confond l’être avec l’idéal défini comme l’antithèse de l’immanence
sensible. Discréditant la réalité sensible qui n’est plus qu’une apparence, elle construit un monde suprasensible cristallisant tous les préjugés moraux.
Dénués de tout « sens historique », les philosophes réduisent la réalité humaine à une formule vide. Impuissant devant la réalité effective, le métaphysicien se réfugie dans un arrière-monde suprasensible. La croyance
fondamentale des métaphysiciens
devient la croyance à l’antinomie des valeurs : les valeurs supérieures ne sauraient procéder des valeurs inférieures et possèdent une autre origine que le monde sensible, qu’il faut rechercher downloadModeText.vue.download 272 sur 625
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 14
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dans l’« impérissable », dans un « Dieu caché », dans la « chose-en-soi ».
Aucun philosophe n’a jamais réelle-
ment mis en doute ce postulat, car il est la conséquence directe du fondement de la pensée métaphysique, à savoir la détermination de l’essence de la vérité.
L’idéal étant l’antithèse de la réalité effective, l’idéalisme s’accompagne du dualisme qui privilégie le monde intelligible. Une genèse remontant de l’inférieur au supérieur est impossible puisque cette dualité repose sur la contradiction initiale de l’idéal et de la réalité.
La vérité est alors définie comme l’adéquation du réel et de la pensée fondée sur l’accord a priori de l’être et des aspirations morales de l’homme. Posant le bien comme l’essence de l’être, la pensée métaphysique témoigne de son mépris du devenir, source de l’erreur et du mal.
Si Nietzsche désigne la métaphy-
sique comme la rencontre du dualisme et de l’idéalisme, c’est qu’il ne considère pas son développement comme
autonome. Derrière toute argumentation logique agissent des évaluations, des exigences physiologiques imposées par la nécessité de conserver un certain mode de vie. La pensée consciente d’un philosophe est guidée par ses instincts qui lui imposent une orientation.
Les choses existantes ne sont que des phénomènes dont le sens ne peut être compris qu’à la lumière d’une philologie correcte. Les phénomènes sont des symptômes qui indiquent la présence d’une force et la phénoménologie est une sémiologie. L’origine est immanente au réel et découpe la réalité selon des champs définis.
Tout individu vivant est apte à se donner une « table des valeurs » qui manifeste ses exigences vitales. La morale se confond avec l’« activité sélective » accomplie par chaque organisme pour dominer son milieu. Cette activité de sélection, transposée dans notre
« raison », se transforme en une hié-
rarchisation conceptuelle des valeurs.
En ce sens, les catégories métaphysiques sont des valeurs qui inscrivent l’être dans un schéma favorable à la conservation d’un certain type de vivant, « d’une espèce pauvre, à demi ou totalement ratée », de l’homme faible.
Sous l’universalisme de la morale mé-
taphysique, une volonté de vengeance est à l’oeuvre. Au contraire de l’homme fort, qui tient spontanément ses évaluations pour bonnes, l’homme faible, essentiellement réactif, s’efforce de les justifier en référence à une quelconque extériorité. Cet autre subit également les assauts du ressentiment : il est « ar-tificialisé ». L’homme faible « transforme » le non-moi (l’ennemi méchant, c’est-à-dire l’homme fort) de façon à se définir par antithèse (« puisque l’ennemi est méchant, je suis l’homme bon », déclare le faible). La réaction entraîne ainsi une restructuration phan-tasmatique de l’extériorité.
Par la volonté de vengeance, le moi malade recouvre une unité, une consistance : il détourne de lui-même son mé-
pris et le dirige contre l’autre, le fort.
La critique nietzschéenne de l’idéalisme métaphysique se fonde sur la méthode généalogique, qui permet de découvrir sous toute conceptualisation un certain type de vivant. En s’effor-
çant de ruiner l’idée d’une supériorité ontologique de l’idéal sur la réalité effective, le philosophe annonce prophétiquement le surhomme. L’homme fort s’attache à respecter l’innocence du devenir, manifestant le jeu de forces inconscientes. Ces forces, interprétées à travers l’hypothèse de la volonté de puissance, sont définies comme dépassement perpétuel de soi.
Ainsi, les évaluations de l’homme fort, qui renvoient à une hiérarchie instinctuelle où un instinct domine, ne sont jamais définitives. Le jeu dionysiaque des forces se « perd » dans l’éternel retour.
M. K.
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Nièvre. 58
Départ. de la Région Bourgogne ;
6 837 km 2 ; 245 212 hab. Ch.-l. Nevers.
S.-préf. Château-Chinon, Clamecy, Cosne-sur-Loire.
De relief varié et agréable, formé pour l’essentiel de collines échelonnées entre la Loire et le Morvan, de climat à nuance océanique encore sensible par suite de la disposition du relief, offrant des ressources variées tant du point de vue agricole que minéral, bien situé sur les axes joignant Paris à l’Auvergne, à Roanne, à Lyon et au Sud-Est, le département a longtemps fait figure de zone riche, à la population régulièrement croissante. Au XIXe s., c’était la partie la plus dynamique de l’actuelle région de programme de Bourgogne.
L’économie stagne depuis main-
tenant près d’un siècle. La baisse de population a commencé aux environs de 1885. Elle a été rapide avant la Première Guerre mondiale et même
jusqu’en 1936. Depuis lors, il s’est produit une certaine stabilisation des effectifs, mais rien qui ressemble à la reprise vigoureuse que l’on observe souvent. La situation apparaît inquié-
tante. La population rurale est en voie de diminution rapide : elle vieillit, ce qui se traduit par une chute prononcée de la natalité. La crise est masquée par le retour de retraités, ce qui contribue à maintenir un certain effectif dans les communes rurales, mais ne leur confère pas un bien grand dynamisme.
La Nièvre a des traditions anciennes
de vie urbaine et d’industrie, mais les centres sont disposés en couronne, à la périphérie du département, ce qui rend plus sensible le sous-équipement des régions rurales et en fait des zones ré-
pulsives : le nord du département n’est guère animé que par Clamecy, dans la vallée de l’Yonne ; l’est, au contact du Morvan, par Château-Chinon. Ce ne sont que de bien petits centres et, en dehors d’eux, on ne compte que des bourgs, souvent anciens, parfois riches d’histoire, comme Varzy, Corbigny, Tannay, Donzy, mais rarement importants. Prémery doit à la carbonisation du bois des forêts proches une certaine activité industrielle ; c’est au travail du bois aussi que Clamecy doit l’essentiel de sa relative prospérité.