Mais, en refusant, en 1342, de soutenir Florence contre Pise, lors de la guerre de Lucques, Robert d’Anjou incite la seigneurie à s’allier aux gibe-lins de l’Italie du Nord. Inquiets, les Napolitains retirent leurs capitaux placés dans les banques florentines, dont ils provoquent ainsi la faillite, se privant par contrecoup de leurs investissements. Affaibli par ailleurs par l’arrêt de la colonisation franco-provençale, arrêt provoqué par la guerre de Cent* Ans, puis par la peste noire de 1348 et par ses récurrences, le royaume est victime de nombreuses difficultés internes. Les uns sont de caractère socio-économique : rivalités downloadModeText.vue.download 117 sur 625
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 14
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entre factions nobiliaires ; mécontentement d’une paysannerie nombreuse et hostile à l’extension des latifundia ; insuffisance du réseau urbain et donc des possibilités d’emploi. Les autres sont de caractère politique : prétentions dynastiques des Angevins de Hongrie, de Durazzo et de Tarente à la couronne de Naples, aboutissant en 1382
à l’assassinat de la petite fille de Robert, Jeanne Ire d’Anjou (1343-1382), par son cousin Charles de Durazzo,
mécontent de l’adoption de Louis Ier, duc d’Anjou, par la souveraine en juin 1380 ; conflit entre les Durazzo et la 3e maison d’Anjou, la première conservant le trône sous les règnes successifs de Charles III (1382-1386), Ladislas (1386-1414) et Jeanne II (1414-1435), la seconde l’acquérant temporairement grâce à l’adoption par cette dernière souveraine de Louis III d’Anjou, d’abord en 1423, puis en 1433. En fait, en adoptant entre-temps, à deux reprises, en 1421 et en 1432, Alphonse V, roi d’Aragon et de Sicile, Jeanne II déclenche une guerre de succession dont ce dernier sort victorieux en 1442. Défait, le frère et successeur de Louis III, le roi René Ier d’Anjou (1434-1480), ne peut dès lors que transmettre à son neveu Charles du Maine (1480-81), puis à son cousin le roi de France, Louis XI, ses droits à la couronne de Naples : les germes des guerres d’Italie* sont semés.
Le royaume aragonais (1442-
1504)
Alphonse V (1442-1458), rétablit
l’unité des « Deux-Siciles », dont il devient roi sous le nom d’Alphonse Ier. Il fait de la terre ferme le coeur d’un vaste empire maritime englobant l’Aragon et la Catalogne à l’ouest, la Sardaigne au centre, la Sicile à l’est. Vendant du blé apulien aux Byzantins, du sucre sicilien aux Flamands — auxquels il achète notamment des tapisseries —, il stimule les échanges du royaume de Naples, qu’il s’efforce, par ailleurs, de doter d’institutions efficaces : création du Sacro Real Consiglio, juridiction suprême d’appel de type espagnol ; levée d’une contribution destinée à l’entretien de 1 000 lances ; facilités accordées à l’immigration espagnole afin d’améliorer l’encadrement administratif du royaume. Cependant, l’avè-
nement de Ferdinand Ier (ou Ferrante)
[1458-1494], fils bâtard d’Alphonse Ier, qui ne règne plus que sur la seule terre ferme, provoque la révolte des paysans de Calabre (1458-1463) et l’intervention du fils du roi René, le prince Jean de Calabre, qui est vaincu à Troia en 1462. Restaurant en partie le domaine royal, limitant l’accaparement des revenus de la terre par les féodaux, réformant le système fiscal,
ranimant les industries de la soie et de la laine ainsi que l’université, mettant fin à la guerre qui l’oppose à Florence à la suite de la conspiration des Pazzi (1478-1480), chassant les Turcs qui occupent temporairement Otrante (1480-81), refusant de payer le tribut au pape Innocent VIII en 1485, Ferdinand Ier surmonte l’opposition des barons
napolitains en les attirant au Castel Nuovo le 13 août 1486 dans un guet-apens, suivi de nombreuses exécutions.
Mais, par là même, il jette les survivants, ainsi que le pape, dans le camp de Charles VIII*. Ses successeurs, Alphonse II (1494-95), Ferdinand II (1495-96) et Frédéric Ier (1496-1501), sont les victimes de cette politique qui fait du roi de France, en 1495, puis de son successeur Louis XII, entre 1501
et 1503, les souverains temporaires du royaume de Naples, le second en vertu du traité secret franco-aragonais de Grenade du 11 novembre 1500. Mais, réoccupé par Gonzalve de Cordoue en 1503, le royaume de Naples est rattaché aux biens de la couronne d’Aragon en 1504.
Le temps des vice-rois (1504-
1734)
Le royaume est gouverné désormais par un vice-roi, représentant le roi d’Aragon ; il est exploité exclusivement au profit de la monarchie espagnole, qui peut y lever troupes et impôts sans aucune entrave. Malgré l’institution, en 1540, d’un mont-de-piété, autorisé à créer une banque « publique »
en 1584, malgré celle de nombreuses autres banques « pieuses », destinées à consentir des prêts gratuits sur gages tout en alimentant de leurs dépôts les activités de l’État napolitain, l’inflation du crédit (qui débute en 1609 et qui est aggravée par la mauvaise récolte de 1621) contraint le vice-roi de Naples, Antonio de Zapata de Mendoza (1620-1622), à promulguer la pragmatique De monetis du 2 mars 1622, qui consacre en fait une banqueroute des deux tiers.
La déflation qui résulte de cette ré-
forme monétaire accentue le malaise social dû à la « reféodalisation » du royaume. Les propriétaires fonciers réduisent, en effet, la durée des baux, alourdissent les cens, tandis que les barons assujettissent étroitement les
conseils urbains et que s’opère — entre 1560 et 1620 — un transfert des biens de l’ancienne noblesse entre les mains d’une nouvelle, plus dure que l’autre : celle des onorati, régisseurs de fiefs ou fermiers de l’impôt.
Aggravées par une croissance démographique considérable qui entraîne un important exode rural vers Naples, les difficultés économiques et sociales favorisent l’essor du banditisme, la multiplication des sociétés secrètes et, enfin, l’explosion de révoltes urbaines, telle celle de Masaniello (1620-1647) en 1647, que suit la peste de 1656.
Dans ces conditions, au déficit traditionnel de la balance des comptes s’ajoute, à partir de 1687, celui de la balance commerciale, le blé étant dé-
sormais consommé sur place, la soie filée et le vin ne trouvant plus preneur, les exportations d’huile se maintenant.
Privé de souverain, malgré l’espoir suscité par l’occupation autrichienne en 1707, le royaume végète jusqu’en 1734, date de l’avènement d’un Bourbon d’Espagne : don Carlos, qui, sous le nom de Charles VII, règne en même temps sur la Sicile, juridiquement indé-
pendante de la terre ferme.
Le temps du renouveau
(1734-1816)
Résidant à Naples, Charles VII (1734-1759), puis son fils cadet Ferdinand IV
(1759-1825) confient la réalité du pouvoir au Toscan Bernardo Tanucci (1698-1783). Celui-ci poursuit les austrophiles, rappelle les juifs exilés par Charles Quint et entreprend la construction de routes ainsi que celle du palais de Caserte. Il introduit le despotisme éclairé dans le royaume : les Jésuites sont expulsés ; la suzeraineté pontificale abolie en 1767 ; le mariage civil instauré en 1770 ; certains biens d’Église confisqués. Renvoyé en 1776
à l’instigation de la reine Marie-Caroline d’Autriche, Tanucci est remplacé par John Acton (1736-1811). Celui-ci, qui devient le Premier ministre de la souveraine en 1785, tente, en vain, de développer la marine et accueille, en 1789, les Rédemptoristes, qu’il charge de la pacification des campagnes. Mais l’hostilité de l’élite réformatrice, ani-
mée par le juriste Gaetano Filangieri et par les économistes Ferdinando Galiani et Antonio Genovesi, explique l’accueil favorable réservé par la noblesse napolitaine aux troupes françaises de Championnet, lequel proclame la ré-