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Indépendamment de ces facteurs liés directement au mécanisme de la fécondation, les conditions sanitaires géné-

rales influent sans aucun doute sur le niveau de la fécondité physiologique ; mais les possibilités physiologiques en matière de reproduction sont contrariées aussi par divers comportements

— conscients ou non — de nature à limiter la fécondité. L’importance de l’allaitement au sein très prolongé peut être soulignée ; il n’y correspond généralement pas, de la part de celles qui adoptent cette pratique, le souci de limiter la descendance. L’intensité et la précocité très variables de la nuptialité sont aussi de nature à faire varier sensiblement la fécondité d’une population à l’autre, la fécondité légitime étant le plus souvent la composante principale de la fécondité générale. C’est en particulier parce que les mariages sont plus précoces (ils ont lieu à 20 ans en moyenne chez les femmes) et beaucoup plus généralisés (pratiquement toutes les femmes se marient) dans la plupart des pays du tiers monde que dans l’Europe ancienne que la fécondité des pays sous-développés est beaucoup plus éle-vée que celle de l’Europe au XVIIIe s.

Les pratiques

contraceptives

Mais c’est surtout le développe-

ment des pratiques contraceptives conscientes qui met un frein à la capacité de reproduction de l’espèce humaine. Ces pratiques, dont on trouve des traces à divers moments de l’histoire, se sont progressivement généralisées au cours du XIXe s. dans les pays qui effectuaient alors leur révolution industrielle (en France, toutefois, et pour des raisons encore inexpliquées, la limitation volontaire des naissances avait commencé à se répandre dès la seconde moitié du XVIIIe s.). Enfin, le recours à l’avortement s’est développé durant ces dernières années dans quelques pays (Japon, pays socialistes de l’Est européen et un nombre de plus en plus grand de pays occidentaux) en tant que moyen légal de limiter les

naissances.

La limitation volontaire des naissances est actuellement le fait du tiers économiquement le plus développé

de l’humanité. Elle a les plus grandes difficultés à se répandre dans les deux autres tiers malgré, parfois, les incitations des gouvernements : les conditions qui ont permis à un tel mouvement d’apparaître spontanément dans les pays industrialisés ne sont pas, en effet, réunies dans des pays pauvres, où les individus n’ont aucune des motivations susceptibles de leur faire prendre des attitudes nouvelles en matière de procréation. L’apparition de procédés contraceptifs nouveaux (pilule sté-

rilisante, dispositifs intra-utérins ou stérilets) a pu faire croire que l’adoption de comportements malthusiens dans le tiers monde en serait facilité.

Il est encore trop tôt pour en juger malgré quelques mouvements spectaculaires de baisse de la natalité dans quelques petites populations (Taiwan

[T’ai-wan], Hongkong, Singapour, île Maurice).

Des comportements

variés

Dans les pays développés, le fait nouveau des dernières décennies a été la hausse de la fécondité observée dans certaines populations (aux États-Unis et dans quelques pays européens) : pendant longtemps, le long mouvement de baisse de la natalité était apparu comme irréversible. Toutefois, en matière de natalité les situations des divers pays développés restent assez voisines, les descendances finales par femme se situant entre 2 et 3 naissances vivantes, c’est-à-dire loin des chiffres des populations sans limitation des naissances (de 5 à 7 naissances vivantes) ; de ce fait, les taux de natalité se différencient très peu et ne reflètent pas toujours le niveau relatif des fécondités, en raison de l’importance variable d’une population à l’autre de la fraction représentée par les femmes en âge de fécondité.

Cependant, l’évolution toute récente marquée par une chute profonde de la fécondité rend actuellement difficile une comparaison entre pays fondée sur ce que sera la descendance finale.

Dans les pays sous-développés, mal-

gré l’absence à peu près universelle de recours à la contraception, les taux de natalité varient de façon assez sensible en raison du poids variable des diffé-

rents autres facteurs ; se situant entre 45 et 55 p. 1 000 dans les pays musulmans et la plupart des pays d’Amérique downloadModeText.vue.download 132 sur 625

La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 14

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latine, le taux de natalité ne devrait guère dépasser 40 p. 1 000 en Inde et en Chine ; très variable dans les pays d’Afrique noire, il peut être très bas, au moins au niveau de certaines ethnies peu fécondes, en raison de l’importance des affections vénériennes.

En pays industrialisés, le fait qu’une attitude délibérée des couples réduise la fécondité à 50, voire à 40 p. 100 de la valeur qu’elle a en régime naturel ne signifie pas qu’il y ait uniformisation des comportements et des résultats dans les diverses couches de la population : il subsiste des différences appréciables entre les divers groupes, selon l’appartenance religieuse, le lieu de résidence, le niveau économique, ou encore le niveau socio-culturel.

L’urbanisation, en créant notamment des conditions de vie nouvelles moins favorables à l’épanouissement de la famille, s’est toujours accompagnée d’une fécondité plus faible ; par ailleurs, en ville, les possibilités d’ascension et de mobilité sociales sont plus grandes, la différenciation de la société est beaucoup plus poussée, la diffusion des idées et des modes culturels plus intense : toutes conditions favorables à l’installation d’attitudes plus rationnelles pour tout ce qui touche à la vie et en particulier à la façon de la donner.

Niveau social, niveau de revenu et niveau socio-culturel sont le plus souvent tous les trois en corrélation négative avec le niveau de la fécondité, en partie d’ailleurs parce que ces trois variables présentent d’assez fortes associations entre elles. Toutefois, la différenciation de la fécondité selon ces variables n’a pas un caractère de permanence absolue ; c’est ainsi que

depuis quelques décennies, alors que le mouvement de baisse de la fécondité se poursuit dans les classes sociales les moins élevées, on assiste à une reprise dans le haut de l’échelle sociale : en conséquence, l’éventail des situations tend à se resserrer.

L’appartenance religieuse est à l’origine de différences sensibles dans la fécondité, mais aucune loi universelle ne se dégage. Dans les pays où plusieurs groupes religieux coexistent apparaît une hiérarchie selon la fécondité, sensiblement constante ; c’est ainsi qu’aux États-Unis, lorsque l’on compte 2,56 naissances chez les catholiques, il y en a 2,38 chez les protestants et 1,81 chez les juifs. Aux Pays-Bas, lorsque l’on enregistre 4,62 naissances vivantes chez les catholiques, c’est le chiffre de 4,13 que l’on trouve chez les calvinistes, celui de 3,05 chez les membres de l’Église réformée et celui de 2,48 dans le groupe sans religion.

Cependant, en cas de forte prédominance dans un pays d’un groupe religieux, qui s’est révélé ailleurs comme étant le plus fécond, il n’en résulte pas nécessairement pour ce pays une natalité supérieure ; c’est vrai en particulier pour la France et l’Italie, pays où la religion catholique est très largement dominante ; certains ont été ainsi amenés à poser comme loi générale que la plus haute fécondité des catholiques ne s’observe que lorsque le groupe est minoritaire dans un pays.

Avec la diffusion de plus en plus large de procédés contraceptifs d’une efficacité à peu près absolue, la fé-

condité des couples aura de moins en moins un caractère accidentel et répondra toujours plus profondément aux aspirations et aux désirs des intéressés.

L’humanité évolue ainsi d’une manière insensible d’un stade de fécondité instinctive à un état où la procréation sera pleinement consciente. On ne peut exclure que cette maîtrise totale que l’homme est en train d’acquérir sur la façon de donner la vie ne bouleverse les données démographiques de demain. L’avènement d’un régime démographique où la fécondité serait totalement dirigée paraît la solution indispensable au problème de l’heure :