La répartition mondiale exprime la géographie du
froid et de l’humidité
Après la chute, la neige s’exprime par la ténacité et l’épaisseur du tapis.
La ténacité peut correspondre à une conservation par le froid (Mirny [Antarctique], 365 jours) ou, du moins essentiellement, par l’abondance de l’alimentation (Weissfluhjoch [Davos], à plus de 2 500 m, 265 jours). L’épaisseur oppose les minces pellicules (qui peuvent être tenaces : plaine russe) aux énormes entassements (Alpes scandinaves, Préalpes françaises du Nord).
Le manteau peut comporter de la neige poudreuse, lourde (chargée d’eau) ou glacée. De l’allure des précipitations neigeuses, de leurs rythmes, du style des tapis neigeux résultants découlent les régions neigeuses.
Régions à prédominance du froid
Il en est ainsi des régions à enneigement constant des très hautes latitudes et des enneigements hivernaux des intérieurs continentaux aux latitudes
« tempérées froides » et « moyennes »
(Grandes Plaines canadiennes, plaine russo-polonaise, etc.). Dans tous ces cas, le manteau neigeux résulte de pré-
cipitations médiocres (v. climat) ; le froid assure sa conservation.
Régions où se combinent les
effets du froid et de l’humidité
S’y rattachent : les plaines et plateaux océaniques des latitudes tempérées (Europe de l’Ouest et Provinces maritimes au Canada) ; les montagnes tempérées océaniques aux latitudes « tempérées froides » (Alaska, Norvège), aux latitudes « tempérées moyennes » (Massif central français, Préalpes du Nord) et aux latitudes « tempérées chaudes » (Sierra Nevada de Californie) ; les hautes montagnes des Tropiques humides (Popoca-downloadModeText.vue.download 192 sur 625
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tepetl, Himālaya, Ruwenzori, Kilimand-
jaro, etc.).
Ainsi, d’énormes chutes de neige tombent sur l’Himalāya quand sévit la mousson.
Le très fort enneigement des Alpes scandinaves s’explique, pour sa part, par les apports d’humidité venant de la mer de Norvège, apports combinés à l’effet d’altitude et à la latitude déjà septentrionale.
Dans le cas du Massif central français, les montagnes volcaniques et les hauts sommets cristallins (Livradois, Margeride, Forez, Meygal-Mézenc) constituent une zone d’enneigement maximal (au-dessus de 1 500 m, la neige tient, en effet, plus de cinq à six mois). Là encore, il faut évoquer la combinaison de la « froidure » et d’une exposition aux vents humides.
La neige :
facteur d’intervention
sur le milieu naturel
Le climat
La neige, expression de certaines dispositions atmosphériques, impose à son tour une ambiance climatique spécifique. Elle est un élaborateur de froid : par son fort albédo (forte ré-
flexion du rayonnement solaire dans le spectre visible), elle s’interdit presque toute absorption calorifique (cependant, plus la neige est vieille, plus son albédo diminue). De plus, rayonnant comme un corps noir, dans l’infrarouge, elle perd la chaleur qu’elle possède. Cette perte s’opère surtout de nuit, de sorte que le tapis neigeux impose une ambiance glacée (impression de froid intense, de nuit, lorsque l’on parcourt une surface enneigée).
Cela contribue, sur les grandes plaines hivernales des latitudes tempérées
« froides » et « moyennes », au renfor-
cement des anticyclones pelliculaires.
Il en est ainsi au centre du Canada (anticyclone du Manitoba) et en Sibé-
rie orientale (anticyclone de Sibérie)
[v. anticyclone]. Par là se maintient la stabilité atmosphérique, donc l’inhibition à l’égard des précipitations. Ainsi, le manteau neigeux des continents bo-réaux hivernaux « s’auto-entretient », par le froid, mais se prive d’un renforcement systématique par apports nouveaux de neige.
L’écoulement des eaux
Dans les zones tempérées et froides, des régimes hydrologiques font une part plus ou moins grande à la neige.
Les régimes nivaux sont commandés par la fonte des neiges. C’est le cas pour l’Ob, l’Ienisseï, la Lena dans leur cours inférieur et aussi pour la Columbia et le Fraser, au Canada. Les régimes nivo-pluviaux (Niémen, Don) et pluvio-nivaux (cours d’eau du centre du Massif central français) subordonnent plus ou moins la neige à l’apport pluvial. Dans les régimes pluvio-nivaux, le tapis neigeux ne constitue plus, en phase de fonte, qu’un appoint de l’écoulement. Dans tous les cas, la neige intervient sous forme d’une capitalisation de l’eau, ce qui débouche sur des perspectives hydroélectriques.
La morphologie
C’est à partir des « neiges éternelles »
que se forment les glaciers. Il en résulte une morphologie glaciaire en montagne ou en plaine (intervention glaciaire actuelle et surtout quaternaire).
La neige intervient aussi directement, en particulier en milieu karstique, par le modelage des « creux à neige ». Elle se manifeste encore par les avalanches.
On distingue les avalanches de neige poudreuse, de neige mouillée, de neige en plaques (soufflée par le vent), de neige en rouleaux, avec déplacement sur les pentes, à la façon des boules de neige.
Au demeurant, des avalanches mixtes peuvent intervenir, avec changements de caractère au fur et à mesure de l’évolution du phénomène ; ce sont les plus grosses avalanches. Si les avalanches de poudreuse (neige fraîche) se
produisent par temps froid et répondent à une surcharge due à des précipitations très abondantes, les avalanches de neige mouillée (neige vieille et à demi fondue) interviennent lors d’un adoucissement de la température (température supérieure à 0 °C). En dehors des dégâts opérés sur la végétation et les installations humaines, les avalanches ont une action morphologique, du fait de leur grand pouvoir d’érosion mécanique. Il en résulte l’accentuation topographique des « couloirs d’ava-downloadModeText.vue.download 193 sur 625
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lanche » et des arrachements de maté-
riaux, déposés vers l’aval.
La neige et l’homme
Les cultures
Une chute de neige intervenant en milieu méditerranéen et accompagnant une vague de froid sera nécessairement néfaste à l’arboriculture. Mais la neige peut être aussi bénéfique aux cultures.
Elle constitue alors un isolant, surtout lorsqu’elle est fraîche et épaisse (donc largement pourvue en air). Cela aboutit, en hiver, à une protection des graines craignant le froid. Le blé semé redoute « beaucoup plus les hivers tempérés avec alternatives de gel ou de dégel que les hivers rigoureux avec précipitations abondantes de neige »
(J. Brunhes). Ajoutons que les chaleurs printanières pénètrent assez bien dans la neige vieillie et gorgée d’eau.
L’habitat
Les maisons soumises aux grandes
chutes de neige sont construites en conséquence. Dans le Haut-Jura, elles comportent une forte charpente. Les toits sont par ailleurs dotés de crochets qui interdisent à la neige de tomber à l’entour. Ainsi est évité l’entassement de la neige à la périphérie des immeubles ruraux (auxquels on se réfère ici) et diminuée la difficulté de circulation. Mais le maintien de la neige sur les toits répond aussi au respect d’un isolant thermique. Les agglomé-
rations urbaines peuvent être considé-
rablement gênées par de fortes chutes de neige qui demandent d’énormes
moyens de déblaiement.
La circulation
La neige constitue une entrave à la circulation : fils téléphoniques surchargés, routes enneigées que l’on ouvre avec des chasse-neige, ce qui rétrécit la voie et la place entre deux murs de glace, cols impraticables pendant de longs mois, tempêtes de neige qui créent au moment où elles sévissent de graves inconvénients et accumulent sous l’effet du vent d’énormes amas (congères).
Le tourisme
Pourtant, la circulation difficile n’em-pêche pas, par la route et la voie ferrée, voire l’avion, le déplacement vers les régions hivernales enneigées. C’est que les sports* d’hiver, et aussi le ski d’été, attirent les foules et font de la montagne un puissant concurrent de la mer. La montagne, devenue grand lieu de tourisme, a connu grâce à cela et auparavant grâce à l’hydroélectricité une véritable révolution économique et démographique (Alpes françaises du Nord, Alpes suisses). Un peuplement permanent revivifié s’y manifeste, ainsi qu’un apport saisonnier considérable dans les stations de sports d’hiver. Là, à côté de l’infrastructure directement liée aux champs de neige (remontées mécaniques, pistes balisées), surgissent des hôtels, des immeubles à appartements et à studios, des magasins, etc. Ainsi est assurée la promotion d’anciens villages ou bourgs montagnards (Crans-Montana, Val-d’Isère), ou de petites villes (Chamonix), quand ce ne sont pas de grandes villes qui en profitent (Grenoble et les jeux Olympiques).