à 1961. La situation s’inverse de 1961
à 1971, puisque l’excédent naturel a été durant cette décennie de 183 075, mais le bilan migratoire a été négatif (– 133 013). Aux nombreux migrants venus des provinces plus méridionales, qui transitent à Naples, s’ajoutent les départs des Napolitains eux-mêmes en direction du nord de l’Italie. C’est là une situation urbaine originale. Elle s’explique par la précarité des conditions économiques. En 1971, il n’y a que 24 p. 100 de la population totale qui soient des actifs. Cette importance de la population non active est en partie liée à l’extrême jeunesse de la population, qui ne peut toutefois cacher le nombre élevé de chômeurs, dont le reflet est l’abondance des petits métiers, le caractère sordide de certaines rues.
Le sous-prolétariat napolitain est toujours une réalité.
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La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 14
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Les fonctions
Parmi les activités existantes, le secteur tertiaire l’emporte. À côté du rôle administratif et culturel, Naples a une fonction commerciale et financière importante, mais les pouvoirs de décision n’appartiennent pas à Naples, ils sont concentrés à Rome ou Milan.
La fréquentation touristique n’est pas négligeable. Outre la visite de la ville, Naples est le point de départ d’excursions vers la péninsule de Sorrente (Po-sitano, Amalfi), vers les îles de Capri et Ischia, vers les sites archéologiques de Pompéi, Herculanum, Cumes, vers le Vésuve. Mais l’activité tertiaire principale est celle qui est liée au port. Organisé au XVIIIe s., agrandi au XIXe s., il s’est développé d’ouest en est, protégé par deux digues parallèles au rivage (pour les pétroliers, un port et une île
flottante ont été construits plus récemment). Il est complété par cinq autres ports (Pouzzoles [Pozzuoli], Portici, Torre del Greco, Torre Annunziata, Castellammare di Stabia). Le trafic portuaire global (dans lequel on inclut l’activité de l’annexe de Bagnoli) est de 14 Mt pour les marchandises. Les importations l’emportent nettement (12 Mt), dont un quart pour les seuls produits lourds arrivant à Bagnoli et destinés à la sidérurgie. À Naples même, ce sont les hydrocarbures qui constituent l’essentiel du trafic. Le trafic des passagers s’est transformé et a régressé. Le temps des grandes migrations internationales n’est plus, et Naples a donc perdu ce rôle de port de départ. Mais le mouvement des voyageurs subsiste (plus de 2,6 millions par an), notamment pour le trafic touristique vers les îles. La grande faiblesse du port de Naples est de s’appuyer sur un hinterland vaste, mais peu développé. Il est vrai que l’industrialisation du Mezzogiorno doit lui ouvrir de nouvelles perspectives. En attendant, le port dessert les industries locales.
Les industries de Naples sont an-
ciennes, car les Bourbons au XIXe s. ont, en relation avec le port, l’abondance de la main-d’oeuvre et une politique protectionniste, promu l’installation d’usines (arsenal, fonderies, constructions navales, textiles). Si l’Unité a entraîné en grande partie la ruine de cette industrie, très tôt des dispositions gouvernementales ont cherché à relancer l’industrie. Naples est devenu le seul grand complexe industriel du sud de l’Italie. Les secteurs principaux sont la métallurgie et la mécanique, le travail des textiles et l’habillement, les industries alimentaires, suivis par le travail du bois, celui des minéraux non métalliques, la chimie : un peu plus de 300 000 emplois au total. Spatialement, cette industrie se répartit en plusieurs noyaux. La façade littorale regroupe nombre d’établissements. Mais le tissu industriel s’épaissit vers l’intérieur, lançant des apophyses autour du Vé-
suve (Cercola, Ottaviano), vers Nola (Pomigliano d’Arco), vers Caserte et Capoue. La structure de cette industrie est dualiste, avec un petit nombre d’entreprises modernes (à fort taux de mécanisation, à haute productivité et à
pouvoir de décision extérieur) coiffant une masse d’entreprises familiales à faible rendement. La décentralisation d’établissements depuis le nord de l’Italie vers Naples transforme, toutefois, peu à peu ce tableau. La sidé-
rurgie est présente, depuis 1910, avec le complexe de Bagnoli, un des quatre grands centres sidérurgiques italiens (capacité de 2 Mt d’acier par an) ; cela a entraîné l’édification d’une grosse cimenterie. D’autres usines métallurgiques existent à Naples, Casoria, Castellammare di Stabia et surtout Torre Annunziata. La mécanique est d’abord représentée par les constructions navales de Castellammare di Stabia. Mais la construction automobile s’est développée avec l’Alfa-Sud à Pomigliano d’Arco. Bien d’autres productions sont assurées à Pouzzoles (électroménager Sunbeam et matériel de bureau Olivetti), à Naples (appareils électroniques Geloso, appareils à travailler les métaux, etc.), à Casavatore (fabrique de pompes et compresseurs), à Casoria (instruments de mesure), à San Giorgio a Cremano (réfrigérateurs). Le travail du textile repose sur le coton à Naples et sur le jute à Fratta-maggiore ; la confection concentre ses ateliers dans la métropole. Les industries alimentaires regroupent des minoteries (Naples surtout), des conserveries (usines Cirio de San Giovanni a Teduccio et Castellammare di Stabia), une usine de crèmes glacées à Bagnoli (Motta-Sud), des brasseries. Le travail des minéraux non métalliques comporte des cimenteries (Bagnoli, Castellammare di Stabia), des verreries (Naples, Ottaviano, Casoria, Nola), des usines de céramiques (Portici, Naples).
La chimie est assez peu représentée.
La Mobil Oil a implanté une raffinerie qui alimente des usines de fabrication de résines et de fibres de synthèse à Casoria (Rhodiatoce). Des fibres cellulosiques sont produites à Naples (Cisa-Viscosa), et les productions pharmaceutiques se développent à Naples et à Torre Annunziata.
Même si une bonne partie de ces
industries sont des initiatives du capitalisme d’État (IRI, Istituto per la Ricostruzione Industriale), notamment dans le domaine de la mécanique, il est
certain que des progrès ont été accomplis. Mais de gros efforts sont encore à faire pour combler le retard. Cette action économique doit du reste se doubler d’une action d’aménagement urbain pour résoudre les problèmes de l’agglomération.
E. D.
L’HISTOIRE
Les origines
Naples est fondée vers la fin du VIIe s.
av. J.-C. par les Eubéens de Cumes sous le nom de Parthénope ; elle est agrandie au Ve s. et reconstruite alors selon un plan en damier auquel elle doit son nom (Neapolis : « Nouvelle Ville »). Occupée par les Romains en 327 av. J.-C., elle est contrainte de signer un foedus, qui en fait une cité alliée en 326 av. J.-C., et résiste à Pyrrhos et à Hannibal. En 90 av. J.-C., elle est érigée en municipe romain. Elle devient une ville résidentielle qui compte peut-être 30 000 habitants, mais que ne nourrit pas le grand commerce international dont Pouzzoles canalise le trafic à son profit.
La capitale du duché
de Naples
Résidence du dernier empereur romain d’Occident, Romulus Augustule, occupée par Bélisaire en 536, qui réveille ses traditions helléniques, Naples devient en 661 la capitale d’un duché byzantin qui englobe l’essentiel de la Campanie jusqu’en 839-845, dates de l’émancipation de villes voisines : Gaète, Cumes, Pouzzoles, Sorrente, Amalfi surtout.
Depuis le VIe s., Naples est menacée sans cesse par les Lombards ; elle vit repliée à l’intérieur de ses murailles antiques (100 ha), accrue au Xe s. de la junctura nova. Hors des murs s’étend alors un nouveau quartier : la junc-downloadModeText.vue.download 114 sur 625