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nie par Cneius Domitius Corbulo en

58-59 ; en Bretagne, écrasement de la révolte de Boudicca par Caius Sueto-nius Paulinus en 61).

Aussi Rome ferme-t-elle les yeux

sur la vie privée du prince, qui annonce pourtant déjà des penchants inquiétants. On ne s’indigne pas outre mesure quand on le voit, déguisé en esclave, parcourir la nuit les mauvais lieux de la capitale ou rosser les passants. Les sombres intrigues de palais ne soulèvent pas non plus l’émotion : le meurtre de Britannicus (55), empoisonné par Néron, qui voyait en lui un danger permanent pour son autorité, laisse le peuple indifférent. La liaison de l’empereur, dès 58, avec Poppée, alors très populaire, est accueillie favorablement, tout comme on apprécie fort ses exhibitions de cocher et de chanteur. L’assassinat d’Agrippine (59) ne provoque aucun remous, tant l’impératrice s’est aliéné l’opinion par sa politique de vengeance.

Ombres sur l’Empire

La mort de Burrus (62) et, la même année, la disgrâce de Sénèque marquent un tournant du règne. Jusque-là, les deux ministres avaient pu gouverner l’Empire avec sagesse et tant bien que mal tempérer les néfastes instincts de Néron. Leur disparition laisse le champ libre au prince, qui, n’étant plus soumis à aucune tutelle, va progressivement s’engager dans la voie des crimes et des folies. Fait capital, il remet en vigueur la loi de majesté qui lui permet d’intenter procès sur procès et de s’approprier les biens des condamnés. Burrus est remplacé par le favori Tigellin, qui, préfet du prétoire, va se révéler le mauvais génie du régime. Après avoir chassé Octavie, Néron épouse Poppée ; Octavie, reléguée dans l’île de Panda-teria, est mise à mort (62). Des fêtes somptueuses où, à en croire Tacite, l’extravagance rivalise avec la dé-

bauche, sont données dans les jardins impériaux. La haute société romaine, dont les membres les plus influents reçoivent l’ordre de mourir sous des prétextes futiles, n’ose pas encore se révolter contre la sanglante tyrannie de l’empereur.

Dans la nuit du 17 au 18 juillet 64,

un immense incendie ravage la capitale : près de 20 p. 100 de la ville, tout le centre de Rome* — soit les quartiers populeux —, disparaissent dans la catastrophe. En dépit des mesures rapidement prises par Néron pour se-courir les sinistrés, la rumeur publique accuse l’empereur d’avoir mis le feu à la cité. L’hypothèse est peu vraisemblable, l’origine de l’incendie étant downloadModeText.vue.download 211 sur 625

La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 14

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probablement accidentelle. Néron se disculpe en rejetant la responsabilité du drame sur les chrétiens, qui, au nombre de 2 000 à 3 000, apparaissent comme les incendiaires tout désignés et sont suppliciés.

La reconstruction de Rome sur un

plan nouveau et rationnel ainsi que divers travaux publics entraînent de lourdes charges pour le trésor. Des prodigalités, comme la construction de la Maison dorée, sur l’Esquilin, à l’emplacement du palais disparu lors de l’incendie, épuisent les finances de l’État. Néron abaisse donc le poids de l’or et de l’argent et a recours aux confiscations des fortunes privées, aux spoliations des édifices, au pillage de l’Italie et des provinces, aux contributions imposées aux villes libres et aux alliés. Cette politique d’exaction exaspère ceux qui en sont les victimes.

En 65, une conjuration dont l’origine remonte à l’année 62 se noue dans le milieu sénatorial sous la direction de Caius Calpurnius Piso. Par suite d’une trahison, le complot est découvert et la répression impitoyable (17 condamnations à mort, parmi lesquelles celles de Sénèque et de Lucain, 13 à l’exil, 10 dégradations militaires).

La chute

Désormais, Néron vit dans la crainte de nouveaux complots. Hanté par l’idée d’assassinat, il instaure un régime de terreur systématique, frappant aussi bien parmi les membres de l’opposition qui ont le courage de s’élever contre ses folies (tel Lucius Paetus Thrasea) que parmi ses proches. Il est

pourtant encore très populaire auprès des masses, qu’il s’attache par des distributions de blé et des spectacles.

En 66, les Jeux quinquennaux lui permettent de faire étalage de ses dons de comédien et de chanteur, talents à vrai dire médiocres. Prématurément usé par les excès, le corps alourdi, il fait piètre figure lors des concours, quels que soient les applaudissements de commande qui saluent ses exhibitions. Cette même année 66, Poppée meurt, victime, selon Suétone, d’un de ses emportements. Avec cette femme intelligente et soucieuse de la grandeur de l’Empire disparaissait peut-être la dernière influence qui eût pu freiner le dérèglement du règne. Ce ne sont plus que meurtres en série, encouragés et préparés par Tigellin.

Désireux de trouver en Grèce la

consécration de sa vocation d’artiste, le prince participe aux jeux Olympiques.

À Corinthe, il tient à inaugurer personnellement les travaux de percement de l’Isthme, puis (nov. 67), pour témoigner sa gratitude au pays qui a su flatter sa passion de l’art, il accorde à la Grèce son indépendance. Mais d’inquiétantes nouvelles parviennent de Rome : la Judée s’est soulevée et, en Gaule, le légat de Lyonnaise, Caius Julius Vindex, est entré en insurrection ouverte.

De Naples, Néron apprend encore que le légat d’Espagne Citérieure, Servius Sulpicius Galba*, prend la tête de la révolte. La banqueroute de l’Empire paraît imminente.

Désemparé, l’empereur, malgré la

victoire des troupes de Germanie Supé-

rieure sur Vindex, hésite, tergiverse ou se livre à de nouvelles extravagances.

Tandis que Galba marche sur l’Italie, à Rome le préfet du prétoire, Caius Nymphidius Sabinus, trahit. Proclamé ennemi public par le sénat, Néron s’enfuit de la capitale et s’enfonce un poignard dans la gorge avec l’aide d’un affranchi (9 juin 68). La mort du dernier représentant de la dynastie julio-claudienne allait entraîner une période de crise et d’anarchie.

A. M.-B.

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Neruda

(Pablo)

Poète chilien (Parral, prov. de Linares, 1904 - Santiago 1973).

C’est au contact de la nature que Pablo Neruda (de son vrai nom Neftalí Ricardo Reyes) fait son apprentissage de la vie. « Mon enfance, ce sont des souliers mouillés, des troncs cassés /

Tombés dans la jungle, décorés par les lianes. » À Temuco, petite ville du Chili austral située au pied des volcans couverts de neige, et dans la grande forêt voisine gorgée d’eau, le jeune Neftalí Ricardo découvre « le monde du vent et du feuillage », se grise de cette pluie qui tombe inlassablement, jour après jour, pénètre les secrets de la nature avant de signer avec elle un

« pacte poétique » : l’oeuvre du poète sera riche d’images empruntées à cet univers primitif, images de pluie, d’humidité, de sel (les fortes lames du Pacifique frappent la côte toute proche), symboles sous sa plume de désintégration, de pourriture, de corrosion.

« Étudiant triste égaré dans le cré-

puscule », Neruda — il vient de choisir comme pseudonyme le nom du célèbre poète tchèque Jan Neruda (1834-1891), après avoir été visité par la poésie (« ...