L’ÉCOLE DE NANCY
Le XIXe s., tout créateur qu’il fût en Occident dans les arts d’expression, avait cessé de l’être dans l’architecture et les arts du décor sous l’influence des dogmatiques archaï-
sants de la suite de Louis David. Les esprits clairvoyants s’alarmaient de cette démission et exhortaient les artistes à renouveler un répertoire usé. C’est de Nancy que partit, pour la France, l’essor tant souhaité. À
l’exposition internationale de 1889, à Paris, celle même où se manifesta brillamment l’architecture du fer, un artiste nancéien, Émile Gallé (1846-1904), céramiste, verrier, ébéniste, littérateur, présenta des vases de verre soufflé d’un goût inédit. Le succès en fut très vif (se répercutant, par exemple, sur la remarquable production de la verrerie Daum). À l’Exposition universelle de
1900, il confirmait avec non moins d’éclat sa conception dans l’art du meuble. Galle croyait régénérer la menuiserie en retournant aux sources de la nature, en imitant, avec les grossissements nécessaires, la tige cannelée de l’ombellifère ou le corps fuselé de la libellule. Il construisit des meubles qui évoquaient un taillis de branches et de fruits. Les articles et conférences recueillis dans ses Écrits pour l’art développent la thèse du maître, à laquelle adhéra tout un groupe d’artistes lorrains. L’école de Nancy eut même sa revue, Art et industrie, dirigée par Gouttière-Vernolle. C’est moins par sa production, d’une rationalité contestable, que par le rejet des routines que l’école de Nancy et tout particulièrement Gallé, malgré sa disparition prématurée, ont une place considérable dans l’évolution de l’art français.
Il serait erroné d’imaginer le cénacle lorrain comme une assemblée d’élites travaillant sous la dictée du maître : aucun des disciples n’a pratiqué dans sa rigueur la formule de celui-ci. Georges Hoentschel lui-même († 1913), exécutant le mobilier sculpté d’églantiers conservé au musée des Arts décoratifs, à Paris, a massé les jets végétaux que Gallé, audacieusement, disposait en tous sens. Victor Prouvé (1858-1943), architecte et ferronnier, l’un des théoriciens du groupe et qui le présidera quand s’éteindra son promoteur, est plus près d’Hoentschel que de Gallé. Si Louis Majorelle, né à Toul (1859-1926), a souvent combiné la sculpture et la marqueterie dans l’ornementation d’un meuble, il n’y a pas appliqué le principe initial de Gallé : les larges moulurations qui décorent ses meubles n’empruntent pas au végétal. À
Majorelle s’apparente l’architecte et décorateur Eugène Vallin (1856-1922), ainsi que P. A. Dumas, qui produit en 1902 une de ces tables à piétement massif et compliqué caractéristiques du formulaire nancéien, qu’appliquent aussi Georges Nowak en 1903, puis Albert Angst.
Par contre, l’école de Nancy a ses dissidents. E. Collet construit des meubles sobres et logiques ; Abel Landry pareillement, Benouville, qui était ingénieur des Arts et Métiers, se montre dans ses créations plus ingénieur qu’esthéticien. À
l’inverse, Rupert Carabin, de Saverne, est d’abord sculpteur ; une table est, pour lui, un plateau soutenu par des figures nues.
L’irrationalité de ces ouvrages, quelque
intéressants qu’ils fussent en eux-mêmes, déconcertait le public. Dès 1905, une réaction se manifestait ; elle-même connaîtra maintes contradictions avant d’atteindre au pragmatisme, notamment chez un Jean Prouvé (né en 1901), fils de Victor et pionnier de la préfabrication métallique.
G. J.
F Art nouveau / Décoratifs (arts) / Ferronnerie
/ Lorraine.
P. Marot, le Vieux Nancy (Arts graphiques modernes, Nancy, 1936 ; nouv. éd., Impr. Hum-blot, Nancy, 1970) ; le Musée historique lorrain (Berger-Levrault, Nancy, 1948). / M. Grosjean et R. Martin, Nancy (Hachette, 1959). / P. Simonin et R. Clément, l’Ensemble architectural de Stanislas (Libr. des arts, Nancy, 1966).
nanisme
État des individus dont la taille est in-férieure de plus de 20 p. 100 à la taille moyenne des sujets du même âge.
Chez l’enfant, lorsque la diminu-
tion est voisine de 20 p. 100, on parle de « retard de croissance ». Certains enfants présentent, en effet, un ralentissement passager de la croissance ; quelques années plus tard, ils ont pu regagner une partie de leur retard et entrer dans la limite inférieure de la taille normale. Si, au contraire, le retard persiste, ou augmente avec l’âge, il s’agit bien d’un cas de nanisme.
Étude clinique
Devant un retard de croissance, il faut s’attacher à préciser la taille des ascendants et des collatéraux ainsi que le rythme de leur croissance, l’âge de leur puberté et l’existence éventuelle de maladies endocriniennes, métaboliques ou osseuses. L’étude de l’enfant porte sur sa morphologie, sa maturation osseuse, son niveau mental et, notion primordiale, sa vitesse de croissance, déduite de l’évolution de sa taille au cours des années anté-
rieures. L’étude de la morphologie est appréciée par un ensemble de mesures simples : poids, taille générale, longueur des membres, périmètres crâ-
nien, thoracique, abdominal. Ces mesures permettent d’établir une fiche morphologique et sont comparées
aux chiffres normaux pour l’âge. On construit ainsi le morphogramme de l’enfant. Une table de données standard est très utilisée : les abaques de Scholler. L’étude de la maturation osseuse consiste à apprécier le degré d’ossification. Cette étude s’effectue à l’aide de radiographies, le plus souvent des mains et des coudes (on y voit l’apparition des points d’ossification).
L’âge mental est déterminé par des tests appropriés ; le retard mental fait partie de la définition même de certains nanismes. L’établissement de la courbe de croissance staturale est un point primordial de l’examen. La comparaison, en pourcentage, par rapport à la normale (abaques de Scholler) permet d’apprécier de façon exacte la vitesse de croissance (normale, accélérée, ralentie). Il faut connaître les tailles antérieures de l’enfant, bien entendu. Les mensurations scolaires les fournissent à partir de l’âge de six ans, mais, avant cet âge, elles manquent souvent, en particulier la taille à la naissance. Ainsi, face à une anomalie staturale, l’examen clinique et morphologique fournit des données statiques (morphogramme) et dynamiques (courbe de croissance). Le morphogramme indique si le trouble de croissance est harmonieux ou dysharmonieux. Dans le premier cas,
seule la taille est anormale, tandis que le poids et les mensurations segmentaires sont normaux. Dans le second cas, taille et autres mesures s’écartent de la normale. Selon la courbe de croissance, on peut distinguer les formes à vitesse de croissance normale (l’enfant poursuit, d’une année à l’autre, sa croissance) de celles à croissance ralentie (l’enfant accentue son retard). Finalement, un retard statural peut être classé dans l’une des catégories suivantes : retard dysharmonieux, dont la vitesse de croissance est toujours ralentie, ou retard harmonieux, dont la vitesse de croissance est soit ralentie, soit normale.
Les différents types
de nanisme
Les retards de croissance
dysharmonieux
La vitesse de croissance ralentie peut
avoir pour origine : une maladie primitive du squelette, une maladie des glandes endocrines, une cause nutritionnelle ou métabolique. On classe dans cette catégorie un ensemble de syndromes dysmorphiques (nanismes avec malformations associées).
y L’achondroplasie. Parmi les na-
nismes d’origine osseuse, le plus caractéristique est l’achondroplasie. Dé-
crite en 1878 par Jules Joseph Parrot (1829-1883), cette maladie est la plus fréquente des dystrophies osseuses.