Toutes les grandes affaires politiques indiennes s’identifient avec l’action personnelle de Nehru (aidé du Sardar Patel au début) : intégration des États princiers, problème du Cachemire*, réorganisation des États sur des bases linguistiques, mise en oeuvre des plans quinquennaux, etc. (V. Inde.)
Le poids politique de Nehru est tel que certains auteurs n’hésitent pas à dire qu’il transforme, même inconsciemment, la charge de Premier ministre en une sorte de principat.
Il acquiert de plus une grande audience internationale et sera avec Gamal Abdel Nasser* et le maréchal Tito* l’une des personnalités les plus en vue du tiers monde, avec en outre le crédit moral que le titre de successeur de Gāndhī pouvait lui conférer. Champion du neutralisme à une époque où le monde vit la guerre froide ou ses séquelles, il s’efforce de faire progresser la solidarité afro-asiatique, la lutte contre le colonialisme, l’élaboration d’une communauté mondiale pacifique.
Deux dates illustrent bien cette diplomatie : en 1954, la visite de Zhou Enlai (Tcheou Ngen-lai) à Delhi et de Nehru à Pékin ; et surtout, en 1955, cette sorte d’apothéose des pays du tiers monde qu’est la conférence de Bandung avec ses cinq principes de respect mutuel et de coexistence pacifique : les panch śı.
Certes, le neutralisme de Nehru est parfois mis à rude épreuve ou subit quelques accrocs : prise de Goa par l’armée indienne (déc. 1961), graves incidents sino-indiens en 1962, etc.
Mais, même si cela exaspère certains hommes d’État étrangers, Nehru et l’Inde exercent pendant une quinzaine d’années un rayonnement international incontestable.
Quels étaient donc les secrets du prestige et de l’autorité de J. Nehru ? Porté aux plus hauts sommets par l’amitié et la confiance du Mahātmā, il sut ne pas rester un brillant second. Assez peu religieux dans un pays qui l’est profondé-
ment, extérieurement très occidentalisé, il était néanmoins accepté par tous tant son patriotisme était éclatant. Aristocrate et intellectuel, il savait toucher les masses. Peut-être est-ce dans cette série de contradictions qu’il faut rechercher l’explication du phénomène Nehru,
« l’homme à la rose », « le dernier des Grands Moghols », autant de surnoms qui montrent bien la complexité du grand leader indien. Avec par-dessus tout une conscience aiguë des drama-
tiques problèmes qui se posaient à son pays : « Nous parlons de liberté, mais la liberté politique ne veut pas dire grand-chose sans liberté économique.
Notre problème est de relever le niveau des masses misérables et dans ce but un vaste plan d’industrialisation est nécessaire » (J. Nehru).
C’est désormais à sa fille, Indira Gāndhī*, qu’il appartient justement de faire accéder les Indiens à cette nécessaire et urgente liberté économique dont parlait Jawaharlāl Nehru.
J. K.
F Gāndhī (M. K.) / Gāndhī (I.) / Inde.
T. Mende, Conversations avec Nehru (Éd.
du Seuil, 1956). / M. Brecher, Nehru, a Political Biography (Londres, 1959).
neige
Précipitation solide, qui se manifeste lors de la condensation de la vapeur d’eau atmosphérique à une température voisine de 0 °C, sous forme de cristaux rassemblés en flocons (par temps très froid, longues aiguilles plus ou moins acérées).
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La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 14
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La neige conjugue
l’action du froid et
de l’humidité
Les précipitations neigeuses
Elles interviennent dès que les abats
apparaissent en atmosphère suffisamment refroidie. Cependant, l’air très froid limite le phénomène, car il a une très faible capacité de rétention en vapeur d’eau et par conséquent un faible pouvoir précipitant. S’il sévit dans les couches superficielles, il impose de surcroît une structure stable. Il existe donc, en chaque lieu et en chaque instant, un seuil en deçà duquel les basses températures favorisent la neige et au-delà duquel elles la freinent. D’ailleurs, les temps à neige, distingués en fonction de la température, sont générateurs d’abondances variables.
Toutes choses égales, les temps à neige de redoux sont plus abondants que les temps à neige d’invasion polaire ou arctique. Dans les premiers, la masse d’air qui provoque les chutes est chaude (aux alentours de 0 °C en Europe occidentale ; températures plus basses à de plus hautes latitudes) et humide (caractère maritime) [fig. 1 et 2]. La neige de redoux s’accompagne donc d’un réchauffement de la tempé-
rature. Dans les précipitations solides d’invasion polaire ou arctique, la neige est liée à un flux arrivé directement des hautes latitudes et ayant surtout évolué sur continent refroidi [fig. 3 et 4]. L’air actif est sec ; la neige qui résulte de son intervention s’accompagne d’un refroidissement de la température. En outre, tandis que dans la neige de redoux les flocons s’accumulent en atmosphère généralement calme, dans la neige d’invasion arctique il y a précipitation de glaces fines et cinglantes, par vent de nord (Europe moyenne et Québec).
On peut assimiler les chutes de neige des 14 et 15 mai 1957 au pôle Sud (abats légers et continus) à une situation de redoux puisqu’elles résultent de la poussée d’un front chaud jusqu’au coeur du continent englacé (fig. 5).
Lorsque le redoux est très accentué, les flocons de neige se mêlent aux pré-
cipitations liquides (conditions assez fréquentes dans le Morvan). D’ailleurs, la neige n’est le plus souvent qu’un fait saisonnier qui alterne avec la présence des pluies. De la diversité des temps à neige, de la combinaison intersaison-nière et interjournalière de la neige et de la pluie résulte le caractère délicat des critères d’appréciation quantitative
du phénomène neigeux.
Les estimations quantitatives
On peut décompter le nombre de jours de neige, la hauteur de la neige au sol (par addition des chutes journalières [à Tamarack, en Californie, par 2 438 m d’altitude, 11,5 m par an]), apprécier la lame d’eau de fusion correspondant au total vrai ou moyen de neige tombée (1 150 mm par an à Tamarack).
La quantité de neige accumulée en moyenne, quotidiennement, est obtenue, pour sa part, en établissant le rapport de la hauteur totale de la neige au nombre de jours neigeux (intensité de la neige). Le coefficient nivométrique, enfin, représente le quotient de l’eau tombée en neige par l’eau totale des précipitations. Ce coefficient égale l’unité si les chutes de neige interviennent seules (massif du Mont-Blanc à haute altitude ; Colombie britannique, par 2 500 m, au 52e parallèle de lat. N.). Le rythme nival (régime nivométrique) pourra s’exprimer par l’évolution, mois après mois, des coefficients nivométriques mensuels.
Les rythmes nivaux
C’est dans le rapport des précipitations solides aux précipitations totales que l’on saisit bien le jeu de la température et de l’humidité. En ce sens, C.-P. Péguy distingue les régimes nivométriques marginaux (Moyen-Orient à Jérusalem ; Sahara septentrional à El-Goléa), les régimes alpins (neige de quatre à neuf mois par an), les ré-
gimes continentaux (est du Canada à la latitude du Saint-Laurent, centre du Canada, Sibérie).
Si, sur les Provinces maritimes (Canada) et le Québec, le maximum est en janvier, avec étirement des chutes de neige jusqu’au printemps (intervention du courant froid du Labrador), à l’ouest de la baie d’Hudson, janvier et février sont moins neigeux que décembre et mars (présence de l’anticyclone du Manitoba au coeur de l’hiver). C.-P. Péguy distingue encore les régimes hypernei-geux (dix à douze mois de neige dus au froid tenace ou à une alimentation constante : hautes latitudes polaires et très hautes altitudes intertropicales).