En 1876, Nice ne dépasse guère les 50 000 habitants, mais elle a déjà doublé en 1901, un quart de siècle plus tard. C’est la grande époque de croissance, un record en France sur le plan urbain, dû en grande partie à l’implantation de la colonie italienne : un monde d’adultes en quête de travail dans le bâtiment et l’agriculture, une venue massive qui est favorisée par le voisinage du réservoir de main-d’oeuvre et un certain nombre d’affinités. À l’heure actuelle, l’agglomération dépasse les 440 000 habitants, accrois-sant le déséquilibre entre le chef-lieu et le reste du département (moins peuplé au total). La pyramide des âges montre un fort contingent de personnes âgées, une base réduite ; après la vague italienne, c’est l’afflux des retraités et
des rentiers qui a contribué à peupler la ville, aboutissant à la concentration d’une tranche importante d’inactifs, à un vieillissement net, à des taux de natalité inférieurs à la moyenne nationale, malgré un dynamisme nouveau dû à la fixation des rapatriés d’Afrique du Nord. On prévoit à l’horizon 1985
un million d’habitants sur le littoral entre Cannes et Menton, dont la moitié pour Nice ; cet ensemble urbain, qui, dès 1962, regroupait 90 p. 100 de la population totale du département selon un développement linéaire, est le second pôle méditerranéen après Marseille*.
Entre son rattachement à la France et la Première Guerre mondiale, Nice est devenue une des capitales mondiales du tourisme : tout ce que le monde compte de pouvoir et de fortune, dans le sillage de nombreuses têtes couronnées, séjourne à Nice pour la « saison ». En octobre 1864, le premier convoi de voyageurs débarque ses
« hivernants » en gare de Nice, puis suivront les trains de luxe : London-Riviera, Méditerranée-Express, Nice-Express, le Calais-Nice ; on arrive en novembre pour une durée de six mois, on quitte la ville au mois de mai. Il s’agit essentiellement d’étrangers, d’Anglais, de Russes, d’Allemands : la veuve du tsar Nicolas Ier y vient en downloadModeText.vue.download 262 sur 625
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1856, Louis Ier de Bavière en 1862 et la reine Victoria pour la première fois en 1895. On séjourne tout d’abord dans des villas que l’on loue, puis que l’on achète, avant d’en faire bâtir ; l’hôtellerie suivra, et l’on compte dès le début du XXe s. une centaine d’établissements.
Après le succès de Monte-Carlo apparaissent les établissements de jeux, la reprise annuelle du carnaval, autant de rites immuables qui drainent vers Nice une clientèle fortunée.
Cependant, l’année 1914 marque une coupure ; certes, la « saison » demeure la base de l’économie, mais dans des conditions différentes. Entre les deux guerres, la fréquentation touristique a plus que triplé, mais sont interve-
nus également d’autres éléments de mutation : la saison d’été ne supprime pas celle d’hiver, mais se surajoute et va peu à peu l’éclipser ; on passe de l’« hivernant » à 1’« estivant » tout comme on passera du « résident » au
« vacancier » ; la résidence temporaire tend à devenir permanente, les rentiers et retraités se fixent. Sur le plan des équipements hôteliers, c’est le déclin des palaces pour milliardaires étrangers ; entre 1929 et la Seconde Guerre mondiale disparaissent 31 hôtels, soit plus de 3 000 chambres ; on assiste à une dégradation des établissements, qui, par ailleurs, feront l’objet de nombreuses réquisitions pendant la guerre de la part des services français, puis de l’occupant. Après la Libération, plus d’une douzaine d’hôtels disparaissent, soit 800 chambres. L’insuffisance du taux de fréquentation, un manque de rentabilité, un changement de clientèle, la multiplication des locations en meublé sont autant de faits qui conduisent à l’acquisition des anciens palaces par des sociétés immobilières et à leur revente par appartements. Mais, entre-temps, Nice, station touristique soumise aux impératifs de la saison, est devenue une grande ville qui a désormais d’autres possibilités.
Les autres fonctions
Une bonne part des activités découle du tourisme. La fonction d’accueil pour une masse d’oisifs justifie en partie l’épanouissement du secteur tertiaire, la prolifération des agents immobiliers, des employés gravitant autour des transactions commerciales, ventes et locations, des agents de voyage, des antiquaires, marchands d’objets d’art, joailliers et bijoutiers ; les professions libérales sont tout aussi florissantes, la densité de médecins se situant au premier rang du pays. Le bâtiment bénéficie de l’extension croissante des lotissements, qui modifient la physionomie de la ville.
L’agriculture conserve une place importante malgré la faiblesse du nombre d’actifs qu’elle emploie (ce qui semble normal pour une agglomération de cette taille), car il s’agit de la production de fleurs coupées, un article à haute valeur marchande, et de cultures maraî-
chères. Au début du siècle, Nice était à la fois la capitale de la fleur fraîche et de l’huile d’olive, qui participaient à la fortune de la ville, au même titre que les rentrées d’argent dues aux touristes.
La première de ces activités s’est maintenue, la deuxième fait désormais appel à des importations d’huiles étrangères (de Tunisie en particulier), de même qu’a disparu l’agrumiculture, concurrencée par l’Espagne et la Sicile. Entre 1860 et 1914, les cultures arbustives ont rapidement régressé devant l’horticulture. Les fleurs gagnaient autrefois traditionnellement la Grande-Bretagne et des pays encore plus lointains ; dé-
sormais, dans le cadre du Marché commun, la floriculture azuréenne est largement concurrencée par les Pays-Bas et l’Italie, et Nice s’est orientée vers le marché national, l’approvisionnement des villes voisines. Elle conserve l’essentiel du marché de gros pour l’oeillet et le glaïeul malgré la concurrence de Vintimille et San Remo, mais s’efface devant deux spécialités voisines, la rose à Antibes et le mimosa à Cannes.
En dehors de la manne touristique, Nice est restée longtemps reléguée au stade d’un chef-lieu de préfecture doté d’un port n’assurant des relations qu’avec la Corse, mais peu à peu se sont diversifiées les fonctions.
Les industries « propres » sont en croissance : textile et prêt-à-porter, mé-
canique légère, optique, appareillage électrique et électronique (IBM). Nice, enfin, est devenue une ville universitaire détachée de la tutelle aixoise avec la constitution d’une inspection académique regroupant les départements des Alpes-Maritimes, du Var et de la Corse.
Malgré une homogénéisation crois-
sante, le tissu urbain comporte un certain nombre de quartiers individualisés. Le Vieux-Nice, jadis ceinturé de remparts, se double du quartier Saint-François-de-Paule, aménagé au XVIIIe s.
À l’est, dans la vallée du Paillon, se succèdent entrepôts et établissements
« encombrants », émaillés de pavillons hétéroclites. Le centre, riche et mondain, regroupe les immeubles de luxe organisés en fonction du front de mer et de la Promenade des Anglais. Les collines dominant la plaine sont diver-
sement occupées : celle de Cimiez, la plus anciennement urbanisée et résidentielle, celle du Mont-Boron, liée à l’ouverture des Corniches, celles de Saint-Maurice et Saint-Sylvestre, avec leurs grands ensembles, les coteaux de l’ouest en voie de transformation rapide.
Sur le plan des fonctions régionales, l’aéroport, second de France après Paris, étend son influence sur toute la côte, grâce à des liaisons internationales importantes. Nice a une influence grandissante grâce à la diversification de ses activités et reste la seule grande ville dont la croissance se soit effectuée en dehors du phénomène industriel.
R. D. et R. F.
F Alpes-Maritimes / Côte d’Azur / Provence.
R. Latouche, Histoire de Nice (Hôtel de Ville, Nice, 1953-1955 ; 2 vol.). / R. Blanchard, le Comté de Nice. Étude géographique (Fayard, 1961). / E. Dalmasso, Nice (la Documentation française, « Notes et études documentaires », 1964). / E. Baratier (sous la dir. de), Histoire de la Provence (Privat, Toulouse, 1969). / Aspects de Nice du XVIIe au XXe siècle (Les Belles Lettres, 1973).