Mais l’école napolitaine n’a pas manqué de peintres autochtones. Le plus proche du Caravage est Giovanni Battista Caracciolo (v. 1570-1637), dont les compositions, denses et dramatiques, voisinent à la Chartreuse avec celles de Massimo Stan-zione (1585-1656), décorateur fécond, de tempérament plus réservé. Bernardo Ca-vallino (1616-1656) a marqué de sa sensibilité des compositions de format modeste.
La synthèse du clair-obscur et de la couleur s’accomplit dans le style puissant de Mattia Preti (1613-1699), comme en témoignent les toiles du plafond de San Pietro a Maiella (1656) ou les deux Festins d’Absalon et de Balthazar (Galerie nationale de Capodimonte). Paysages animés, batailles, scènes de genre sont les sujets favoris d’Aniello Falcone (1600-1665), de Micco Spadaro (v. 1612-1675). Avec Salvator Rosa (1615-1673), le paysage prend un accent romantique et inquiétant. Un réalisme vigoureux mais teinté de faste assure une place éminente aux maîtres napolitains de la nature morte : Paolo Porpora (1617-1673), Giovan Battista Ruoppolo (1620-1685), Giuseppe Recco (1634-1695), Andrea Belvedere downloadModeText.vue.download 116 sur 625
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 14
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(1642-1732), les uns et les autres représentés à Capodimonte.
Dans la seconde moitié du XVIIe s., Luca Giordano (1634-1705) communique son souffle baroque à la peinture d’histoire.
Il peint à fresque les Vendeurs chassés du Temple au revers de la façade des Gerolomini (1684), des scènes de l’Ancien Testament dans la chapelle du trésor à la Chartreuse. Sa science du décor plafonnant lumineux et vif triomphe au palais Medici-Riccardi de Florence et à l’Escorial — car sa carrière fut européenne. Après Giordano, l’école napolitaine a pour chef de file Francesco Solimena (1657-1747). Son style nerveux, coloré, d’une verve typiquement baroque, est toujours à l’aise dans la grande décoration, comme en témoignent ses fresques : le Triomphe de l’ordre dominicain (1709) à la voûte de la sacristie de l’église San Domenico, Héliodore chassé du Temple au revers de la façade du Gesù Nuovo. On doit d’autre part à Gaspare Tra-versi (1725?-1769) des scènes de genre au métier franc et savoureux.
La tradition baroque inspire les architectes de la première moitié du settecento, tels Ferdinando Sanfelice (1675-1748), auteur du palais Serra di Cassano, et Giovanni Andrea Medrano (né v. 1703), que Charles de Bourbon chargea d’élever le théâtre San Carlo, le palais de Capodimonte, d’une élé-
gante majesté (à partir de 1738), et celui de Portici.
La virtuosité, le goût des effets picturaux caractérisent la sculpture du XVIIIe s., dont le principal ensemble est la chapelle funé-
raire de la famille Sansevero di Sangro, ré-
novée à partir de 1749. Les presepi, crèches aux nombreuses figures polychromes (visibles notamment au musée San Martino), offrent de la sculpture une version populaire et typiquement napolitaine. Fondée par Charles de Bourbon, la manufacture de porcelaine de Capodimonte travailla de 1743 à 1759. On lui doit de gracieuses figurines, mais surtout l’éblouissant revê-
tement du « salon chinois » fait pour Portici et transféré à Capodimonte.
Vers le milieu du XVIIIe s., l’architec-
ture prend un caractère plus grandiose avec Luigi Vanvitelli (1700-1773). Outre l’église de l’Annunziata, il conçoit la résidence royale de Caserte, commencée en 1752. C’est un imposant quadrilatère où s’inscrivent quatre cours déterminées par un atrium cruciforme. L’influence de Versailles apparaît dans la chapelle et dans la magnifique perspective des jardins, qu’animent des eaux vives et des groupes sculptés.
DU NÉO-CLASSICISME À NOS JOURS
À Naples comme ailleurs, la seconde moitié du XVIIIe s. voit le renouvellement du goût sous le signe du « retour à l’antique », que favorisent les découvertes d’Herculanum et de Pompéi. Les principaux édifices néo-classiques sont le théâtre San Carlo, refait à partir de 1810 par Antonio Niccolini (1772-1850) ; du même, la villa Floridiana, éle-vée en 1817 pour Ferdinand Ier ; de Pietro Bianchi (1787-1849), l’église San Francesco di Paola (1817), inspirée du Panthéon de Rome. Le décor intérieur des palais royaux est rénové dans un style qui s’apparente au style Empire français. L’éclectisme l’emporte dans la seconde moitié du XIXe s. : la Galleria Umberto (1890) associe un pastiche de la Renaissance à l’emploi du fer et du verre.
B. de M.
B. Malajoli, Notizie su Capodimonte (Naples, 1964). / G. et H. Vallet, Nous partons pour Naples et l’Italie du Sud (P. U. F., 1966).
Naples
(royaume de)
Ancien royaume d’Italie.
Le royaume angevin
La création du royaume angevin
Le royaume de Naples naît en fait des
« Vêpres siciliennes », révolte qui contraint Charles Ier* d’Anjou à renoncer en 1282 à la Sicile*, occupée par les Aragonais ; il comprend désormais l’ensemble des possessions angevines de terre ferme en Italie du Sud, ensemble pourtant encore dénommé officiellement « royaume de Sicile », mais avec la réserve : « en deçà du Phare ».
Charles Ier d’Anjou (1266-1285), héri-
tier des rois normands d’Italie du Sud et des Hohenstaufen, qui en ont fait un État absolutiste et centralisé, bien que tenu en fief du Saint-Siège, conserve les institutions de ses prédécesseurs : la Magna Curia, dont le siège est transféré de Palerme à Naples ; la Curia generalis, ou Parliamentum, qui réunit fréquemment les représentants des communautés, les prélats, les grands feudataires ; les justiciers chargés d’administrer les provinces sous l’autorité des enquêteurs royaux.
Sûr de la fidélité des grands officiers, tous français depuis 1269, veillant à une bonne administration de la justice et à la mise en place d’une fiscalité efficace, Charles Ier d’Anjou facilite l’expansion économique du royaume : mise en valeur des terres par des colons franco-provençaux ; mise en oeuvre d’une politique mercantiliste dans le prolongement de celle de ses prédé-
cesseurs normands et souabes, qui ont institué de nombreux monopoles (extraction des minerais, importation des métaux, de la poix, du sel) ; encouragement donné à l’industrie privée, qui exploite les mines de Reggio en 1274, multiplie les forges, produit draps de laine et de soie ; développement de l’infrastructure routière et portuaire (achèvement du port de Manfredonia, création de celui de Villanova, essor de celui de Barletta) ; recours aux étrangers, notamment aux marchands italiens du Nord, pour stimuler ce commerce.
Puissance et faiblesse du
royaume angevin
Le royaume de Naples est la base
territoriale essentielle de la politique méditerranéenne de Charles Ier d’Anjou ; il reste menacé par les Aragonais, qui occupent la Calabre, et une partie de la Basilicate et les îles du golfe de Naples. De 1284 à 1288, ceux-ci tiennent prisonnier le fils de Charles Ier, Charles II. Soutenu par la papauté et aidé par l’expédition en Sicile de Charles de Valois, Charles II (1285-1309) impose à Frédéric II d’Aragon la limitation de sa royauté à l’île de Sicile avec promesse de retour aux Angevins à sa mort (traité de Caltabellotta, 31 août 1302). Charles II, renouant
alors avec la politique expansionniste de son père, fait reconnaître par le pape son petit-fils Charles Robert comme roi de Hongrie*, le 31 mai 1303 (il sera solennellement reconnu comme tel en 1308) ; en même temps, il entreprend de réaffirmer les droits de sa famille en Achaïe et en Épire, et de restaurer son domaine en Piémont.
Robert d’Anjou (1309-1343) défend avec succès l’Italie contre les prétentions de Henri VII de Luxembourg
entre 1310 et 1313. Il fait du royaume de Naples la puissance politique dominante de la péninsule et en assure la prospérité économique d’abord grâce à Venise, qui absorbe le blé d’Apulie, puis grâce à Florence, dont les hommes d’affaires dominent le marché napolitain, où ils introduisent l’art de la soie et où ils multiplient les investissements en biens-fonds.