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Ce n’est qu’au XVIIIe s. que le Népal allait connaître une nouvelle phase de sa lente évolution. Divisé en plusieurs principautés, il devait en effet être unifié en un véritable État par la caste militaire des Gurkhās, installée primitivement à l’ouest de la vallée de Katmandou. Maîtres du Népal à partir de 1768, les Gurkhās, issus d’immigrants indiens et de femmes indigènes, se disaient d’origine rājpūte. La véracité d’une telle filiation est on ne peut plus discutable, mais s’inscrit dans une certaine logique : dans le sous-continent, on ne compte plus les castes et groupes ethniques prétendant descendre du prestigieux clan des Rājpūts.

Le dynamisme des Gurkhās fut tel, leur expansion territoriale si rapide (ils arrivèrent à contrôler toute la zone de la Tīsta à la Satlej [Sutlej]) que les Britanniques durent intervenir militairement (1814-1816) pour contenir un si

entreprenant voisin. Une pression militaire sérieuse sur Katmandou, en 1816, contraignit les Gurkhās à évacuer le Kumāon et le Sikkim. Paradoxalement, la défaite ou du moins le recul gurkhā

devait entraîner, avec l’installation d’un résident britannique à Katmandou (traité de Segauli [1816], révisé seulement en 1923), l’établissement de liens d’amitié durables avec la Grande-Bretagne. L’apport militaire des Gurkhās (v. Inde) fut même décisif lors de la grande mutinerie de 1857, bien que les Gurkhās en question fussent d’origine mongole et n’eussent rien à voir avec les Gurkhās dont on vient de parler. Moyennant ce « tribut » payé à la Grande-Bretagne, le Népal gurkhā

devait conserver son indépendance.

Mais ce fut au prix d’un repli du pays sur lui-même le figeant dans un archaïsme qui devait se poursuivre plus d’un siècle et entraver toute possibilité d’évolution.

Dans ce contexte, le putsch de 1846

de Jung Bahādur († 1877) transforma la maison royale du Népal en « rois fainéants mérovingiens ». À partir de cette date, la réalité du pouvoir appartint à la dynastie des Bahādur Rānā, véritables maires du palais fondant leur domination sur une aristocratie foncière de quelques centaines de personnes, maintenant au régime une allure quasi féodale, se coupant soigneusement de toute influence polluante, en l’occurrence occidentale ou moderniste, qui aurait rendu leur domination encore plus anachronique. Cet état de choses devait pratiquement se maintenir jusqu’en 1950-51, date à laquelle la monarchie était rétablie dans toute la plénitude de ses pouvoirs.

1951 a été la troisième grande date de l’histoire moderne et contemporaine du Népal. Elle a marqué le début d’une ouverture économique, technique, voire touristique rapide du pays et d’une diplomatie de la corde raide entre la « tutelle » indienne et l’« amitié » chinoise.

Dans une première phase, en effet, le gouvernement népalais se plaça sous la protection de l’Inde. C’est ainsi que de 1952 à 1970 un certain nombre de conseillers militaires indiens furent

envoyés par New Delhi. Demandé en 1969, leur rappel devint effectif en 1970. Car entre-temps la situation avait évolué ; le roi Mahendra († 1972) désirait désengager son pays d’une alliance trop exclusive avec l’Inde pour se rapprocher sur le plan commercial entre autres du Pākistān et de la Chine ; du même coup, il accroissait sa liberté de manoeuvre. L’aide importante de l’Inde ne risquait-elle pas d’hypothéquer l’in-dépendance du petit royaume ? N’était-il pas en effet dangereux pour un État coincé entre l’Inde et la Chine de se trouver trop nettement affilié à l’un des deux blocs ? Depuis, le Népal cherche un difficile équilibre entre une alliance indienne presque dictée par l’histoire et la géographie et une amitié chinoise dictée par la raison et le réalisme politique. Transposés à l’échelle d’un petit pays, ces problèmes ne diffèrent guère de ceux qui se posent à l’échelle mondiale, et à cet égard l’expérience népalaise peut avoir valeur d’exemple.

J. K.

Peuplement et

civilisation

Le peuplement est hétérogène. La zone du Terai est habitée par des populations hindoues, de même race que les Indiens de la plaine gangétique. Les hautes vallées du Nord, au-dessus de 3 000 m, sont le domaine de populations tibétaines, pratiquant le bouddhisme lamaïque, comme les Sherpas du Khumbū (massif de l’Everest) et les Lobas du Mustāng. Le Moyen

Himālaya est partagé entre diverses ethnies. Tout l’Ouest est dominé, comme le Kumāon et le Garhwāl voisins, par l’ethnie des Khasas : population hindoue, dialectes paharis (montagnards) de la famille indo-aryenne, hiérarchie de castes, genre de vie typiquement indien. Dans l’Est dominent les anciennes tribus népalaises, comme les Rāīs (bassin de la Sun Kosī), les Limbūs (limitrophes du Sikkim) : populations mongoloïdes non brahmani-sées, influencées par le bouddhisme, langues intermédiaires entre la famille tibéto-birmane et la famille munḍā, habitat dispersé. Au centre, c’est un mélange de Khasas et de tribus mongoloïdes, comme les Tamāngs, les

Magars, les Gurungs. Parmi celles-ci, les Newārs du bassin de Katmandou tiennent une place exceptionnellement importante, car ils ont créé la civilisation népalaise.

La conquête du Népal par les

Gurkhās (1768), population khasa

du bassin de la Marsyāndī, a accen-tué l’influence de l’hindouisme sur le pays. De là l’ambiguïté religieuse et sociale du Népal, où les éléments hindous et bouddhistes s’interpénètrent.

Ce dualisme de la civilisation est particulièrement frappant chez les Newārs.

Le nepālī, langue des Gurkhās (de la famille indo-aryenne), est devenu commun à tout le Népal, mais sans abolir la résistance du newārī, langue d’affinités tibétaines.

Manquant d’unité géographique, le Népal a une vie urbaine très dispersée, consistant essentiellement en gros marchés ruraux. Les hautes vallées tibétaines sont dépourvues de centres urbains, à l’exception de Lo Mantang, capitale de la principauté du Mustāng (3 800 m d’altitude), petite cité enclose de murs où vivent un millier d’habitants. Les villes du Terai sont des marchés de contact entre la montagne et la plaine, tels Rājapur, Nepālganj, Amlekganj, Birātnagar. Dans le Moyen Himālaya, ce sont les centres des principales vallées comme Pokharā, Gurkhā. Il faut mettre à part les villes du bassin de Katmandou, pays de très ancienne civilisation urbaine. Katmandou (Kātmāndū, 121 000 hab.), Pātan (ou Lalitpur, 48 000 hab.), Bhādgāun (ou Bhaktapur, 37 000 hab.) sont des capitales d’anciens royaumes, remarquables par leur architecture traditionnelle et surtout leurs pagodes aux toits dorés. Katmandou doit son développement exceptionnel à sa fonction de capitale. À côté de la vieille cité pittoresque s’est développé le quartier aristocratique de l’ouest, aux palais somptueux, tandis que des faubourgs populaires s’étendent au nord et au sud. Katmandou est devenu un centre scolaire et universitaire et un lieu de tourisme.

L’économie

Une grande partie du Népal reste

dépourvue de routes carrossables.

Les transports se font surtout à dos d’hommes, et par caravanes de yacks dans le haut pays. Dans ces conditions, l’économie reste essentiellement fragmentée, vouée à des cultures vivrières.

Le Terai et les basses vallées (au-dessous de 2 500 m) pratiquent une agriculture de type indien, à double récolte annuelle, avec aménagement de terrasses sur les versants : en été, le riz (jusqu’à 1 500 m env.), le maïs, les millets ; en hiver, le blé, l’orge. Des cultures itinérantes se maintiennent dans le Népal oriental. Au-dessus de 3 000 m règne une économie de type tibétain, fondée sur le blé, l’orge, les pommes de terre, l’élevage des moutons, des chèvres, des yacks et de leurs hybrides (le mâle, dzopo, et la femelle, downloadModeText.vue.download 208 sur 625