tiques, en diamagnétiques, paramagné-
tiques et ferromagnétiques, résultant des travaux de P. Curie, P. Langevin et P. Weiss, en prévoyant dès 1932
l’existence d’une quatrième catégorie, celle des antiferromagnétiques, et en décrivant leurs probables propriétés magnétiques. Les premiers représentants de cette catégorie, MnO, NiO,
..., ne furent identifiés que quelques années plus tard par Bizette et Tsaï.
En 1969, une équipe du Commissa-
riat à l’énergie atomique, animée par A. Abragam, découvrit l’antiferromagnétisme nucléaire.
En 1947, Néel expliqua théorique-
ment les propriétés d’une série de corps, dont certains comme la magné-
tite, ou pierre d’aimant, connus depuis très longtemps, et montra qu’il était nécessaire d’en faire une catégorie distincte, celle des corps ferrimagné-
tiques. Cette théorie nouvelle suscita un nombre considérable de travaux, ainsi que la découverte de la série des ferrites grenats de terres rares. Les applications de tous ces ferrimagnétiques sont extrêmement importantes, notamment en courants de haute fréquence, car, bien que généralement isolants de l’électricité, ils peuvent s’aimanter, ce qui les distingue du fer.
Ces remarquables découvertes ont
valu à Néel le prix Nobel de physique pour 1970, qu’il a partagé avec le Sué-
dois Hannes Alfvén.
C’est surtout grâce à l’impulsion de Néel que Grenoble est devenu un centre de recherches inégalé dans les provinces françaises. Mais les activités du physicien ont vite débordé le cadre des travaux purement scientifiques, et il a pris la tête d’un mouvement de rapprochement entre l’université et l’industrie.
Pierre Weiss
Physicien français (Mulhouse 1865 - Lyon 1940). À la suite des travaux de Langevin*
sur le paramagnétisme, il a élaboré une théorie du ferromagnétisme, fait l’hypothèse du magnéton, moment magnétique
élémentaire, et découvert le phénomène magnétocalorique. (Acad. des sc., 1926.) R. T.
négritude
Néologisme formé sur le mot latin nigritudo (Pline), et signifiant « le fait d’être noir, la noirceur ».
En anglais, le mot « nigritude » a le même sens. En français, le terme négritude n’a que quarante ans. Il a signifié tour à tour l’appartenance à la race noire, cette race elle-même en tant que collectivité, la conscience et la revendication de l’homme noir colonisé, la caractéristique d’un style (en art et en littérature), l’« être-dans-le-monde-du-noir » (Sartre) ou la manière dont le Noir se conçoit et conçoit son rapport avec le monde, la spécificité culturelle des Noirs au sud du Sahara, l’« ensemble des valeurs de la civilisation africaine » (Senghor) et enfin la « seule idéologie que l’Afrique noire puisse opposer aux idéologies occidentales »
(Senghor). Les principales analyses de la négritude ont été faites par Sartre*, Louis Vincent Thomas, Janheinz Jahn, L. S. Senghor*, Marcien Towa, Stanislas Adotévi, Thomas Melone, Frantz Fanon.
Histoire
Quelle était la situation des peuples noirs à l’époque où l’on commença à parler de négritude ?
C’était vers les années 1930 ; en France et en Amérique, on se relevait à peine de la grande crise économique ; en U. R. S. S., les espoirs soulevés par la révolution de 1917 se ternissaient sous les épurations staliniennes ; en Allemagne, en Italie, en Espagne, on assistait à la montée du fascisme. Les peuples d’Afrique noire étaient sous la domination de l’Europe coloniale.
Le sort des Noirs d’Amérique n’était pas plus favorisé ; descendants des esclaves qui avaient fait les frais de la traite (du XVIe au XIXe s.), ils formaient le prolétariat des États-Unis, où sévissaient toujours le racisme et la ségré-
gation. D’autres Noirs encore constituaient le prolétariat des Antilles, qui
étaient toujours colonies françaises, anglaises, espagnoles, et celui des États d’Amérique latine, à la tête desquels se succédaient les juntes militaires.
Quelques-uns étaient étudiants,
artistes, apprentis poètes, en France.
C’était un petit groupe de très jeunes Nègres qui prenaient conscience de cette situation des Nègres partout vaincus, humiliés, asservis et que ce fait troublait et scandalisait, qui découvraient cet universel rapport des forces maître blanc / Noir esclave et qui s’en étonnaient, qui s’élevaient contre la prétention de la « civilisation occidentale » à définir les Noirs en termes de négativité :
Ceux qui n’ont inventé ni la poudre ni la boussole
ceux qui n’ont jamais su dompter la vapeur ni l’électricité
ceux qui n’ont exploré ni les mers ni le ciel
mais ils savent en ses moindres recoins le pays de souffrance
ceux qui n’ont connu de voyages que de déracinements
ceux qui se sont assouplis aux
agenouillements
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La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 14
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ceux qu’on domestiqua et christianisa ceux qu’on inocula d’abâtardissement tams-tams de mains vides
tams-tams inanes de plaies sonores tams-tams burlesques de trahisons tabides
tiède petit matin de chaleurs et de peurs ancestrales
(A. Césaire)
Cette civilisation « supérieure »
justifiait l’extermination des cultures
« primitives », « prélogiques », et cependant elle échouait à résoudre ses problèmes internes à l’approche de la Seconde Guerre mondiale. Elle était
contestée et critiquée par son élite intellectuelle elle-même.
Ce groupuscule donc réfléchissait, s’informait et découvrait le surréalisme, le marxisme, le personnalisme et les premiers travaux sérieux d’ethnologues comme Leo Frobenius, Marcel Griaule, Michel Leiris, Paul Rivet, Marcel Mauss*, Maurice Delafosse.
Il découvrait aussi à Paris le mouvement de la négro-renaissance, oeuvre d’un autre groupe qui s’était formé à New York en 1919 et dont les romans et poèmes étaient diffusés en France par la Revue du Monde noir et certaines revues communistes. Pour des motifs bien différents.
En effet, cette Revue du Monde
noir était née des préoccupations de quelques bourgeois antillais installés à Paris, le plus souvent conservateurs et francophiles, mais souffrant des préjugés racistes qui empêchaient leur parfaite intégration au milieu métropolitain. Sous l’impulsion de René Maran (1887-1960) [prix Goncourt
en 1921 pour Batouala] et d’Andrée Nardal, ils créèrent cette revue destinée à mettre en évidence les productions intellectuelles des « gens de couleur » ; elle servit ainsi de premier point de rencontre entre Langston Hughes,
Countee Cullen (États-Unis), Léon Damas (Guyane), L. S. Senghor (Séné-
gal) et Étienne Lero (Martinique).
Ce fut précisément contre l’esprit de cette revue que s’organisa le groupuscule d’étudiants, avec, en 1932, le manifeste de Légitime Défense signé par E. Lero, René Ménil, Jules Monnerot, Maurice-Sabat Quitman, L. Thèses, Simone Yoyotte, etc. Pour la première fois était posé le problème noir dans ses trois dimensions : politique, raciale, culturelle. En des termes extrêmement violents, ces jeunes gens dénonçaient l’exploitation du prolétariat noir aux Antilles, aux États-Unis, en Afrique ; ils démontaient la logique coloniale qui passe de la domination physique à la domination intellectuelle par le truchement de l’éducation et du système d’enseignement, pour aboutir à l’assimilation du colonisé, tout en le maintenant dans un état d’infériorité dont la
permanence se justifiera désormais tant par l’histoire que par la biologie.
Une autre conséquence fut cette extraordinaire aliénation culturelle d’une bourgeoisie de couleur se conformant à tous les modèles de la bourgeoisie blanche qui la rejetait et la méprisait ; ayant adopté la langue, la religion, la hiérarchie de valeurs et jusqu’aux pré-