listes se renforcent et que ses propres souvenirs lui servent de point de départ pour sa création littéraire, Nexø rédige de 1906 à 1910 son plus célèbre roman : Pelle le Conquérant. Le premier tome (1906) raconte l’enfance difficile d’un fils d’ouvrier. Pelle, dans une ferme de Bornholm. Le second (1907) décrit ses
« années d’apprentissage » à la ville, où il doit défendre sa place chez un cordonnier en dépit des humiliations.
Le troisième (1909) voit l’arrivée de Pelle à Copenhague : c’est alors que commence pour lui le « grand combat », la lutte politique qui le place à la tête des ouvriers, jusqu’au jour où il se fait condamner à quatre ans de réclusion. Au quatrième tome (1910), Pelle, libéré, retrouve sa femme et son foyer ; il constate que ce n’est pas la révolution, mais une évolution progressive qui peut profiter à la classe ouvrière, et dirige ses efforts dans ce sens.
L’autre grand roman de Nexø, Ditte, fille des hommes, écrit de 1917 à 1921, repose également sur une part d’autobiographie et ne compte pas moins de cinq volumes. C’est l’histoire d’une fille naturelle, Ditte, qui grandit dans la misère, puis, enceinte et abandonnée, se rend à Copenhague, où elle fait des lessives et repasse le linge. Elle a un deuxième enfant et en adopte un troisième. L’un d’eux est renversé par un train alors qu’il va voler du charbon ; et Ditte meurt de chagrin et d’épuisement : elle n’a que vingt-cinq ans.
Si Pelle le Conquérant se termine par un triomphe, cet autre roman expose la déchéance de l’héroïne et marque encore plus le côté impitoyable de la lutte entre les classes. Nexø parvient à donner à son thème social la forme littéraire la plus juste qui soit.
Il ne cesse, par ailleurs, de rédiger des nouvelles, qu’il regroupe en 1926
sous le titre commun de Taupinières.
L’auteur y aborde tous les sujets qui lui tiennent à coeur. Ainsi, « l’Idiot »
montre la révolte tragique d’un pauvre garçon de ferme exploité par ses patrons. Par contre, c’est avec beaucoup de fantaisie qu’une de ces nouvelles,
« Fil de la Vierge », raconte l’aventure de deux petits malheureux qui font l’école buissonnière.
Au lendemain de la Première Guerre mondiale, Nexø porte un intérêt très grand au communisme ; il séjourne en Allemagne, où il étudie le mouvement ouvrier, puis il consacre le recueil de nouvelles les Passagers des places vides, publié en 1921, à la lutte du peuple russe. L’année suivante, il se
rend en Russie, et c’est ce voyage et sa foi en la révolution russe qu’il décrit dans Vers l’aurore, en 1923.
En 1929 paraît le roman Aux heures difficiles, dont le titre est emprunté au poème norvégien de Jonas Lie Chant du Nord ; il y fait la critique, d’un point de vue communiste, du libéralisme danois, à la fois sur le plan matériel et spirituel. Ensuite, de 1932 à 1939, il rédige quatre volumes de Souvenirs, downloadModeText.vue.download 253 sur 625
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol.14
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peinture fidèle de son enfance et de sa jeunesse jusqu’au moment où il prend conscience de sa vocation littéraire.
Cet ouvrage éclaire la lecture du premier tome de Pelle le Conquérant.
Quand survient l’occupation du
Danemark par les Allemands en 1940, Nexø est détenu dans un camp de
concentration ; il réussit à s’enfuir et gagne l’U. R. S. S. Après la guerre, il s’établit en Allemagne de l’Est et publie, de 1945 à 1947, son dernier roman, Morten le Rouge, suite de Pelle le Conquérant. Mais tandis que Pelle, devenu ministre social-démocrate, approuve l’amélioration progressive des conditions de vie de la classe ouvrière, l’auteur donne raison au jeune Morten, qui brûle de faire la révolution, et demeure ainsi fidèle à son idéal.
Toute sa vie, Nexø a lutté pour la réhabilitation du prolétariat. Sa langue est simple et claire, sa peinture des personnages réaliste et attachante, son enjeu politique et humanitaire des plus éloquents. Son oeuvre compte, sans nul doute, parmi les plus enrichissantes de la littérature danoise du XXe s.
J. R.
W. A. Berendsohn, Martin Andersen Nexø (en danois, Copenhague, 1948). / H. Nerdal et H. Rue, Hommage à Nexø (en danois, Copenhague, 1949). / B. Houmann, le Rêve d’un monde nouveau. Martin Andersen Nexø et sa situation par rapport à l’Union soviétique (en danois, Copenhague, 1957). / J. Le Bras-Barret, Martin Andersen Nexø, écrivain du prolétariat
(Lettres modernes, 1969).
Ney
(Michel)
Maréchal de France, duc d’Elchin-
gen, prince de la Moskova (Sarrelouis 1769 - Paris 1815).
Celui qui devait devenir pour ses soldats le Rougeaud, Michel le Rouge, le Lion rouge, à cause de sa crinière flamboyante, ou encore le Brave des braves, était fils d’un maître tonnelier.
Après un modeste emploi de commis aux écritures, il s’engage à dix-neuf ans et reçoit son brevet de sous-lieutenant en 1792. Ignorant le danger, pourvu d’une exceptionnelle résistance physique, mais impulsif, il se distingue dans les campagnes de 1794 et de
1795, est promu général (1796), sert trois ans plus tard sous Masséna, puis, en 1800, fait la campagne d’Allemagne sous Moreau. Conquis et fasciné par Bonaparte, qui est séduit, de son côté, par l’intrépidité de ce fougueux officier, il reçoit la mission, en 1802, après son mariage avec la fille d’une femme de chambre de Marie-Antoinette et amie d’enfance d’Hortense de Beauharnais, de faire signer aux cantons suisses l’Acte de médiation. L’Empire proclamé, il est compris dans la première promotion des maréchaux. Il participe brillamment à la campagne de 1805, se couvre de gloire à Elchingen, à Ulm, puis occupe le Tyrol. Ses prouesses à Iéna (1806), à Friedland (1807) sont autant de jalons à sa gloire.
Duc d’Elchingen (1808), il part combattre en Espagne, mais son caractère emporté, ses disputes avec Masséna, sous les ordres duquel il est placé, incitent l’Empereur à le rappeler.
Pendant la retraite de Russie, Ney s’élève au-dessus de sa réputation. Il commande l’arrière-garde de la Grande Armée. Son opiniâtreté, son courage, son sens tactique lui permettent de sauver des milliers d’hommes. À son retour, il est créé prince de la Moskova. Il combat ensuite en Allemagne, puis en France, mais, à l’heure des défaites, il juge l’abdication de Napoléon nécessaire : il le lui dit, non sans rudesse. Rallié à Louis XVIII, qui le comble d’honneurs et le nomme pair
de France, il est chargé, lors du retour de l’île d’Elbe, de mettre à exécution les plans de résistance. Il jure au roi de « ramener Bonaparte prisonnier dans une cage de fer ». Mais, gagné par l’enthousiasme de ses troupes, il tombe à Auxerre dans les bras de la
« bête fauve ». Napoléon, qui a besoin de lui, lui donne un commandement.
Mais Ney ne peut enlever les positions anglaises aux Quatre-Bras et, à Waterloo, ses charges de cavalerie, sans doute prématurées, sont des actes de désespoir inutiles.
Se sachant perdu, il cherche en
vain la mort. Les royalistes accusent aussitôt de trahison le « héros sans cervelle ». Arrêté près d’Aurillac et conduit à Paris, il est d’abord traduit devant un conseil de guerre qui se dé-
clare incompétent, puis est jugé par la Chambre des pairs, qui le condamne à la peine capitale par 139 voix sur 161 votants, malgré les éloquentes plaidoiries de P. N. Berryer et de A. M. Dupin. Les Bourbons refusent de le grâcier, et il est fusillé (7 déc. 1815).
Napoléon, toujours sensible au courage physique et à l’héroïsme, après avoir beaucoup admiré Ney, le jugea sévèrement à Sainte-Hélène : « J’aurais dû ne pas l’employer avant Waterloo... Je le regrette comme un homme précieux sur le champ de bataille, mais il était trop immoral et trop bête pour réussir », quitte d’ailleurs à ajouter, quand les royalistes attaquaient la mémoire du maréchal : « Ney était d’une nature impressionnable ; il s’électrisait facilement ; il était incapable d’une lâcheté.