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fécule colorante du pastel, plantes à fibres textiles). Mais Niepce se passionne surtout pour la lithographie, qui vient d’être découverte par Alois Senefelder (1771-1834). Cherchant avec obstination un moyen qui lui permettrait de décalquer ou de reporter sur la pierre les images qu’il voulait reproduire, il réussit en 1816 en se servant de la chambre noire, chargée avec un papier enduit de chlorure d’argent, à obtenir une image négative qu’il ne put malheureusement que très imparfaitement fixer grâce à l’acide nitrique.

Six ans plus tard, Niepce expéri-

mente le bitume de Judée dissous dans de l’huile de Dippel : cette substance noire avait en effet la propriété de blan-chir et de devenir insoluble là où elle était impressionnée par la lumière. Une plaque de cuivre — enduite de cette substance et exposée huit heures durant dans la chambre noire, puis plongée dans un solvant (essence de lavande) et attaquée par un acide dans les parties dépourvues de bitume — fournissait ainsi à Niepce une image en relief.

C’est de cette manière que fut réalisée la première image photographique du monde : une vue de la campagne chalonnaise prise de la fenêtre de la propriété de Niepce à Saint-Loup-de-Varennes. On doit également à Niepce la réalisation de la première chambre noire photographique, de la première chambre coulissante, du premier

diaphragme à iris (réinventé cinquante ans plus tard), ainsi que d’une chambre munie d’une bobine pour l’enroulement du papier sensible.

Sollicité en 1826 par Louis Jacques Mandé Daguerre*, un peintre décorateur qui utilisait lui aussi la chambre noire pour faire les croquis de ses dio-ramas, Niepce signe en 1829 un contrat d’association et entreprend de parfaire ses réalisations héliographiques.

La chance ne devait pas cependant lui sourire, car il meurt quatre ans plus tard d’une hémorragie cérébrale sans être parvenu à intéresser les savants et les hommes d’affaires à son invention. C’est Daguerre qui, reprenant à son compte les expériences de son associé, réussira à développer (1835), puis à fixer (1837) les images photographiques.

J.-L. P.

F Photographie.

Nietzsche

(Friedrich

Wilhelm)

Philosophe allemand (Rökken, près de Lützen, 1844 - Weimar 1900).

La vie

Son père Karl Ludwig est pasteur ; sa mère est elle-même issue d’une famille de pasteurs. La longue agonie de son père, mort le 30 juillet 1849, marquera la sensibilité du jeune enfant, qui héritera de sa santé délicate.

Nietzsche vit désormais à Naum-

burg auprès de sa mère et de sa tante, femmes aux moeurs sévères, et de sa jeune soeur. En octobre 1853, il entre au collège de Pforta pour y demeurer six ans. Dès l’âge de treize ans, hanté par le problème du mal et de la mort, il écrit sa première Autobiographie. Ses doutes lui inspireront en 1861 son premier poème ; Au Dieu inconnu.

Nietzsche s’inscrit à l’université de Bonn, où, tout en suivant des cours de théologie, il s’intéresse beaucoup à la philologie. Les leçons de F. W. Ritschl, qui s’attache à cet étudiant très doué, disciplinent une pensée qui en a besoin. À Leipzig, où il suit son maître, Nietzsche découvre Schopenhauer à travers l’ouvrage fondamental de celui-ci, le Monde comme volonté et comme représentation, et croise Richard Wagner pour la première fois à l’issue d’un concert. Une commune admiration pour Beethoven les rapproche, le hasard va les réunir. Wagner se fixe à Tribschen, près de Lucerne, pour y composer sa Tétralogie et s’y réfugier avec Cosima Liszt, tandis que Nietzsche est nommé professeur extraordinaire de philologie classique à l’université de Bâle.

Huit années d’une amitié fondée dès l’abord sur de profonds malentendus commence. À l’université, Nietzsche connaît d’abord un succès indéniable puisqu’il est promu en 1870 professeur ordinaire ; ce n’est qu’en 1896 que pa-raîtront ses leçons de philologie et son

cours professé sur la Naissance de la philosophie à l’époque de la tragédie grecque (Die Philosophie im tragis-chen Zeitalter der Griechen). Bien vite, les « considérations intempestives »

de ce philologue, curieux des philosophes présocratiques, décourageront collègues et étudiants. Entre-temps, Nietzsche participe comme infirmier aux opérations du siège de Metz et y conçoit l’Origine de la tragédie (Die Geburt der Tragödie aus dem Geiste der Musik, 1872).

Après la publication en 1873 et

1875 des trois premières Considérations inactuelles (Unzeitgemässe Be-trachtungen), Nietzsche est désormais voué à la solitude : le séjour à Sorrente de novembre 1876 à mai 1877, ménagé par Malvida von Meysenbug

(1816-1903), ne le réconcilie pas avec Wagner, déjà surpris par le texte des Considérations inactuelles, qui voulait être un panégyrique « Richard Wagner à Bayreuth ».

Nietzsche souffre déjà de violentes migraines et de troubles de la vue.

De retour à Bâle, où ses cours sont désertés, il écrit Humain trop humain (Menschliches, Allzumenschliches, 1878). L’année 1879, qui suit une démission acceptée sans difficulté, est aussi pénible. Nietzsche ne s’en remet pas moins à écrire : ce sont les aphorismes des Sentences et maximes et du Voyageur et son ombre (Der Wande-rer und sein Schatten). Après un séjour réconfortant avec son ami Peter Gast (1854-1918) à Venise, Nietzsche va concrétiser définitivement à Gênes le grand projet qu’il porte en lui. C’est au bord des lacs de Sils-Maria qu’il va entendre le message de Zarathushtra, qui s’annonce déjà dans Aurore (Morgen-röte, 1881) et le Gai Savoir (Die fröhliche Wissenschaft, 1881-1887).

La réalisation de ce grand projet est précédée d’une grande souffrance : l’amie dévouée Malvida von Meysenbug prépare à Rome en 1882 une rencontre entre Lou Andreas-Salomé et Nietzsche, toujours plus solitaire, qui découvre dans cette jeune fille à l’intelligence très vive beaucoup plus qu’un disciple enthousiaste. Mais Lou Andreas-Salomé, sans doute effrayée

par les aspects multiples et contradictoires de la personnalité de Nietzsche, rompra. Ainsi parlait Zarathoustra (Also sprach Zarathustra) est écrit sous le coup d’une inspiration sublime. Nice a maintenant remplacé Gênes.

Toujours plus soumis aux tensions de la maladie, Nietzsche écrit Généalogie de la morale (Zur Genealogie der Moral, 1887), le Crépuscule des faux dieux (Götzendämmerung, 1888), Nietzsche contre Wagner (Nietzsche contra Wagner, 1889) et l’Antéchrist (Der Antichrist, publié en 1895). Le dernier épisode se joue à Turin : des signes évidents de folie apparaissent durant l’hiver 1888-89, et, après d’incompréhensibles messages aux « anciens amis », c’est la catastrophe finale.

F. Overbeck, accouru de Sicile, conduit Nietzsche dans une maison de santé en Allemagne : le diagnostic est sans espoir. Nietzsche meurt le 25 août 1900.

La pensée

En s’attaquant à l’idéalisme, Nietzsche ne vise nullement une école philosophique particulière, mais la catégorie même de l’idéal. La métaphysique