À l’arrivée des Espagnols, au XVIe s., divers groupes d’Indiens étaient dissé-
minés sur le territoire, mais ils étaient plus fortement implantés dans les basses terres occidentales, surtout dans la dépression. C’est également là que s’installèrent les Espagnols ; ils se mê-
lèrent aux Indiens. Aussi la population est-elle actuellement, aux trois quarts, constituée de métis. Des communautés indiennes (4 p. 100 de la population) se sont maintenues dans les régions d’ac-cès difficile, notamment au nord-est de
la plaine caraïbe. La côte caraïbe, faiblement peuplée, est essentiellement occupée par des Noirs (10 p. 100 de la population totale) venus des Antilles anglaises, surtout au début du siècle, pour travailler dans les plantations de bananes. Les Blancs, descendants des familles coloniales, représentent aussi le dixième de la population.
Avec un accroissement démogra-
phique annuel supérieur à 3 p. 100, la population avoisine deux millions d’habitants, très inégalement répartis downloadModeText.vue.download 259 sur 625
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol.14
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sur le territoire national. La moitié de la population est concentrée sur le sixième de la superficie : la région pacifique, qui a une densité de l’ordre de 50 habitants au kilomètre carré. Le climat plus favorable, les sols volcaniques fertiles, les voies naturelles de communications y ont favorisé l’installation humaine. De ce noyau de peuplement ont rayonné, surtout depuis un siècle, des migrants qui ont lentement peuplé les hautes terres du Nord et du Centre, cherchant de l’or, des pâturages pour l’élevage et des conditions propices à la culture du café. Un très petit nombre s’est dirigé vers l’est, en suivant le cours de rivières, pour exploiter la forêt et cultiver les produits tropicaux. La grande plaine orientale reste pratiquement inoccupée (2 hab.
au km 2) ; la faible population y est concentrée sur le littoral et le long des cours d’eau.
Le niveau de vie est un des plus bas d’Amérique centrale. La population est essentiellement rurale et les structures sociales sont un héritage du passé colonial. Les grands propriétaires fonciers (1,5 p. 100 des exploitants) possèdent la moitié de la superficie agricole ; à l’opposé, le tiers des exploitants cultivent moins de 2 p. 100 de cette superficie.
La région pacifique est le domaine des grandes propriétés ; les petites et les moyennes exploitations dominent dans les montagnes centrales.
Les régions
Les basses terres en bordure de la mer des Caraïbes
Elles n’ont participé que tardivement et temporairement à la vie nationale. Une plaine uniforme, constituée par les alluvions des cours d’eau descendant de la chaîne centrale (ríos Coco, Grande, Escondido, San Juan), est bordée par un littoral le plus souvent marécageux. À
l’homogénéité du relief correspond un climat uniforme : températures élevées (25 à 30 °C de moyenne annuelle) et pluies abondantes (plus de 2 500 mm) toute l’année ; c’est le domaine de la forêt dense. Les sols rapidement lessivés sont peu fertiles ; les seuls espaces cultivés sont les rives des fleuves et, au nord-est, le domaine des Indiens Mosquitos sur le río Coco. Seuls véritables agriculteurs adaptés au milieu, ils ont défriché la forêt pour pratiquer des cultures de subsistance.
Les activités spéculatives, base de l’économie de la région, sont en déclin.
Le gisement d’or de Pispis, découvert en 1890, manifeste des signes d’épuisement. Les plantations de bananiers (río Wawa, río Grande, Bluefields), florissantes dès la fin du XIXe s., ont été successivement abandonnées dans les années 1930, par suite de la maladie de Panamá. Si l’exportation d’acajou se maintient, celle du pin est en déclin en raison de l’exploitation abusive de cette essence. Quelques ports, comme Puerto Cabezas, survivent grâce à ces produits d’exportation. Bluefields (29 000 hab.), le plus important, s’est tourné vers la pêche à la crevette.
Les montagnes centrales
Des laves et des cendres volcaniques anciennes ont recouvert le vieux socle granitique. Les chaînes montagneuses (la plus élevée culmine à 2 000 m) sont séparées par de profondes vallées drainées vers la mer des Caraïbes.
Les pluies sont abondantes (1 800 à 2 500 mm par an). Le versant oriental le plus humide est couvert de forêts denses et demeure une zone pionnière.
Le versant occidental, plus sec, est le domaine de la forêt semi-décidue, défrichée en grande partie pour laisser place aux cultures de café et aux
pâturages.
La pauvreté des sols et l’hostilité de la population indienne ont longtemps freiné le développement agricole.
La culture du café est pratiquée par des migrants venus de l’ouest et par la population indienne locale sur de petites exploitations (départements de Matagalpa et Jinotega). Sa production en rapide accroissement représente aujourd’hui la moitié de la production nationale. L’élevage, deuxième ressource de la région, a été, depuis l’époque coloniale, le facteur de pénétration de ces montagnes et des vallées plus à l’est (río Grande).
La région occidentale
Malgré l’importance récente prise par les montagnes centrales, la région pacifique est toujours le vrai centre du pays, tant par sa population et ses villes que par son importance économique.
Les éléments du relief y ont une
orientation N.-O. - S.-E. Le sud de la dépression est occupé par les lacs Nicaragua et Managua ; seules d’étroites plaines les entourent, la plus grande étendue plate se trouvant au nord-ouest de la dépression. Un axe de volcans, qui comptent parmi les plus actifs d’Amérique centrale, occupe le centre du fossé depuis le golfe de Fonseca jusqu’à la rive sud du lac Nicaragua.
La sierra de Diriamba sépare la dé-
pression du littoral pacifique ; elle est recouverte par de riches cendres volcaniques apportées par les alizés. Les sols volcaniques fertiles et les pluies abondantes (1 000 à 1 500 mm de mai à octobre) ont attiré la population, tant dans la dépression que sur les montagnes adjacentes.
L’économie agricole, fondée jusqu’à la moitié du XIXe s. sur l’élevage dans de grandes haciendas, s’est orientée vers la culture du café, auquel s’est récemment ajouté le coton. L’élevage est resté important sur les pentes à l’est du lac Nicaragua. Le café est cultivé dans la sierra de Diriamba dans des exploitations de plus de 100 ha ; depuis que cette culture s’est étendue aux montagnes centrales, la production de la région représente moins de la moitié
de la production nationale. Au nord-ouest, les sols noirs volcaniques ont favorisé la culture du coton (Chinan-dega, León) ; il en est de même dans la région de Managua. La culture se fait dans de grandes exploitations mécanisées ; le coton est exporté vers le Japon et l’Europe occidentale.
Dans ce domaine de grandes proprié-
tés foncières, les haciendas occupent les meilleures terres. Les ouvriers agricoles (mozos), groupés en villages près de l’hacienda où ils travaillent, pratiquent des cultures vivrières (maïs, haricot, courge) sur des lopins loués.
Les principales villes du pays sont concentrées dans cette zone : León, Granada et la capitale, Managua. Celle-ci, qui comptait 260 000 habitants en 1965, a eu un taux de croissance supé-
rieur à la moyenne nationale, concentrant en effet l’essentiel des services et des industries embryonnaires du pays (textiles et alimentation). Elle a été pratiquement détruite par un tremblement de terre en décembre 1972.
Le réseau de communications est
localisé, en majeure partie, dans la partie occidentale du pays. La voie ferrée fut construite à la fin du XIXe s. pour transporter le café vers les ports de la côte pacifique. Le réseau routier s’est constitué depuis moins de vingt ans : axe longitudinal de la dépression, route panaméricaine et voie de pénétration vers l’est.