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La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 14

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dzomo, fruits du croisement du yack et de la vache).

Le bassin de Katmandou est une

région à forte densité démographique, où vivent plus d’un demi-million d’individus. Il doit à son altitude modérée un climat tempéré chaud, où l’absence d’hiver froid permet une agriculture sans interruption hivernale, dont la technique minutieuse a été mise au point par les Newārs depuis des siècles.

Un système d’irrigation ancien, captant les torrents montagnards, assure la permanence des cultures en saison sèche. Toute la terre est cultivée d’une manière intensive. La culture d’été (saison pluvieuse) est la rizière en eau, que l’on moissonne en octobre-novembre ; elle occupe la majeure partie de la vallée, laissant au maïs des terrasses plus hautes, non irriguées. Les cultures d’hiver, sur les mêmes terres, sont le blé, les pommes de terre, les fèves, les oignons et autres légumes. Il est courant de voir une rotation de trois cultures dans l’année ; par exemple, le riz suivi de deux récoltes de pommes de terre. La rotation ininterrompue, trait particulier de la civilisation agricole des Newārs, distingue la vallée de Katmandou des autres vallées né-

palaises, où les cultures d’hiver sont

beaucoup moins développées.

Malgré la difficulté des commu-

nications, les paysans pratiquent des échanges actifs qui entraînent de longs déplacements. Mais les structures commerciales, qui diffèrent selon les régions, soulignent le caractère hété-

rogène de la société du Népal. Le haut pays tibétain n’a pas de bazars ni de commerçants spécialisés ; tous les paysans se livrent plus ou moins à des transactions au cours de leurs déplacements. Ainsi le village de Nāmche Bazār, sur les flancs de l’Everest, n’est qu’un groupement de paysans sherpas qui pratiquent une économie spéculative (production et vente des dzos). Au-dessous de 2 500 m, l’ouest du Népal porte la marque de l’ethnie des Khasas : le commerce y est organisé dans un réseau de bazars de type indien.

Cependant, les paysans s’y livrent à de grands déplacements, surtout en hiver, pour faire des échanges sur les marchés du Terai. Dans l’Est népalais, au contraire, on voit très peu de bazars.

Depuis le début du XXe s., les échanges se sont développés, surtout dans des marchés périodiques, que fréquentent des commerçants et où se vendent, avec les produits agricoles locaux, de multiples articles d’origine indienne comme sur tous les bazars.

Le Népal n’a qu’une voie ferrée, qui relie une ville du Terai, Amlekganj, au réseau indien. Mais un réseau routier moderne est en construction. La vallée de Katmandou est reliée à Raxaul (Inde), via Bīrganj, par une route nouvelle ; elle est reliée à Lhassa par la route de Kodari, oeuvre des techniciens chinois. Une grande voie est-ouest est en construction pour relier Katmandou aux principaux centres

du Moyen Himālaya. Des aérodromes fonctionnent à Katmandou, Pokharā, Bhairawā, Bīrganj, et les lignes aé-

riennes relient les villes montagnardes au monde extérieur.

Les progrès du commerce ont déve-

loppé considérablement l’économie monétaire. Les paysans vendent des produits agricoles pour pouvoir acheter des produits importés, essentiellement d’origine indienne : sel, épices, vêtements, quincaillerie, papeterie, allumettes, médicaments, etc. Tandis

que la fermeture de la frontière tibé-

taine (1959) a condamné le commerce transhimalayen, le commerce avec

l’Inde s’est développé. Le Népal exporte surtout des produits alimentaires.

Il acquiert aussi des devises étrangères grâce à l’activité de certaines ethnies (Tamāngs, Gurungs), dont les jeunes gens s’expatrient pour s’engager dans l’armée indienne sous l’appellation de soldats « gurkhās », ou pour louer leurs services comme gardiens privés. Il n’est pas douteux que l’économie a été profondément marquée par l’isolement du pays, qui ne s’explique pas seulement par des facteurs géographiques, mais aussi par la politique des Rānā, dynastie de ministres établie depuis le XIXe s. Depuis 1950-51, le rétablissement du pouvoir monarchique a permis la réouverture du Népal et une politique de modernisation.

J. D.

F Himālaya / Inde.

T. Hagen, G. O. Dyhrenfurth, C. von Fürer-Haimendorf et E. Schneider, Mount Everest ; Aufbau, Erforschung und Bevölkerung des Everest-Gebietes (Zurich, 1959). / T. Hagen, F. Traugott Wahlen et W. R. Corti, Nepal, Kö-

nigreich am Himalaya (Berne, 1960 ; trad. fr.

Népal, royaume de l’Himalaya, Berne, 1961).

/ P. P. Karan, Nepal, a Cultural and Physical Geography (Lexington, 1960). / C. von Fürer-Haimendorf, The Sherpas of Nepal (Londres, 1964). / L. Boulnois et H. Millot, Bibliographie du Népal, t. I : Sciences humaines (C. N. R. S., 1970). / J. Dupuis, l’Himalaya (P. U. F., coll.

« Que sais-je ? », 1972). / D. Odier, Népal (Éd. du Seuil, coll. « Microcosme », 1976).

L’art du Népal

Tout au long de leur histoire, les artistes népalais ont été des transformateurs : ils ont assimilé l’influence de l’Inde* en lui apposant le cachet de leur originalité propre. C’est essentiellement la sculpture qui témoigne des temps anciens ; car la peinture n’apparaît, avec les miniatures, qu’au XIIe s. Par ailleurs, il ne subsiste plus de vestiges d’architecture ou de sculpture sur bois antérieurs à 1394.

Les similitudes qui existent entre les découvertes des fouilles de la plaine du

Gange et celles de Tilanrakot, Banjarāhī et Paisia, dans le Terai, dénotent, au IIIe s. av.

J.-C., une pénétration certaine de la culture maurya et śuṅga au Népal. Mais elle ne semble pas avoir franchi les chaînes, car les recherches limitées de Hadigao, Tagim-pat et Dhum Varāhī, dans la vallée de Katmandou, ne révèlent pas d’établissement antérieur au début de l’ère chrétienne. Le pilier d’Aśoka de Rummindi (IIIe s. av. J.-C.) semble marquer la limite septentrionale de l’expansion maurya.

Stella Kramrisch a pu écrire que « l’histoire de l’art du Népal ne commença réellement qu’avec l’arrivée des dieux hindous ».

Cela explique la brutalité des premières oeuvres de la statuaire népalaise, relevant de l’art gupta. Les associations homme-animal, femme-arbre et les couples deviennent populaires. Ainsi, le Varāha de Dhum Varāhī (Ve s.), où l’avatāra-sanglier de Viṣṇu est associé à la terre qu’il vient de sauver de l’océan. Mais on remarque dès le Ve s. un profond changement de style.

Dans le Vainteya de Changu Nārāyan (bas-relief, 464), l’énergie et la force physique dominent malgré l’attitude d’adoration humble. Cette oeuvre est bien différente du Viṣṇu Vikrantamurti de Katmandou (467), exécuté par des artistes indiens. L’énergie n’est plus massive, mais rythmée et harmonieuse. La sculpture est conçue comme le théâtre : en mouvement. Le Viṣṇu Vikrantamurti de Tilgangā (467), exécuté par des artistes népalais, accuse la différence.

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Du Ve au VIIe s. s’étend une période très féconde. Servis par leur habileté de tailleurs de pierre et leur sens esthétique, les artistes népalais poursuivent leurs recherches. La simplicité et la perfection des traits, l’équilibre des proportions créent une beauté humaine idéale, d’où émanent sérénité et pureté. Le Bouddha de la rive de la Bhāgmati illustre bien cette réussite. Puis l’art du Népal suit l’évolution de l’art indien, qui recherche le grandiose, voire le gigantisme, pour exalter les dieux hindous. Le Nārāyana Anantaśayin de Buddhanīlakaṇṭha marque ainsi la décadence et la fin de l’art népalais d’influence gupta.

Au VIIIe s., l’influence des bronzes pāla de l’Inde de l’Est se fait sentir. Dans la Cour cé-

leste de Viṣṇu de Pāśupatināth (IXe s.), beaucoup de conventions gupta sont reprises : personnages de profil, encombrement de la scène, détail des cuirasses ; mais le style pāla est déjà intégré. Les corps sont élancés, vigoureux et non plus gigantesques.