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La Pandora, étrange récit, qui commence par un épisode des « Amours de Vienne » et se poursuit par des récits de cauchemars, date de la fin de la vie du poète et est donc contemporaine de la mise au point d’Aurélia. Jean Guillaume en a proposé en 1968 une restitution vraisemblable qui incorpore dans le texte des fragments conservés sur les manuscrits.

Les autres proses

Nerval, comme son ami Baudelaire, n’a jamais pu venir à bout d’un roman.

Le Prince des sots, pour lequel il hésita longtemps entre le drame et le roman, est demeuré à l’état d’ébauche.

Le Marquis de Fayolle est inachevé ; de Dolbreuse, il ne reste qu’un carnet de notes (publié en 1967). Mais il a écrit quelques contes ; le meilleur est

« la Main enchantée », auquel il faut

joindre « l’Histoire du calife Hakem »

et « l’Histoire de la reine du Matin et de Soliman », qui prirent place dans le Voyage en Orient. Dans cet ouvrage, Nerval a ramassé dix années d’expé-

riences, de lectures et de rêveries. En dépit de la surprenante étendue des emprunts à l’Account of the Manners and Customs of the Modern Egyptians de William Lane, ce livre est profondé-

ment original, et typique de la manière de Nerval. Pour s’en assurer, il suffit de le comparer à l’Itinéraire de Paris à Jérusalem ou bien au Voyage en Orient de Lamartine.

Les Illuminés, en particulier les études sur Jacques Cazotte et sur Quintus Aucler, permettent de mieux connaître l’orientation des curiosités de l’écrivain et ses démarches intellectuelles les plus fréquentes.

Une partie non négligeable de

l’oeuvre de Nerval est formée par les textes de critique littéraire et dramatique récemment regroupés (la Vie des lettres, la Vie du théâtre, t. I et II des OEuvres complémentaires) et par les articles « de genre » et de variétés dispersés dans de nombreuses publications (Variétés et fantaisies, t. VIII des OEuvres complémentaires). Dans ces textes, tantôt l’on admire la justesse d’un sens critique secondé par une immense culture, tantôt l’on retrouve l’humoriste tendre et un peu désabusé.

Certains furent publiés sous des pseudonymes autres que celui de Nerval : C. de Chatouville, A. B. de Chesne, Bachaumont.

Le théâtre

Dans ce domaine, chez Nerval presque jamais la réalisation ne s’est élevée au niveau de l’idée, en partie à cause des décevantes collaborations imposées par les usages du temps. Il avait fait ses débuts littéraires avec la traduction de Faust. En liaison directe avec le thème de l’amour dans la mort, sa mémoire fut sans cesse hantée par l’épisode d’Hélène du second Faust et il tenta à diverses reprises de le récrire, par exemple dans les Monténégrins (1848 et 1849) [inspirés de l’Inés de las Sierras de Nodier, t. III des OEuvres complémentaires] ou dans l’Imagier de Harlem (1851), ambitieux ouvrage

écrit en collaboration avec Joseph Méry et fondé, comme le cycle lamar-tinien des Visions, sur l’idée d’âmes se réincarnant de siècle en siècle (t. V des OEuvres complémentaires).

En dehors de l’ensemble suggestif de plans et ébauches regroupés dans le tome III des OEuvres complémentaires, l’ouvrage le plus captivant de ce théâtre demeure Léo Burckart (première version en collaboration avec Dumas, 1838 ; deuxième version re-fondue par le seul Nerval, 1839 ; t. IV

des OEuvres complémentaires).

La pièce, inspirée, d’une manière générale, par le spectacle des intrigues de cour des principautés allemandes et, plus directement, par l’assassinat de Kotzebue, est un beau drame sur les sociétés secrètes allemandes ; c’est certainement l’un des meilleurs

« drames bourgeois » de la littérature française, d’une étonnante actualité, et qui demeure injustement méconnu.

Jules Romains s’en est inspiré pour écrire le Dictateur.

« La vie d’un poète est

celle de tous »

Pendant toute la première partie de sa carrière poétique, Nerval semble s’être mis à l’école d’autrui et a, dans ses charmantes Odelettes, imité Ronsard et Rémy Belleau. Mais c’est très probablement dès 1841-1845 que

naquirent les poèmes connus sous le nom d’Autres chimères (qui ne furent publiés qu’en 1924). Les mystérieuses Chimères ont fait couler beaucoup d’encre. Elles ne comportent sans doute pas un nombre indéfini de significations : certains rapprochements déconcertants qu’on y relève reposent sur des rapprochements de dates, sur la considération de retours cycliques ou crus tels.

L’extrême modestie de renonciation ne doit pas dissimuler le caractère ambitieux et exemplaire de la conquête de l’éternité telle que la conçoit Nerval.

En véritable néo-platonicien, partant de l’universelle analogie et des ressemblances, il veut devenir un dieu en rejoignant dès cette vie l’entité féminine, autre moitié de lui-même, dont il

a deviné le reflet dans le monde créé.

Si l’écrivain a pu, bien que tardivement, parvenir à une gloire éclatante, c’est que son oeuvre fait de lui un pionnier dans la voie où s’est engagée toute une partie de la littérature contemporaine. En toute simplicité, et parce que pour lui le songe s’était épanché dans la vie réelle, Nerval a tiré parti des immenses ressources de l’inconscient et du rêve. Parallèlement, son désir de pénétrer les secrets de l’au-delà l’a conduit assez loin sur la mer orageuse de la connaissance des choses occultes.

Parmi les romantiques français, seul Balzac a eu des aperçus presque aussi précis et aussi étendus sur les doctrines ésotériques, sur les phénomènes méta-psychiques ; Nerval y joint une étude de l’astrologie et du tarot.

Adaptateur de Goethe et de Jean-

Paul Richter, ami et traducteur de Henri Heine, Nerval a vécu une ex-périence qui n’est pas sans rappeler certaines réussites audacieuses du romantisme allemand. L’analyse de ses ouvrages montre qu’ils retracent un itinéraire complexe et sinueux. Par-delà des siècles douteurs, Gérard de Nerval rejoint la tradition hermétique et s’inscrit dans la lignée des illuminés dont il s’était fait l’historiographe. Figure complexe, tourmentée et émouvante, il apparaît comme le frère spirituel de Novalis et de Blake. C’est, avec Baudelaire et Milosz, un des rares poètes de la connaissance d’expression française.

J. R.

A. Marie, Gérard de Nerval, l’homme, le poète (Hachette, 1914 ; nouv. éd., 1955).

/ A. Béguin, Gérard de Nerval (Corti, 1945). /

J. Richer, Gérard de Nerval et les doctrines éso-tériques (Griffon d’or - Adyar, 1947) ; Gérard de Nerval (Seghers, 1950 ; 6e éd., 1968) ; Nerval, expérience et création (Hachette, 1964 ; nouv. éd., 1971) ; Nerval par les témoins de sa vie (Minard, 1970). / L. Cellier, Gérard de Nerval, l’homme et l’oeuvre (Hatier, 1956). /

J. Gaulmier, Gérard de Nerval et les Filles du feu (Nizet, 1957). / J. Senelier, Gérard de Nerval, essai de bibliographie (Nizet, 1960) ; Bibliographie nervalienne, 1960-1967 (Nizet, 1968). /

G. Peyrouzet, Gérard de Nerval inconnu (Corti, 1965). / J. P. Villas, Gérard de Nerval, a Critical Bibliography (Columbia, Missouri, 1968).

/ G. R. Humphrey, l’Esthétique de la poésie de Gérard de Nerval (Nizet, 1969). / P. Bénichou, Nerval et la chanson folklorique (J. Corti, 1971).

/ A. Lebois, Fabuleux Nerval (Denoël, 1972). /

J. Geninasca, les « Chimères » de Nerval, discours critique et discours poétique (Larousse, 1973). / D. Tailleux, l’Espace nervalien (Nizet, 1976).

nerveux (système)

Système de l’organisme animal formé d’un ensemble de cellules spécialisées, appelées neurones, qui assurent dans tout le règne animal les fonctions de relation de l’organisme avec son milieu externe ou interne.