L’embellissement de la ville au XVIIIe s.
est la conséquence de cette richesse. À
la fin du XVIIIe s., Nantes sera le premier port de France, avec 2 500 navires et barques.
Durant la Révolution, Nantes, chef-lieu du département de Loire-Inférieure (1790), embrasse les idées nouvelles et elle s’oppose énergiquement aux vendéens, dont elle repousse les attaques.
Ce zèle n’empêche pas le Comité de salut public d’y envoyer un de ses plus sévères commissaires, Jean-Baptiste Carrier (1756-1794). C’est à Nantes que Charette est fusillé en 1796.
P. P.
L’évolution de Nantes
depuis le début du XIXe s.
Nantes connaît au XIXe s. une crise grave. Les guerres de l’Empire la coupent, par le Blocus* continental et la perte de Saint-Domingue, de ses sources d’approvisionnement coloniales, livrant à la betterave le marché sucrier. L’abolition de la traite par la Révolution, celle de l’esclavage en 1848 mettent fin au commerce triangulaire. L’accroissement du tonnage des navires rend l’accès du port de plus en plus malaisé à la navigation. Le chemin de fer, arrivé à Nantes en 1851, à
Saint-Nazaire en 1857, tue la batellerie en Loire. Nantes vit alors des moments difficiles.
Elle s’est ressaisie depuis. Pour vaincre ses handicaps, elle confie aux chantiers de Paimboeuf la construction de ses premiers vapeurs en 1828
et décide dix ans plus tard, sur un avis déjà exprimé en 1808 par l’architecte Mathurin Crucy, la construction d’un avant-port en eau profonde à Saint-Nazaire (bassin de Saint-Nazaire, 1856, 10 ha ; bassin de Penhoët, 1881, 22 ha).
Sentant lui échapper le trafic, intercepté par cette annexe vite devenue pour elle une rivale (le mouvement des voyageurs vers l’Amérique centrale était tombé au tiers de celui de Saint-Nazaire, et le trafic des marchandises à moins de 400 000 t), elle creuse le long de l’estuaire, en 1881-1892, pour le ramener à ses quais, le canal maritime de la Martinière entre Le Pellerin et Paimboeuf (15 km, 6 m de tirant d’eau).
Pressentant l’insuffisance d’une réalisation qui sera effectivement un échec, elle revient en 1911 à l’estuaire, ouvrant par dragages un chenal progressivement porté à 8,30 m. Nantes adopte enfin, pour rendre vie à son port, une politique d’industrialisation.
Ce choix va être décisif. De 350 000 t en 1890, son trafic est remonté à 2 Mt en 1913. La ville double sa population en moins d’un siècle (103 000 hab. en 1851, 195 185 en 1936). Le pari est gagné.
Le succès ne va pas sans contreparties. L’approfondissement du lit mine les quais, la division de la Loire en quatre bras et le passage du chemin de fer de Saint-Nazaire et Quimper de plain-pied sur le quai de rive droite bloquent l’extension de la ville vers le sud. D’importants travaux y remé-
dient. En 1925 est entrepris le comblement des deux bras nord, dits « de la Bourse » et « de l’Hôpital », qui rattache à la ville les îles Feydeau et Gloriette, tandis que l’Erdre, détournée de son lit (cours des Cinquante-Otages), rejoint directement, sous les cours Saint-André et Saint-Pierre, le canal Saint-Félix, fermé par une écluse. Si Nantes perd, avec la suppression de seize ponts, son titre de « Venise de l’Ouest », elle gagne en commodités
de circulation. Le chemin de fer est lui-même enfoui dans les remblais du bras de l’Hôpital (1955). Les efforts consentis par Nantes ont largement contribué à son développement moderne.
Les fonctions
Nantes et Saint-Nazaire comptaient, en 1968, 206 200 emplois, dont 6 600 dans le secteur primaire (3 p. 100), 92 000
dans l’industrie (45 p. 100), 107 600
dans les activités tertiaires (52 p. 100).
L’agriculture
La place du secteur primaire est, en dépit des chiffres, loin d’être négligeable. Une riche agriculture spécialisée, jouissant de conditions thermiques très douces, d’équipements modernes (serres, châssis, arrosage), de marchés proches, livre en abondance, autour de Nantes surtout (80 p. 100 de la production), primeurs (salades, céleris, petits pois, haricots verts, flageolets), fruits (fraises), fleurs (glaïeuls, oeillets, dahlias, muguet du 1er mai), arbustes de pépinière. Aux portes de Nantes, un vignoble réputé, né de l’ensoleillement de la région, des débouchés offerts par le port, du placement de capitaux bourgeois, donne le muscadet et le gros plant. La pêche n’emploie que 500 personnes, mais elle anime la côte jusqu’à la Vilaine : thon à Saint-Nazaire, sardine au Croisic, à La Turballe, à Piriac, crustacés, moules, pour un total de prises de 8 000 à 10 000 t par an.
L’industrie
L’évolution qui, en un siècle, a fait d’une industrie au service du port un port au service de l’industrie a profondément marqué l’économie de la basse Loire. L’industrie représente à Nantes, où elle concentre les trois quarts de ses effectifs, 41 p. 100 des emplois de l’agglomération (66 000 sur 160 000), à Saint-Nazaire 56 p. 100 (26 000 sur 46 000) : au total, 73 p. 100 des emplois industriels du département de Loire-Atlantique. Héritière de traditions maritimes et coloniales, soutenue par les ressources et les besoins d’une région densément peuplée, enrichie d’apports de repli au cours des deux dernières guerres et de décentralisation depuis
1954, elle possède, dans un éventail de fabrications très diverses, deux secteurs originaux : les métaux et l’alimentation. Les industries métallurgiques, mécaniques, électriques, électroniques absorbent 46 p. 100 des emplois industriels (42 000). La construction*
navale, associée à une large activité sous-traitante de fonderie, de chaudronnerie, de tôlerie, de tréfilerie, en est de loin, avec 10 000 emplois, l’activité maîtresse. Elle livre la moitié des tonnages français (500 000 tonneaux de jauge brute). Ancienne, elle a réussi au XIXe s. la délicate conversion du bois au fer. Si, à Nantes, le tirant d’eau du port la limite à des unités de moyen tonnage (cargos, navires-usines pour la pêche, dragues, sous-marins), Saint-downloadModeText.vue.download 108 sur 625
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 14
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Nazaire possède, avec les chantiers de Penhoët (Chantiers de l’Atlantique), un ensemble capable de rivaliser avec les plus grands chantiers mondiaux.
Les installations, étendues sur 1 800 m entre le fleuve et les bassins du port, couvrent 54 ha (forme-écluse Louis-Joubert, 1932, 350 m × 50 m ; formes Jean-Bart, 1938, 320 m × 45 m ; 1969, 415 m × 70 m). De Saint-Nazaire sont sorties les plus belles unités de la flotte française, paquebots (Normandie, France), cuirassés (Strasbourg, Jean-Bart), porte-avions (Foch). Les Chantiers de l’Atlantique, qui ont lancé en 1968 le premier superpétrolier du monde de plus de 200 000 t (Magdala, 213 000 t), ont pris commande en
1972 d’un pétrolier géant de 530 000
t. Ils construisent des minéraliers, des méthaniers, des cargos réfrigérés, des porte-conteneurs. Indret (commune d’Indre) a un arsenal de la Marine et a mis au point les premiers équipements français de propulsion nucléaire sur mer.
Parmi les autres secteurs métallurgiques, il faut citer le traitement des métaux non ferreux, vieille industrie nantaise également : fer-blanc à Basse-Indre (1846, la plus grande usine de France, 200 000 t annuellement),
cuivre, plomb, étain et, plus récem-
ment, aluminium à Couëron. Nantes fabrique aussi des appareils et chambres frigorifiques, du matériel de forage pé-
trolier et de raffinerie, des emballages métalliques, des armements ; Saint-Nazaire, des turbines à vapeur, des compresseurs, des machines-outils ; les deux villes, du matériel ferroviaire (locomotives et moteurs Diesel, treuils) et aéronautique (fuseaux-réacteurs, voi-lures de « Caravelle ») ; Paimboeuf, des hangars métalliques.