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Cette attitude explique peut-être l’attrait et l’influence que Sōseki aura, jusqu’à la fin, exercés sur quelques-uns des meilleurs écrivains de la génération suivante, qui le tiennent pour le maître, en particulier Akutagawa* Ryūnosuke, dont il révèle au public les premières nouvelles quelques semaines seulement avant de mourir.

R. S.

naturalisme

Zola se défendit d’avoir créé ce mot.

« Mon Dieu ! oui, je n’ai rien inventé, pas même le mot naturalisme qui se trouve dans Montaigne, avec le sens que nous lui donnons aujourd’hui.

On l’emploie en Russie depuis trente ans, on le trouve dans vingt critiques en France, et particulièrement chez M. Taine. Je le répète, un beau jour, à satiété il est vrai, et voilà tous les plaisantins de la presse qui le trouvent drôle et qui éclatent de rire. Aimables farceurs » (le Naturalisme, dans le Fi-

garo, 17 janvier 1881, repris dans Une campagne, Paris, 1882 ; cf. OEuvres complètes, t. XIV, Paris, Cercle du livre précieux, 1969).

De fait, naturaliste, naturalisme étaient employés en français, depuis le XVIe s., dans divers domaines : sciences naturelles, philosophie, critique d’art, esthétique littéraire. Mais c’est Zola qui les spécialisa, pour désigner un mouvement littéraire.

Dans les sciences

naturelles

Dans le vocabulaire scientifique, le mot naturaliste désignait le savant qui étu-diait les sciences de la nature, et plus particulièrement les sciences biologiques. La tradition lexicographique est, là-dessus, ininterrompue (Richelet, Furetière, Académie, etc.). Le Dictionnaire de Trévoux, en 1771, définit le naturalisme comme l’« histoire naturelle d’un pays ». Darwin intitule un ouvrage dans ce sens : Voyage d’un naturaliste autour du monde. Au XVIIe s., naturaliste a pu s’employer presque comme synonyme de médecin, si l’on en juge par ce titre de P. de La Martinière (Paris, 1666) : « Le Naturaliste charitable, traitant des principes, des parties, des puissances, des appartenances et des particularités de la nature humaine [...] et de ce que doivent faire ceux qui exercent la médecine. Avec un abrégé des noms, causes, signes et accidents de 590 maladies qui affligent le corps humain et la manière de les guérir. »

En philosophie

On pourrait croire que, des sciences naturelles, le mot est passé tout naturellement dans la philosophie. En réalité, il semble, dans ce domaine, d’un emploi encore plus ancien. Au milieu du XVIe s., Ambroise Paré l’emploie pour désigner ceux qui n’admettent comme puissance suprême que la nature : « Les naturalistes épicuriens et athéistes qui sont sans Dieu » (Livre des animaux, 22). En 1684, dans ses Nouvelles de la République des lettres, Bayle signale l’existence d’un manuscrit latin du philosophe Jean Bodin, De naturalismo, écrit à la fin du XVIe s.

« Bodin, écrit Bayle, devint peu à peu fort suspect aux catholiques, par la liberté qu’il se donnait de condamner plusieurs choses dans leur religion. »

Et, analysant un jugement de Dieckmann sur l’ouvrage de Bodin, il commente : « L’auteur considère trois espèces de naturalisme : le subtil, le grossier, et le très grossier. Le subtil consiste, selon lui, à dire que l’homme n’a point besoin, pour les actions spirituelles, d’une grâce intérieure de Dieu, que la Nature n’est point subordonnée à la Grâce, mais que ce sont deux puissances collatérales, et que la Nature a un mouvement efficace pour se procurer la Grâce [...].

« [...] Il appelle Naturalisme grossier, l’erreur de ceux qui révoquent en doute, que Dieu nous ait révélé que la vie éternelle s’acquiert par la foi en Jésus-Christ [...]. D’où ils concluent que la connaissance naturelle que tous les hommes ont de Dieu est capable, ou de leur procurer la félicité éternelle, ou à tout le moins de les préserver de la damnation, pourvu qu’ils vivent selon les lumières de la conscience [...]. Les Juifs ne font plus difficulté d’avouer qu’on peut parvenir au salut par la seule Religion de la Nature [...].

« [...] Le Naturalisme très grossier, selon cet auteur, est l’impiété de ceux qui ne reconnaissent point d’autre Dieu que le monde, ou que la matière. Il met dans ce nombre Vanini et Spinoza, et remarque que plusieurs y mettent aussi Hobbes. »

Au XVIIIe s., Furetière (1727) définira les naturalistes comme « ceux qui expliquent les phénomènes par les lois du méchanisme et sans recourir à des causes surnaturelles, comme s’ils n’en reconnaissaient aucune », et, dans l’Encyclopédie, Diderot reprendra une définition identique : « On donne encore le nom de naturalistes à ceux qui n’admettent point de Dieu, mais qui croient qu’il n’y a qu’une substance matérielle, revêtue de diverses qualités qui lui sont aussi essentielles que la longueur, la largeur, la profondeur, et en conséquence desquelles tout s’exé-

cute nécessairement dans la nature comme nous le voyons ; naturaliste en ce sens est synonyme d’athée, spino-

siste, matérialiste, etc. »

En plein XIXe s., ce sens est encore vivant sous la plume de divers critiques, qui emploient le mot naturalisme comme synonyme de pan-

théisme ou de religion de la nature, à propos, par exemple, de Michelet, de George Sand ou de Victor Hugo (cf.

Eugène Poitou, Du roman et du théâtre contemporain, 1857, et A. Nettement, le Roman contemporain, 1864).

Il n’est pas étonnant que ce mot latin, créé dans la langue philosophique, presque immédiatement francisé,

demeuré, en raison de son sens, semi-clandestin jusqu’à la fin du XVIIe s., soit devenu commun, au XVIIIe et au XIXe s., au vocabulaire de la médecine, de la géographie, des sciences de la nature et d’une pensée philosophique qui prenait appui précisément sur les progrès des sciences naturelles. Il arrivera à Zola

— peu souvent — d’employer le mot dans son sens philosophique, comme antonyme de catholicisme par exemple dans l’ébauche de la Faute de l’abbé Mouret : « Serge catholique jusqu’à la fin, tandis que Blanche est la naturaliste, et va dans le sens libre de l’instinct et de la passion. »

Dans les beaux-arts

Dans le vocabulaire des beaux-arts, naturaliste est attesté au XVIIe s. : « L’art naturaliste est celui qui recherche l’imitation exacte de la nature, qui as-sujettit le dessinateur à imiter les objets avec simplicité et précisément comme ils sont » (H. Testelin, Conférences, 1675). Dans ce sens, le terme deviendra d’un emploi fréquent, surtout à partir de 1840, dans le langage des critiques d’art pour désigner l’attitude du peintre, qui, selon Baudelaire, rend fidèlement, minutieusement, ce que lui offre la nature, mais en comprenant ses

« intentions ». On l’applique alors en particulier à l’école moderne des « paysagistes », mais aussi à la peinture et à la sculpture de la Renaissance : ainsi, déjà Stendhal, dans Rome, Naples, Florence, en 1817 ; ainsi également Thoré-Burger, qui oppose au « naturalisme » du laid le « naturalisme ardent et capricieux du Caravage, du Valentin, du Manfredi ou d’Ostave et de Murillo » (Salon de 1845) ; ainsi Taine, à

propos de Léonard de Vinci (Nouveaux Essais de critique et d’histoire). Tandis que réalisme*, qui se répand à partir de 1850, désigne plutôt une doctrine es-downloadModeText.vue.download 148 sur 625

La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 14

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thétique, naturalisme désigne d’abord une manière, un style, l’attention portée aux aspects les plus plantureux des êtres, de la vie. À propos de la Femme piquée par un serpent, du sculpteur Clesinger (Salon de 1847), le critique Paul Mantz évoque par exemple « le plus entier naturalisme [...] ces chairs palpitantes, cet épiderme où éclate la fleur de la jeunesse et de la santé, cette opulente nature où l’on sent frémir le tressaillement de la vie ». Baudelaire écrit de son côté sur les « naturalistes »