riode faste pour l’Église nestorienne : de culture nettement sémitique, elle apparaissait à tous égards plus acceptable pour des musulmans que le christianisme byzantin. Les nestoriens jouèrent un rôle de première importance dans la transmission au monde arabe de la culture grecque antique, qu’ils avaient eux-mêmes assimilée, notamment dans le domaine scientifique (mathématique, astronomie, médecine) et pour la logique aristotélicienne.
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La prise de Bagdad par les Mongols (1258), mettant fin à la longue décadence du califat ‘abbāsside, leur sera plus favorable encore, en facilitant leur expansion à travers la plus grande partie de l’Asie.
L’avènement au trône catholicosal d’un moine d’origine mongole, Marc, qui prit le nom de Yahballāhā III (1281-1317), et la mission en Occident de son compagnon, le moine Rabban Ṣaumā (1287-1290), marquèrent l’apogée de cette expansion.
La décadence devait bientôt venir, en même temps que celle des Mongols favorables aux chrétiens. Elle sera consommée avec la prise de Bagdad (1392), finalement dévastée en 1401
par Tīmūr Lang (Tamerlan). Le catholicos et les survivants des massacres trouveront refuge dans les montagnes du Kurdistān et dans la région du lac d’Ourmia (Rezāye), et établiront le siège catholicosal à Kotchannès. Les rivalités internes et l’hostilité croissante des Turcs et des Kurdes déci-mèrent à partir de 1840 ce qui restait de
la chrétienté nestorienne ; la Première Guerre mondiale et ses suites lui portèrent les derniers coups.
Après la création de l’Iraq en 1930, beaucoup de fidèles cherchèrent refuge en Syrie orientale (Djézireh). Finalement, en 1940, le catholicos — souvent appelé « Mār Chim‘un », du nom de l’apôtre Simon Pierre — se fixa aux États-Unis, à Chicago, d’où il gouverne, non sans difficulté, les quelque 100 000 chrétiens qui reconnaissent son autorité en Syrie et en Iraq ; s’y ajoutent environ 5 000 fidèles de l’Inde du Sud, qui ont rallié l’Église nestorienne à la suite de la scission suscitée au sein de la communauté catholique syro-malabāre en 1874 par l’évêque Jean Elie Mellus.
En fait, la majeure partie des chré-
tiens relevant de cette tradition s’est rattachée depuis le XVIe s. à la communion catholique romaine. À la suite d’une élection controuvée en 1551 à Mossoul, le moine Sulāqā vint à Rome demander au pape la consécration
catholicosale.
Ce fut l’origine du patriarcat chaldéen catholique de Babylone, qui, après une histoire mouvementée, se fixa en 1830 à Mossoul ; le patriarche Joseph VII Rha-nima (1947-1958) l’a rétabli à Bagdad.
Sa juridiction est reconnue par environ 200 000 fidèles. Après l’arrivée des Portugais en Inde du Sud (1498), la majorité des chrétiens de tradition syriaque se rallièrent à la communion catholique romaine.
Mais, en 1653, refusant de se soumettre plus longtemps à des évêques latins qui voulaient introduire les usages occidentaux, une partie rejoignit l’Église syrienne jacobite. La hiérarchie syro-malabāre ne fut restaurée qu’en 1896. Cette communauté, organisée en deux provinces ecclé-
siastiques au Kerala, regroupe environ un million et demi de fidèles.
H. I. D.
G. P. Badger, The Nestorians and their Rituals (Londres, 1852, 2 vol. ; réimpr., 1971).
/ A. J. Mac Lean et W. H. Browne, The Catholicos of the East and his People (Londres, 1892). / J. La-bourt, le Christianisme dans l’Empire perse sous la dynastie sassanide (Lecoffre, 1904). / L. Fendt, Die Christologie des Nestorius (Kempten, 1910). /
M. Jugie, Nestorius et la controverse nestorienne (Beauchesne, 1912).
Neuchâtel
F SUISSE.
Neumann
(Johann
Balthasar)
Architecte et ingénieur allemand (Eger, auj. Cheb, 1687 - Würzburg 1753).
Ce décorateur de palais et concepteur d’espaces mystiques qui a conduit l’art baroque* aux limites de ses possibilités était, comme ses aînés Maximilian von Welsch (1671-1745) et Johann Lukas von Hildebrandt (1668-1745), un ingé-
nieur en fortifications. De Bohême, il était venu à vingt-quatre ans dans la capitale de la Franconie parfaire pour le compte de sa ville natale son premier métier de fondeur de canons ; l’étude des mathématiques et de l’architecture fit de lui un lieutenant d’artillerie et le conduisit à Belgrade, à Vienne et en Italie du Nord, avant qu’il ne se fixât définitivement en 1719 à Würzburg, au service des princes-évêques, les Schönborn.
À cette date, Johann Philipp Franz, dont l’épiscopat va de 1719 à 1724, décide d’élever une vaste résidence ; Neumann participe aux travaux avec Johann Dientzenhofer (v. 1663-1726)
[qui a déjà réalisé un prototype à Pom-mersfelden, pour un autre Schönborn], puis avec Welsch et Hildebrandt, celui-ci envoyé de Vienne par le vice-chan-downloadModeText.vue.download 232 sur 625
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celier Friedrich Karl von Schönborn.
Les Français Boffrand* et de Cotte*
sont même consultés, sans grands ré-
sultats si l’on en juge par les espaces intérieurs de la résidence ou par sa décoration, tout allemande. Lorsqu’en 1729 Friedrich Karl succède à l’évêque Hutten, qui avait arrêté le chantier, l’édifice avance rapidement. Neumann devient alors surintendant de toutes les constructions militaires et civiles (compétence qui s’étendra aux évêchés de Trêves et de Spire). Il est chargé des conférences d’architecture à l’université en 1731 ; dix ans plus tard, il sera colonel de l’artillerie franconienne.
Avec la réalisation des résidences d’été (Werneck, pour Friedrich Karl en 1733 ; Bruchsal, où il succède à Welsch en 1731, pour l’évêque de
Spire ; Brühl, où il élève l’escalier, pour l’archevêque de Cologne), la renommée de Neumann dépasse les
frontières de la Franconie. Dans toutes les oeuvres auxquelles il a participé (on le trouve encore en 1747 à Stuttgart et en 1750 à Karlsruhe), à la fois technicien et décorateur, il a su imposer son goût et son sens des proportions. Il triomphe d’abord dans la composition des escaliers, surtout à Würzburg, où la solidité de son projet l’emporte sur celui de Hildebrandt (proche des réalisations rococo de ce dernier au palais Kinsky de Vienne ou au palais Mira-bell de Salzbourg). Si la rampe forgée, très française, de Brühl rend indécise l’attribution de l’oeuvre, on ne saurait trop déplorer la destruction, durant la Seconde Guerre mondiale, de l’escalier de Bruchsal, qui s’épanouissait dans la lumière sous une voûte peinte en 1751
par Johann Zick (1702-1762), et tout autant la non-réalisation du projet de 1747 pour le Hofburg de Vienne, où la dynamique des rampes multipliées aboutit à une vision quasi piranésienne.
Cette maîtrise à traiter les espaces dans une poussée ascensionnelle
anticlassique se retrouve dans les constructions religieuses commandées à l’ingénieur des princes-évêques ; des conceptions toutes guariniennes y sont menées à leurs ultimes conséquences.
Mais le père Guarini* accusait la membrure de ses voûtes, cylindriques ou sphériques ; Neumann, au contraire, raidit des coques ellipsoïdes par des nervures cachées ; toute une savante stéréotomie est dissimulée au service de la peinture et des espaces suggérés.
Que ce soit par Hildebrandt ou par les Dientzenhofer. Neumann a connu très tôt l’oeuvre du théatin. Si la chapelle des Schönborn à Würzburg (1732-1736)
garde une apparence classique comme la robuste abbatiale de Münsterschwar-zach (1727-1743, détruite), voire celle de Langheim, où tout est fantaisie et légèreté (1739-1747), à la Hofkirche de la Résidence de Würzburg, par contre, les voûtes elliptiques s’interpénètrent en formant baldaquin sur des supports isolés ; ce sera la solution structurale d’édifices qui comptent parmi les plus étonnants de l’histoire de l’art.