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La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 14

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tura civitatis, qui englobe un marché

et deux ports : l’Arcina (arsenal) et le Vulpulum (grand port) par lesquels sont importés fruits, légumes, poissons, soieries byzantines et exportés les produits des industries locales : armes, toiles de lin. Le duc, dont le titre est devenu héréditaire au milieu du VIIIe s., détient dès lors un pouvoir absolu, qu’il exerce avec l’aide de fonctionnaires nobles et d’une élite bourgeoise, sur une population formée de petits artisans, de colons ruraux, difisi (défendus), protégés par de puissants laïques ou ecclésiastiques, et enfin d’esclaves.

Mais le duché ayant été amputé de ses dépendances extérieures du fait de la perte de Pouzzoles en 1026, d’Amalfi et de Sorrente en 1039, de Gaète en 1040, Serge V (1053?-1090?) doit se reconnaître vassal de Richard, prince normand de Capoue qui assiège sa

capitale en 1077. Ayant renouvelé son hommage au roi de Sicile Roger II en 1134, Serge VII (1123?-1137) concède aussitôt par le Pactum Sergii d’importants privilèges à l’aristocratie nobiliaire non engagée personnellement dans les liens de dépendance à l’égard des Normands. Ce texte garantit le libre accès de la ville par terre et par mer aux marchands pisans et surtout amalfitains, qui y possèdent une importante colonie ; il confirme ainsi le caractère désormais passif du commerce napolitain.

Révoltée en vain contre Roger II en 1136-37, indépendante de 1137 à 1139, Naples doit accueillir en 1139 le comte de Sicile, qui l’intègre, par les assises d’Ariano, dans le cadre féodal de la monarchie normande dont elle devient la capitale.

La capitale royale

du Moyen Âge

y La capitale normande. Bien que les fils de Roger II de Sicile, Alphonse, puis Guillaume Ier (1154-1166), soient tour à tour proclamés duc de Naples, la ville est dès lors administrée par un comes palatii (compalazzo), lequel agit au nom du roi, qui privilégie la noblesse locale. Privées dès lors de tout espoir d’ascension sociale, les classes moyennes se révoltent en

1155-56. Contre elles, Guillaume II (1166-1189) édifie alors le Castel Capuano et le Castel dell’Ovo dans

l’île du Salvatore, forteresses qui lui permettent de mieux contrôler les 30 000 habitants de la ville, nourrie par une importante immigration rurale et par l’implantation de nombreuses colonies étrangères : 500 familles juives, nombreux marchands amalfitains et pisans. Mais la revendication par les Napolitains de la libertas que leur a reconnue Roger II en 1140

contraint Tancrède (1189-1194) à

concéder à la ville l’important privilège de 1190, qui réserve sa seigneurie au roi seul tout en l’exemptant en tout ou en partie de très nombreuses taxes. Dès lors, Naples devient une commune à conseils présidée par un compalazzo. Mais ce régime de semi-autonomie municipale ne survit pas à l’occupation de la ville par l’empereur Henri VI, qui détruit ses remparts en 1194.

y La capitale des Hohenstaufen

(1194-1266). Autonome de fait à la mort de ce souverain en 1197, Naples détruit Cumes afin de rétablir l’ordre menacé en Campanie. La ville est

vaincue en 1207 par une coalition urbaine animée par Diepold von

Vohberg, maître de Salerne, et perd de nouveau son autonomie au lendemain du couronnement impérial de

Frédéric II en 1220. Incorporée par ce dernier dans la province de la Terre de Labour, soumise à l’autorité civile du compalazzo et militaire des châ-

telains impériaux du Castel Capuano et du Castel dell’Ovo, écrasée sous le poids très lourd des monopoles d’État concernant le sel, la poix, le fer, l’acier, Naples devient pourtant, en raison de sa position exceptionnelle, la capitale politique réelle des possessions péninsulaires de l’empereur.

L’enceinte fortifiée est reconstruite, un nouveau palais édifié, les revenus du royaume concentrés dans les deux châteaux ; le port, les constructions navales et les industries textiles sont développés, les Génois et les Marseillais attirés par des exemptions de droits de douane, les Napolitains enfin incités à participer au grand commerce international. Concrétisant la prospé-

rité de la ville, Frédéric II y autorise la frappe en 1231 de la première monnaie d’or italienne, l’augustale, et surtout la création en 1224 d’un studium

generale, université organisée selon les conseils de Pietro Della Vigna et de Roffredo di Benevento et destinée à concurrencer celle de Bologne en matière de droit civil. Naples rejette l’autorité impériale en 1250 et se dote d’un « podestat » (Riccardo Filangieri

[1251-1252], puis Gallo de Orbellis

[1252-1253]) assisté d’un conseil. Le 10 octobre 1253, elle est reconquise par Manfred, le fils bâtard de Frédé-

ric II. Abolie par Conrad IV, restaurée presque aussitôt après sa mort en 1254, la commune de Naples accueille le pape Innocent IV, puis le conclave qui élit Alexandre IV (1254). De nouveau soumise à Manfred (1256-1266), elle est enfin occupée par Charles Ier*

d’Anjou en 1266.

y La capitale angevine (1266-1442).

Naples, qui est située au coeur de l’Empire méditerranéen de Charles Ier d’Anjou, en devient tout naturellement en 1282 le centre politique, économique et militaire. À côté du gouvernement, l’administration de la justice et des finances du royaume y ont en effet leur siège ainsi que l’Hôtel des Monnaies et l’université, qui enseigne le droit aux futurs fonctionnaires angevins. Enfin, la pré-

sence d’une cour brillante fréquentée par de nombreux chevaliers français explique la transformation monumentale de la ville (construction du Castel Nuovo et de nombreuses résidences princières, reconstruction de la cathédrale, etc.) ainsi que l’attraction qu’elle exerce du XIIIe au XVe s.

sur de nombreux intellectuels tels que Boccace*, Pétrarque*, etc. Surtout, ce rôle de capitale facilite l’essor de ses activités économiques : artisanat de luxe (laine et soie) ; constructions navales liées au développement de la marine de guerre et à la multiplication des chantiers navals autour du cap Santa Lucia ; grand commerce international aux mains des étrangers (Gé-

nois, Barcelonais, Marseillais, Pisans, Florentins, Amalfitains). Naples, qui a 50 000 habitants vers 1300, apparaît comme l’une des capitales les plus brillantes de l’Occident. Mais la perte de son autonomie municipale est le prix de cette prospérité puisque cinq des six prud’hommes qui l’administrent sont élus annuellement et

obligatoirement au sein de la classe nobiliaire, étroitement contrôlée par le roi.

Marquée par l’exécution de

Conrad V de Hohenstaufen (Conradin) sur la place du Marché en 1268, par la vaine révolte de 1284, par l’occupation hongroise (1348) et par la peste noire, qui éclate cette même année, l’histoire de la ville se confond, désormais, avec celle du royaume de Naples*. Occupée en 1381 par Charles de Durazzo, qui détrône Jeanne Ire, Naples se dote d’un nouveau corps : les « Otto del buono stato », qui reconnaissent la royauté de Louis II d’Anjou, lequel y réside de 1391 à 1399. La ville est assiégée par Louis III d’Anjou en 1417 et occupée temporairement par Alphonse V, roi d’Aragon et de Sicile, en 1423 ; elle accueille en 1435 la reine Isabelle, puis en 1438 son époux le roi René Ier d’Anjou, qui y est assiégé et vaincu par les Aragonais (1441-42).

L’ère espagnole

(1442-1734)

Après l’entrée triomphale d’Al-

phonse V le 26 février 1443, Naples devient la capitale d’un nouvel empire maritime étendu de Barcelone à Palerme. Elle se montre accueillante aux artistes et aux humanistes de la Renaissance italienne, qui inspire par son intermédiaire la première Renaissance française à la suite de l’occupation de la ville par les troupes de Charles VIII*

(1495) et de Louis XII* (1501-1503).

Mais elle n’est plus à partir de 1503