y La névrose phobique associe des
phobies (des craintes) de personnes, d’objets, de lieux, de situation ou d’impulsion à une personnalité hyper-
émotive phobique.
y La névrose hystérique associe des manifestations somatiques caractéristiques, dites « de conversion », à une personnalité de type hystérique.
y La névrose hypocondriaque associe des sensations corporelles anormales (cenestopathies) sans aucun signe objectif à des idées tenaces concernant une ou des maladies « imagi-
naires ». Cette notion de névrose hypocondriaque recouvre en pratique des faits disparates et mériterait d’être remaniée.
y La neurasthénie — entité classique du XIXe s. — est tombée en désuétude dans les classifications psychiatriques modernes ; on lui substitue la psychasthénie, la dépression asthénique constitutionnelle, la névrose dite « as-thénique ». Certaines formes autrefois rangées sous le terme de neurasthénie appartiennent en fait à l’hystérie.
y La dépression névrotique n’est pas considérée comme une névrose structurée ; néanmoins, certains auteurs ont proposé de l’ériger en entité autonome pour des raisons de fréquence et de symptomatologie purement dé-
pressive, sans névrose évidente préalable à l’état dépressif.
y Les névroses d’organe, ou névroses psychosomatiques, se définissent théoriquement par des signes exclusivement somatiques (corporels), sans anomalie importante du psychisme, du moins au niveau conscient. En
réalité, il est fréquent de reconnaître derrière les troubles observés un état dépressif latent, une anxiété, des troubles de l’adaptation socio-familiale. La plupart des névroses caracté-
risées s’accompagnent de symptômes physiques divers. D’autre part, le terme de névrose d’organe sous-entend trop souvent dans l’esprit de quelques psychologues que la maladie
— ulcère duodénal, asthme, derma-
toses diverses, colites, hypertension artérielle, etc. — a comme cause principale un trouble psychique incons-
cient. Il s’agit là d’une conception erronée. L’élément neuropsychique n’est que l’une des multiples causes possibles et mal connues encore : facteur génétique, désordre biochimique cellulaire, trouble immunologique.
y Ajoutons aux catégories précé-
dentes les névroses traumatiques, ou réactions névrotiques aiguës, qui forment un groupe spécial de maladies psychiques accidentelles dans la vie de l’individu. Elles sont directement déclenchées par un événement objectivement dramatique et catastrophique, donc un choc affectif violent et grave : guerre, bombardement, déportation, revers de fortune, accident de véhicules de transport, agression directe contre la personne, deuils multiples dans des circonstances
tragiques, etc. Ces névroses traumatiques surviennent chez des personnalités normales ou simplement sensibles ou émotives. Il est évident que l’importance de l’événement trau-matisant et la solidité de l’équilibre neuropsychique antérieur se mêlent étroitement pour expliquer la plus ou moins grande intensité des désordres mentaux observés. Certains individus résistent ou récupèrent bien ; d’autres sont écrasés, désorganisés et ne
s’améliorent que très longtemps après le choc.
y Citons, pour terminer, quelques névroses un peu spéciales par leur symptomatologie et plus ou moins artificiellement isolées : névrose d’échec ou de destin, névrose de rente ou de préjudice (sinistrose à forme névrotique), névrose impulsive, anorexie mentale non psychotique, etc.
Cependant, de nombreux névrosés
n’entrent pas dans la catégorie des grandes névroses caractérisées citées plus haut. Ils ont peu de symptômes névrotiques, tels qu’obsessions, phobies, manifestations corporelles, etc.
En revanche, leur affection psychique réside tout entière dans une organisation anormale de la personnalité, dans des troubles du caractère et du comportement, dans des difficultés d’adaptation familiale ou professionnelle. Leur équilibre intérieur se montre précaire, et leur maturité affective demeure in-
suffisante, de même que leur résistance nerveuse. Souffrant d’hyperémotivité, d’anxiété, de sentiments d’infériorité, ces névrosés manquent de confiance en eux, tolèrent mal les échecs, les contrariétés. On peut parler à leur sujet d’un
« caractère névrotique » sans symp-tômes grossiers ou spectaculaires.
Pendant longtemps, ces névrosés
dits « de caractère » (ou caractères névrotiques) parviennent à compenser leurs difficultés ou leurs faiblesses, mais que surgissent un surmenage, une maladie organique banale, une déception, un conflit professionnel, conjugal ou familial, etc., et la décompensation s’installe. Par décompensation chez un névrosé, on entend l’écroulement d’un équilibre affectif, jusque-là à peu près maintenu. Cette décompensation prend l’aspect de la classique dépression né-
vrotique. Fréquents sont les troubles du comportement alimentaire et les excès alcooliques. Il faut savoir, enfin, que certaines décompensations névrotiques surviennent sans cause apparente à un âge quelconque, mais souvent chez un adulte jeune. Quelles que soient les causes — évidentes ou non, conscientes ou inconscientes —, l’évolution de ces décompensations traîne en longueur dans de nombreux cas, alors même que les conditions extérieures pathogènes, si souvent incriminées, ont disparu ou ont trouvé une solution favorable. On est d’ailleurs fréquemment étonné (au contraire des névroses traumatiques vraies) de la banalité de la cause psychologique invoquée par les malades ou leur famille.
On a décrit de nombreuses variétés de caractères ou de personnalités né-
vrotiques. Le courant psychanalytique a beaucoup contribué à l’individualisation de ces variétés. Il suffit de citer ici, outre les caractères obsessionnel, hystérique et phobique, qui forment le lit éventuel des grandes névroses correspondantes, les caractères anal, nar-cissique, phallique, oral, masochiste, qui sont des notions essentiellement psychanalytiques. On ne peut manquer d’y ajouter quelques types caractériels décrits depuis longtemps sous le nom de constitutions ou de personnalités pathologiques : l’hyperémotif, l’anxieux, le psychanasthénique, le cy-
clique, ou cyclothymique (v. maniaco-dépressive [psychose]), le schizoïde, le paranoïaque. Ces trois derniers peuvent tout spécialement évoluer vers des états qui ne sont plus névrotiques, mais psychotiques.
En pratique, il faut tempérer ces distinctions subtiles par les données du bon sens et de l’expérience clinique.
Il existe des névrosés complexes, auxquels il est difficile d’attribuer telle ou telle structure caractérielle précise. Les divers traits observés s’intriquent ou se succèdent chez un même malade.
Nombre de petits névrosés atteints de troubles bénins font la transition avec les individus normaux. La frontière entre caractère névrotique et caractère normal demeure souvent très imprécise, surtout si l’on se réfère aux théories psychanalytiques.
Les causes des névroses
Les causes des névroses sont encore loin d’être élucidées, mais, comme dans toute affection psychiatrique, il est probable que des facteurs multiples interviennent. Le terrain neurosoma-tique d’abord, par son organisation et sa résistance insuffisantes. Il y a des facteurs héréditaires ou génétiques indiscutables. Chez l’animal, on a pu reproduire des névroses expérimentales par le jeu des réflexes conditionnés avec des excitants forts et contradictoires. Certains animaux (système nerveux fort de Pavlov) résistent bien mieux que d’autres, qui deviennent facilement névrosés (système nerveux faible). Ces notions peuvent paraître simplistes, et la transposition de l’animal à l’homme n’est guère qu’une