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Le cours des saisons, le soleil, la pluie concentrent alors les invocations des hommes. Les manifestations artistiques, parfois liées aux mythologies, semblent révéler des mythes de fécondité ou de fertilité.

L’art

La céramique est, bien sûr, l’expression artistique la plus commune. Sur l’argile encore molle, l’homme laisse parler toute son imagination créatrice, que ce soit dans les formes ou dans le décor. Ensuite, il projette sur l’argile cuite les couleurs dont il ornait autrefois les grottes. Les premiers décors consistent le plus souvent en impressions de doigts, de végétaux, de cordes

ou de tissus. La poterie rubanée, par exemple, révèle une très grande fantaisie. En Orient, les céramiques peintes révèlent deux grands styles : l’un d’inspiration géométrique, l’autre plus naturaliste. Les premiers motifs sont souvent attribués aux agriculteurs et les seconds aux pasteurs.

La « fièvre mégalithique »

Le « mégalithisme » est un trait caractéristique mais non exclusif de l’Europe occidentale. Il remonte aux IIIe et IIe millénaires, soit au Néolithique tardif et au Chalcolithique. Ces monuments sont donc bien antérieurs aux Celtes, même si la terminologie adopte des vocables celtiques pour les qualifier. On distingue ainsi :

— le menhir, bloc de pierre vertical ; certains pouvaient atteindre des dimensions colossales (Locmariaquer en Bretagne) ;

— le dolmen, dalle horizontale reposant sur deux blocs verticaux (orthostates) ; il servait de chambre sépulcrale ;

— le cromlech, rangée circulaire de menhirs. Le plus célèbre est situé à Stonehenge (Willshire) [son diamètre dépasse 400 m].

L’interprétation du phénomène mé-

galithique reste difficile, les rituels qui s’y attachent semblant très divers.

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La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 14

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La « révolution

néolithique »

L’établissement de relations actives entre l’homme et son milieu naturel est

donc un caractère propre aux civilisations néolithiques. L’homme, devenu régulateur conscient des processus naturels, contrôle alors son écosystème et, développant de nouvelles techniques, peut progresser vers les stades dits « de haute civilisation ». Il est à remarquer cependant que, si l’apparition de l’agriculture est une condition nécessaire au développement d’une grande civilisation, celle-ci n’est pas une conséquence inévitable de celle-là.

On doit bien distinguer entre :

1o les débuts de la domestication des plantes, où les plantes cultivées ne constituent pas encore l’essentiel de l’économie, fondée sur la chasse et la cueillette ;

2o les progrès de l’économie agricole comme base de la subsistance et l’établissement de communautés sédentaires ;

3o le développement des « hautes

cultures » marqué par l’émergence de grandes traditions (différentes des traditions locales, ou « folklore ») ; 4o le triomphe de la « civilisation » re-présenté par la construction des centres urbains.

Les limites de chaque stade sont

rarement bien définies, et les deux premiers, qui nous concernent,

n’échappent pas à la règle. Différentes disciplines concourent à l’étude des origines de l’agriculture : archéologie, botanique, linguistique. Elles tentent de répondre aux trois questions posées par l’apparition des plantes cultivées : Où ? Quand ? Comment ?

Déjà abordé par Darwin*, Alphonse de Candolle (1806-1893) et Nikolaï Ivanovitch Vavilov (1887-1943), le problème de l’origine des plantes cultivées connaît vers 1939 un regain d’in-térêt avec Oakes Ames (1874-1950), professeur de botanique économique à Harvard. Profitant des progrès scientifiques, Ames se situe dans une conception moderne des idées darwiniennes.

Comme son illustre prédécesseur, il insiste sur la longueur des processus de domestication : il soupçonne une phase horticole entre la prédation et la production des plantes. Par la suite, la

préhistoire et la biologie se combinent heureusement pour approcher ces

questions dans toute leur complexité.

Nombre de savants ont lié leur nom à ces recherches : le Danois Hans Helbaek, le Canadien Richard MacNeish, les Américains Lawrence Kaplan, Kent Flannery et bien d’autres.

Vers 1941, la technique palynolo-

gique a renouvelé toutes les hypothèses concernant le Néolithique européen.

S’appuyant sur l’analyse pollinique et les données archéologiques, Hans Helbaek a pu suivre ainsi l’expansion des plantes domestiquées à partir du Moyen-Orient. Cultivé dès le VIe millénaire au Kurdistān, un blé, l’amidonnier, ou Emmer (Triticum dicoccum), est adapté vers le Ve millénaire aux plaines mésopotamiennes. Peu avant le IVe millénaire, cette espèce est cultivée avec un nouveau blé, l’engrain (Triticum monococcum), depuis le delta du Danube jusqu’à l’embouchure du Rhin.

Ces blés gagnent progressivement toute l’Europe occidentale et s’y installent complètement vers le IIIe millénaire.

Le seigle et l’avoine ont suivi la même expansion, comme mauvaises

herbes des champs de blé.

Gordon Childe, en 1952, expose un modèle pour expliquer les débuts de ce qu’il a appelé la « révolution néolithique ». Pour lui, les changements climatiques survenus après le Pléistocène ont concentré hommes, plantes et animaux autour des oasis. Cette

« juxtaposition » forcée aurait créé une sorte de symbiose entre l’homme et son environnement, situation dont la conséquence logique aurait été la domestication (théorie des oasis). Robert Braidwood, grâce à ses travaux en Asie Mineure, démontre que les régions ayant connu les premières économies productives n’ont guère subi de changements climatiques à la fin du Pléistocène et démolit ainsi les théories de Childe. Il insiste d’autre part sur le fait que des conditions écologiques analogues ont déjà eu lieu au cours du Pléistocène sans entraîner l’apparition de l’agriculture. Braidwood rend alors hommage à Childe et à sa « philosophie matérialiste de l’histoire », puis élabore à son tour, en 1963, une théo-

rie des « zones nucléaires ». Selon Braidwood, les populations du Croissant fertile, vers 8000 av. J.-C., étaient arrivées à un point de connaissance si parfait de leur environnement qu’elles furent alors en mesure de domestiquer les plantes et les animaux qu’elles cueillaient et chassaient. La domestication serait alors une conséquence logique du progrès des connaissances.

Remarquons la parenté de cette théorie avec celle qui fut avancée par Darwin en 1868. Braidwood définit une zone nucléaire comme « une région possédant un environnement qui inclut une variété de plantes et d’animaux sauvages susceptibles d’être domestiqués ». À partir de ces zones nu-cléaires, l’agriculture se propage sur le reste du monde.

En 1968, Lewis Binford reprend les théories de Braidwood. S’appuyant non plus seulement sur l’Asie Mineure, mais aussi sur l’Amérique, il développe une théorie suivant laquelle la prédation aurait provoqué une rupture d’équilibre entre les ressources naturelles et la démographie. L’homme est alors condamné à assumer lui-même quelques-unes des fonctions

de la nature pour endiguer cette crise écologique.

Les préhistoriens connaissent au

moins deux zones nucléaires cer-

taines : le Proche-Orient et l’Amé-

rique centrale. Cependant, il apparaît de plus en plus évident que le Sud-Est asiatique constitue une troisième zone d’invention de l’agriculture.

L’agriculture du Nouveau Monde

repose sur deux traditions divergentes : la première, caractéristique du sud de l’Amérique centrale, est fondée sur la reproduction « végétative », c’est-à-

dire par boutures. Les produits donnent des fécules et du sucre, peu de protéines et de graisses (cas du manioc et de la patate douce). La seconde, fondée sur la plantation des graines, est plus septentrionale. Il est possible que ces traditions soient issues de deux inventions indépendantes. Notons que certains américanistes contestent actuellement l’importance du maïs par rapport aux autres plantes comme base alimentaire. La technique de défrichement