L’arrivée des Wisigoths (412)
ne modifie en rien la situation, et la lutte contre les nouveaux occupants ne connaît pas de trêve entre le Ve et le VIIIe s. La résistance se poursuit contre les Arabes (711), et la Navarre conserve au nord comme au sud l’in-dépendance dont elle a joui jusque-là.
Les rebelles musulmans de la vallée de l’Èbre, opposés à l’autorité d’‘Abd al-Raḥmān Ier, s’alliant à l’Empire carolingien, Charlemagne* décide d’intervenir dans la Péninsule, et le gouverneur de Saragosse se propose de livrer la ville qu’il administre, ainsi que Pampelune, pour éviter les représailles que le soulèvement risque de susciter.
Deux expéditions sont envoyées devant Saragosse, mais l’insuffisance du nombre des assiégeants et la défection des alliés musulmans font échouer la prise de la ville. Lors de leur retraite, les troupes franques se heurtent à la coalition formée par les Navarrais, chrétiens et musulmans, ces derniers étant dirigés par les Banū Kasī, descendants d’un comte wisigoth qui s’est converti à la religion de Mahomet. Mis en déroute à Roncevaux (778), Charlemagne doit renoncer à ses ambitions à l’ouest des Pyrénées et se contenter de progresser lentement à partir de 785 en Catalogne*, où il établit une marche frontière (la Marche d’Espagne) de 150 km de large au sud des Pyrénées orientales destinée à servir de rempart aux attaques de l’islām.
Naissance de la monarchie
navarraise
D’après la tradition, les guerriers navarrais et aragonais réunis au Sobrarbe (Aragon) à l’occasion de l’enterre-ment de l’ermite Jean, qui vivait dans une grotte appelée aujourd’hui San Juan de la Peña, font le serment de prendre les armes contre les Arabes et se donnent pour chef García Jiménez, qui s’installe, pense-t-on, en Navarre.
Le premier souverain est Íñigo Arista († v. 852). L’un de ses fils, García Ier Íñiguez (v. 852-870), est le deuxième roi de Pampelune. Mort sans doute au cours d’une bataille contre les musulmans, il est remplacé par Fortún Garcés Ier (870-905), puis par Sanche Ier Garcés (905-925), frère du précédent, qui, battu par ‘Abd al-Raḥmān III* à Valdejunquera en 920, continue sans répit à s’opposer aux envahisseurs et parvient même à remporter quelques victoires (la Rioja, 921).
Pour se venger, le calife s’empare de Pampelune, qu’il détruit en 924. À
la mort de Sanche Ier Garcés, son héritier étant mineur, la régence est confiée pour de nombreuses années à la reine Toda Aznar, qui participe aux côtés de Ramire II, roi de León, aux victoires de Simancas et d’Alhandega (939). Le fils de Sanche Ier, García II Sánchez Ier († 970), doit faire face à une série de luttes intestines et a pour successeur Sanche II Garcés Abarca (970-994), contemporain d’al-Manṣūr. La fille du comte de Castille Fernán González, Urraca Fernández, donne trois enfants à Sanche II Garcés ; l’aîné devient roi de Navarre sous le nom de García III Sánchez II le Tremblant (994-1000).
Celui-ci, ayant tout d’abord vaillamment tenu tête à al-Manṣūr, ne peut cependant pas l’empêcher de raser sa capitale en 999.
Son successeur, Sanche III* Garcés le Grand (1000-1035), agrandit considérablement son royaume, qui englobe alors le comté d’Aragon, Pampelune, le Sobrarbe et la Ribagorza, une partie du León gagnée par les armes en 1034 (ce qui lui permet de porter le titre d’empereur) ainsi que certains territoires de Castille qu’il estime lui revenir de droit par son union avec la soeur du comte castillan García II Sánchez, assassiné en 1029 à la sortie du palais royal du León, le jour même de la concertation
de son mariage. Il faut ajouter à cela la suzeraineté qu’il détient sur de nombreux comtes de Gascogne et sur celui de Barcelone, faisant ainsi de son État le centre politique de toute l’Espagne chrétienne. Il prend part à la bataille de Calatañazor, au cours de laquelle les chrétiens écrasent al-Manṣūr († 1002).
Dans les domaines politique, religieux et social, ses interventions au nord des Pyrénées mettent l’Espagne en contact avec l’Europe, facilitant de la sorte l’établissement d’institutions de type féodal et permettant la péné-
tration de la réforme clunisienne ; c’est à cette époque que le rite mozarabe laisse la place à la liturgie romaine. Les downloadModeText.vue.download 154 sur 625
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 14
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pèlerinages à Saint-Jacques-de-Compostelle* jouent un grand rôle dans le développement commercial de la ré-
gion et dans les échanges avec le reste de l’Europe.
La mort de Sanche III marque la fin de l’hégémonie de la Navarre. En effet, conformément aux volontés exprimées dans son testament, le royaume est divisé entre ses enfants, et l’unification est rompue au moment précis où s’unissent le León et la Castille, d’une part, et divers comtés catalans, de l’autre. Dès lors, la Navarre est encerclée et risque d’être la proie de l’Aragon et de la Catalogne à l’est, de la Castille à l’ouest. C’est justement pour essayer de se tirer de cette situation in-confortable qu’elle tente de se rapprocher de la France. La Navarre est donc partagée entre García IV Sánchez III (1035-1054), qui se voit attribuer la Navarre, Ferdinand Ier (1035-1065), qui hérite de la Castille, Ramire Ier (1035-1063), qui reçoit l’Aragon, et Gonzalo (1035-1037), les comtés de Sobrarbe et de Ribagorza.
Les successeurs de Sanche III
Garcés le Grand et l’union avec
l’Aragon
García IV Sánchez III est décidément victorieux, dans la vallée de Tamarón
(1037), du roi de León Bermude III, qui est tué et remplacé par le souverain castillan Ferdinand Ier le Grand. Les deux frères ne tardent pas à s’affronter, et le monarque navarrais est vaincu et tué dans la plaine d’Atapuerca (1054).
Son fils Sanche IV de Peñalén (1054-1076) est proclamé roi sur le champ de bataille, et la lutte continue. Le nouveau souverain s’oppose au roi musulman de Saragosse dans le dessein d’étendre ses États, mais il succombe à une conjuration tramée par son frère cadet et plusieurs nobles. Pour le venger, Alphonse VI de Castille envahit la Navarre et s’empare de la Rioja jusqu’à Nájera, qu’il fait passer sous sa domination.
Les Navarrais ne veulent ni être
gouvernés par l’assassin de leur roi, ni courir les risques d’une régence rendue inévitable par le jeune âge des enfants du monarque. Aussi préfèrent-ils reconnaître la souveraineté du roi d’Aragon Sanche Ier Ramírez (1076-1094). C’est ainsi que les royaumes de Navarre et d’Aragon, issus d’une même origine et séparés à la mort de Sanche III le Grand (1035), se trouvent de nouveau réunis pendant près d’un demi-siècle, qui correspond aux règnes de Pierre Ier (1094-1104) et d’Alphonse Ier le Batailleur (1104-1134). Ce dernier meurt sans postérité et lègue ses possessions aux ordres militaires. Les Aragonais ne respectent pas cette volonté et donnent la couronne à son frère Ramire II (1134-1137), alors moine dans un monastère de Narbonne, tandis que les Navarrais choisissent García V
Ramírez le Restaurateur (1134-1150), qui doit défendre ses terres contre les Castillans et les Aragonais, alors que son fils Sanche VI le Sage (1150-1194) se distingue par sa politique intérieure excellente et le rétablissement de la paix. Le calme s’instaure jusqu’à l’avènement de Sanche VII le Fort (1194-1234), qui s’appuie sur les Almohades pour contrecarrer la puissance de ses ennemis castillans, puis qui se retourne contre les Arabes, qu’il défait, avec l’aide d’Alphonse VIII de Castille (1158-1214), à Las Navas de Tolosa (1212).
La maison de Champagne :
la Navarre est incorporée à la
France
Sanche VII étant décédé sans héritiers directs, c’est son neveu le comte de Champagne* Thibaud IV qui lui succède sous le nom de Thibaud Ier (1234-1253), faisant ainsi entrer en Navarre la dynastie champenoise. Très attaché à la France, celui-ci ne sait pas s’intéresser aux problèmes de ses sujets. Il mène une croisade en Terre sainte (1239-1240). Son fils Thibaud II (1253-1270), marié à Isabelle de France, fille de Louis IX, accompagne son beau-père dans les deux croisades que celui-ci entreprend. N’ayant pas de descendance, il est remplacé par son frère Henri Ier (1270-1274), qui transmet la couronne à sa fille Jeanne Ire de Navarre (1274-1305), placée par sa mère sous la tutelle du roi de France Philippe III* le Hardi, qui la donne pour épouse en 1284 à son fils et successeur Philippe IV* le Bel. La Navarre est, de ce fait, partie intégrante de la monarchie française pendant le règne des trois fils de Philippe le Bel : Louis X le Hutin (1314-1316), Philippe V le Long (1316-1322) et Charles IV le Bel, appelé également Charles Ier de Navarre (1322-1328). Ce dernier cède la Navarre, qui recouvre ainsi son indépendance, à sa nièce Jeanne II (1328-1349), fille de Louis X