Siq. Nous savons, par une inscription récemment découverte, que le nom araméen de la ville était Reqem. Le site fut d’abord occupé par les Édomites ; il leur fut enlevé par les tribus sans doute venues d’Arabie méridionale qui, selon certaines hypothèses, auraient fondé la ville vers la fin du VIe s. av. J.-C.

Dans la roche friable qui domine le cirque de plus de 300 m, les Nabatéens se bornèrent d’abord à creuser des grottes pour constituer un habitat permanent parallèlement à leurs villages de tentes.

Puis ils bâtirent des demeures en pierres grossièrement taillées ; au Ier s. apr. J.-C., ils commencèrent à tailler des temples dans le roc : le plus important est le « Qasr Firaoun » (Qaṣr bint Fir’aun, « Château de la fille du pharaon ») ; c’est un temple consacré sans doute à Dūṣhara (Dusarès), dieu principal de Pétra. Ce n’est cependant qu’à l’époque romaine, aux IIe-IIIe s., que furent taillés dans le roc les grands monuments de Pétra si parfaitement conservés : temples à frontons et colonnades superposées, comme le Khazneh Firaoun (trésor du pharaon) ou le Deir (monastère), théâtre et tombes monumentales (illustr. : v. Syrie).

G. R.

F Arabie.

R. E. Brünnow et A. von Domaszewski, Die Provincia Arabia (Strasbourg, 1904-1909 ; 3 vol.). / A. B. W. Kennedy, Petra, its History and Monuments (Londres, 1925). / A. Kammerer, Pétra et la Nabatène (Geuthner, 1929-30 ; 2 vol.). / G. Gerster, Sinai, Land der Offenba-rung (Berlin, 1961 ; trad. fr. Sinaï, terre de la Révélation, Plon, 1962). / J. Starcky, « Pétra et la Nabatène », dans Supplément au Dictionnaire de la Bible, fasc. 39 (Letouzey et Ané, 1964). /

A. Champdor, les Ruines de Pétra (A. Guillot, Lyon, 1972).

nabis

Nom d’origine biblique (signifiant

« hommes inspirés », « prophètes ») pris par un groupe d’artistes formé en 1888 à Paris et dispersé vers 1900.

Il comprenait Paul Sérusier, Maurice Denis, Pierre Bonnard*, Paul Ranson, Henri Grabriel Ibels, Ker Xavier Roussel, Édouard Vuillard et René Piot (1869-1934), auxquels s’associèrent souvent Félix Vallotton, Georges

Lacombe, Maillol*, Armand Séguin

(1869-1903), le Danois Mögens Ballin (1871-1914), le Hongrois József Rippl-Rónai (1861-1927), le Néerlandais Jan Verkade (1868-1946).

Sérusier est le fondateur du groupe des nabis, auxquels il apporte l’expé-

rience de l’école de Pont-Aven, groupement épisodique qui doit son intérêt à la rencontre, en Bretagne, à Pont-Aven, de Gauguin* avec le peintre et théoricien Émile Bernard (1868-1941).

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La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 14

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Sérusier explique à ses camarades

— presque tous, comme lui, issus de l’atelier de Gustave Moreau* à l’académie Julian — les idées élaborées à Pont-Aven. C’est en 1888 qu’il exé-

cute d’après les indications de Gauguin un tableau appelé Paysage du bois d’Amour à Pont-Aven ou le Talisman (coll. priv., Paris). Ainsi naît le groupe,

d’une adhésion enthousiaste aux théories de Gauguin et de ses proches. Les principales caractéristiques du style

« nabi » résident dans l’emploi des couleurs en aplats — cloisonnées ou cernées par des couleurs plus sombres

—, le « synthétisme » de la facture et l’absence quasi complète de perspective, ainsi que dans un goût très marqué pour l’arabesque et les volutes sous l’influence des estampes japonaises.

Cette prédilection pour des formes contournées et dynamiques a des analogies avec celle d’autres artistes de la fin du XIXe et du début du XXe, dont l’esthétique est désignée sous le nom d’Art* nouveau.

Le symbolisme* est, d’autre part, une source d’inspiration pour les nabis, qui doivent beaucoup à la lecture et à la fréquentation des écrivains et des poètes symbolistes, et, plus encore, à la connaissance d’artistes comme Odilon Redon*, Eugène Carrière (1849-1906) et Puvis* de Chavannes. La musique de l’époque suscite aussi, surtout de la part de Maurice Denis et de Sérusier, des essais de transposition dans le domaine pictural. Ce que les nabis retiennent de l’oeuvre des trois artistes cités plus haut, c’est leur sens de la composition décorative : arbres-colonnes et silhouettes des personnages adaptées au décor environnant (Puvis de Chavannes), emploi des noirs avec ou sans dégradés dans la lithographie et la peinture, palette de couleurs restreinte, formes vagues ou indéterminées (Carrière et Redon). Cela n’em-pêche pas les nabis d’utiliser tout de même les tons vifs, qu’affectionneront quelques années plus tard les fauves : Autoportrait de Vuillard (v. 1890-1892, coll. priv., Paris).