Alors, le tsar promulgue les lois fondamentales qui ôtent au régime électoral tout caractère démocratique, les électeurs étant divisés en curies correspondant aux différentes classes sociales. Cependant, l’assemblée qui se réunit en mai 1906 se targue d’être la « douma des espérances populaires » ; animée par les « cadets », elle réclame un véritable régime parlementaire ; aussi est-elle dissoute dès juillet 1906. Nicolas II s’appuie alors sur un conservateur autoritaire et décidé, Petr Arkadievitch Stolypine (1862-1911), qui, ministre de l’Intérieur depuis 1904, est devenu Premier ministre.
Stolypine se débarrasse d’une nouvelle douma (mars-juin 1907), plus réformiste encore ; par une modification nouvelle du régime électoral, il fait de la troisième assemblée, la « douma des seigneurs » (1907-1912), un instrument docile du pouvoir. Tranquille de ce côté, il favorise la classe aisée des paysans, les koulaks : un oukase du 22 novembre 1906 leur permet en effet de se retirer du mir et d’acquérir des fermes individuelles ; les koulaks constitueront dès lors un ferme appui du régime.
Mais Stolypine est assassiné par un révolutionnaire (sept. 1911) et l’agitation reprend. La quatrième douma downloadModeText.vue.download 268 sur 625
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(1912-1917), composée en majorité d’opposants, ne réussit cependant pas à imposer son contrôle au gouverne-
ment tsariste, malgré le discrédit que l’influence de Raspoutine fait jaillir sur le couple impérial.
La politique extérieure,
la chute du tsarisme
Pacifique par tempérament, Nicolas II croit d’abord pouvoir faire triompher en Europe l’idée de paix ; c’est lui qui, en 1899, prend l’initiative de la première conférence internationale de la paix à La Haye ; en 1903, il persuade François-Joseph d’éviter une guerre avec la Serbie à propos de la Macé-
doine. Cependant, il doit tenir compte de l’alliance franco-russe, scellée par son père ; lors de son voyage à Paris en 1896, le tsar reçoit un accueil enthousiaste, ce qui ne l’empêchera pas, en 1905, de se laisser circonvenir à Björkö par Guillaume II, qui lui arrache un projet d’alliance germano-russe, projet qui sera d’ailleurs sans lendemain.
C’est aussi sans l’accord de la France que Nicolas II se lance dans la guerre russo-japonaise dont les désastres (1905) pèseront si fortement sur l’évolution de l’esprit public en Russie.
La défaite russe en Extrême-Orient ramène le tsar à une politique plus mo-dérée ; l’accord anglo-russe du 31 août 1907, en mettant un terme au duel, en Asie, « de l’ours et de la baleine », favorise une Triple-Entente (France, Russie, Grande-Bretagne) qui pourrait contrebalancer la Triplice (Allemagne, Autriche-Hongrie, Italie). Après la crise bosniaque (1908-09), qui se ré-
sout par le succès des Empires centraux et l’humiliation de la Serbie, « petite soeur slave » de la Russie, Nicolas II se laisse peu à peu entraîner par ses diplomates et son état-major dans une dangereuse politique balkanique. S’il n’intervient pas directement dans les guerres balkaniques (1912-13), il n’en favorise pas moins les entreprises an-titurques et antiautrichiennes dans la péninsule.
Quand le spectre de la guerre mondiale se précise (juill. 1914), le tsar propose d’abord de soumettre le différend austro-serbe à la Cour de La Haye, mais, à l’insu du gouvernement français, il se laisse arracher par les militaires, le 30 juillet, un ordre de mobilisation générale dirigé contre l’Alle-
magne, qui en prend prétexte pour lui déclarer la guerre (1er août).
Après les revers de 1915, le tsar écarte du commandement son oncle
le grand-duc Nicolas*, que déteste l’impératrice, et, malgré son inexpé-
rience, prend lui-même la direction des armées. Envoûté par Raspoutine, refusant de consulter la douma et les alliés, Nicolas II s’entoure de ministres incapables (B. V. Stürmer, A. D. Protopo-pov). Après l’assassinat de Raspoutine par des officiers (déc. 1916), et tandis que la pénurie des vivres et des combustibles ajoute au mécontentement d’une opinion irritée par les revers militaires, les grèves insurrectionnelles se multiplient.
Isolé, bloqué dans le train impérial par des cheminots révolutionnaires, le tsar est bientôt acculé à une abdication désirée par la douma et par les chefs militaires. Il abdique, le 15 mars 1917, en faveur de son frère le grand-duc Michel, dont le refus marque la fin de la monarchie tsariste. Gardé à vue avec sa famille à Tsarskoïe Selo, le tsar se voit refuser par le gouvernement provisoire la faculté de gagner l’Angleterre.
Transféré à Tobolsk, en Sibérie (sept.
1917), par crainte d’un coup de force monarchique, Nicolas II est installé en avril 1918 à Iekaterinbourg (auj.
Sverdlovsk) : la révolution soviétique est alors en plein développement. Le soviet de l’Oural, apprenant l’avance d’un corps de Russes blancs et de Tchèques, décide de se débarrasser de la famille impériale, dont tous les membres sont abattus dans la cave de la maison Ipatiev (nuit du 16 au 17 juill.
1918). Le Journal intime de Nicolas II a été publié en 1925 ; les Lettres du tsar à l’impératrice, 1914-1917, en 1929.
P. P.
F Révolution russe de 1905 / Révolution russe de 1917 / Romanov / Russie / Russo-japonaise (guerre).
A. A. Noskov, Nicolas II inconnu (Plon, 1920). / P. Gilliard, Treize Années à la cour de Russie (Payot, 1921). / S. P. Melgunov, le Destin de l’empereur Nicolas II jusqu’à sa destitution (en russe, la Renaissance, Paris, 1951). / C. de Grünwald, le Tsar Nicolas II (Berger-Levrault,
1965). / R. K. Massie, Nicolas and Alexandra (New York, 1967 ; trad. fr. Nicolas II et Alexandra, Stock, 1969).
Nicolas
(grand-duc)
En russe NIKOLAÏ NIKOLAÏEVITCH ROMANOV, général russe (Saint-Pétersbourg 1856 - Antibes 1929).
Petit-fils du tsar Nicolas Ier et fils du grand-duc Nicolas, frère d’Alexandre II et d’une grande duchesse d’Oldenburg, il entre très jeune à l’académie militaire de Saint-Pétersbourg et fait ses premières armes comme cavalier en 1877
lors de la guerre contre les Turcs, où son père commande les forces russes.
Promu inspecteur général de la cavalerie en 1895, il occupe ce poste pendant dix ans avant de présider de 1905
à 1908 le comité de défense nationale.
En 1907, il épouse la princesse Anas-tasie de Montenegro et, quand éclate la crise de juillet 1914, où il milite aussitôt pour le soutien de la Serbie, il est à la tête de la région militaire de Petrograd et commande la garde impé-
riale. Très hostile aux influences allemandes, c’est un ardent représentant de la tendance panslaviste qui verrait volontiers un protectorat russe s’établir dans les Balkans. Bien qu’il ait accompli en 1912 une importante mission en France, il n’est pas appelé à participer à la mise au point du plan de campagne de l’état-major impérial. Aussi sa situation est-elle délicate quand, à la dernière minute, le 2 août 1914, le tsar le désigne comme commandant en chef. Âgé de 58 ans, « maigre comme un squelette, haut comme un gratte-ciel américain, le grand-duc Nicolas avait la mâle physionomie d’un bel entraî-
neur d’hommes » (R. Poincaré). « On l’aimait et on le redoutait à la fois, écrit Broussilov*, mais sa trop tardive désignation comme généralissime fut accueillie par l’armée avec une grande satisfaction. »
Chargé d’exécuter un plan auquel
il est étranger avec un état-major qui lui est imposé, le commandant en chef marque par sa première directive datée du 10 août 1914 sa volonté de soutenir au maximum les Français en attaquant les Allemands en Prusse-Orientale
dès le 13 août, c’est-à-dire avant que la mobilisation ne soit achevée. Après le succès de l’armée Rennenkampf à Gumbinnen (auj. Goussev), le 20 août, c’est le sacrifice de la IIe armée russe, détruite à Tannenberg (26-29 août) et dont le chef, le général Samsonov, se suicide dans des circonstances dramatiques. Au sud, toutefois, le grand-duc, qui a installé le 16 août son quartier général à Baranovitchi, remporte deux remarquables victoires contre les Autrichiens, l’une à Lemberg (Lvov) le 3 septembre, l’autre à Łódź, enlevé le 30 octobre. Au début de novembre, les Russes menacent les frontières allemandes de Silésie, de Posnanie et de Prusse : ils y attirent une quarantaine de divisions allemandes, contraignant ainsi l’état-major allemand à arrêter l’offensive des Flandres et à accepter provisoirement la guerre sur deux fronts, ce qu’il voulait à tout prix éviter. L’année 1915 débute par une victoire russe à Przemyśl (22 mars), célé-