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pourvue d’arbres, qui se groupent en boqueteaux (savane-parc) ou sont isolés (savane arborée à baobabs, à aca-cias, etc.). Dans l’extrême Nord-Est triomphe une formation sahélienne à buissons épineux, de type bush.

La disposition zonale des paysages végétaux s’accompagne d’une répartition de la population en bandes ; mais, alors que l’humidité et l’intensité végétale croissent de l’intérieur vers le littoral, au plan humain se dessinent deux bandes de peuplement relativement dense, que sépare un creux démographique.

À côté des densités médiocres du

Bornou, le pays haoussa est un îlot très peuplé au sein d’un chapelet qui court à travers l’Afrique occidentale depuis le cap Vert. La bande méridionale juxtapose deux noyaux de densité élevée, le pays ibo à l’est et le pays yorouba à

l’ouest, que séparent les solitudes relatives du Bénin et du delta.

Cette irrégularité dans la répartition de la population ne saurait s’expliquer par quelque déterminisme physique : les plages de forte densité que met en évidence la carte du peuplement correspondent à des aires de civilisation homogène qui sous-tendent une régionalisation.

Des régions ethniques

Par-delà les multiples clivages (raciaux, linguistiques, religieux, etc.), c’est la bigarrure ethnique qui suscite les oppositions les plus irréductibles.

Le Nigeria réunit deux cents groupes, mais trois groupes principaux, concentrant les deux tiers de la population, émergent : les Haoussas* et Peuls*, les Yoroubas* et les Ibos*, dont les personnalités, affermies pendant la période coloniale, portaient en elles les germes d’un affrontement probable lors de l’indépendance. Une polarisation autour de ces centres de gravité ethniques détermine trois régions traditionnelles, que les facteurs modernes (divisions administratives coloniales, vie urbaine), impuissants à effacer le poids de l’histoire, ont renforcées.

Peuls et Haoussas, indissociable-

ment mêlés par leur foi musulmane, sont les héritiers de l’empire d’Ousmane dan Fodio, qui, au début du

XIXe s., imposa une aristocratie peule à la tête des États urbains haoussas, dont la prospérité reposait sur le commerce transsaharien. Les émirats peuls, successeurs des républiques haoussas, ont apporté une stabilité propice à une emprise sur les terroirs péri-urbains (Sokoto, Katsina, Kano, etc.), qui, cultivés en permanence, portent des densités élevées : 150, voire autour de 200 habitants au kilomètre carré. Derrière des murs d’enceinte, des cités véritables renferment des quartiers spécialisés, un marché, le palais de l’émir et la mosquée. L’islām, « stimulant cyclique des sociétés soudanaises » (J. Richard-Mo-lard), a permis, dans l’orbite des États très organisés du Nigeria septentrional, de modeler la vie politique des savanes et de soustraire celles-ci à l’instabilité traditionnelle des cultures itinérantes,

inaptes à créer de fortes densités. Mais les conséquences de l’islām ont été autrement plus néfastes dans l’atmosphère belliqueuse du djihād mené par la cavalerie peule jusqu’à l’orée de la forêt ombrophile, obstacle biologique à son expansion. La conquête du Middle Belt a mis en place, dans le cadre des émirats de Noupé (ou Nupe), d’Ilorin, de Bauchi, une aristocratie pastorale dominant des castes de cultivateurs ; cette nouvelle hiérarchisation de la société s’est traduite par un développement de l’élevage aux dépens des cultures, par une diminution de la densité du peuplement et de l’intensité de l’exploitation. Le résultat se lit sur la carte de répartition de la population, mais, au sein du « désert », des noyaux de peuplement de résistance correspondent à des reliefs où des peuples harcelés ont trouvé refuge, tels les

« païens » du plateau de Jos. Des socié-

tés fortes ont également pu être préservées en plaine.

Les Yoroubas occupent dans le

Sud-Ouest une situation prédomi-

nante par leur importance numérique (6 millions d’hommes) et par le rayonnement de leur ancienne civilisation.

Le témoignage le plus significatif du caractère évolué de cette civilisation est le développement urbain. Le pays yorouba présente une concentration insolite d’importantes agglomérations : 136 cités de plus de 5 000 habitants (dont 7 dépassent 100 000 hab.) regroupent plus de la moitié de la population. Fait exceptionnel en Afrique downloadModeText.vue.download 277 sur 625

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noire, les villes sont d’essence précoloniale, et leur création procède d’une évolution interne des institutions.

L’expansion peule et les guerres esclavagistes qu’elle a suscitées en pays yorouba après la désagrégation de l’ancienne fédération étatique ont réanimé le processus d’urbanisation au XIXe s.

Les villes sont nées du besoin d’un peuple de poursuivre ses activités agricoles à la périphérie de cités capables d’assurer, derrière leurs remparts, la protection des paysans. Ces villes

semi-rurales sont habitées par une forte proportion de paysans. La personnalité du pays yorouba est renforcée par l’économie moderne, puisque ce pays coïncide avec l’aire de production du cacao. L’apparition des petites plantations paysannes à partir de 1905 s’est faite par contamination de l’économie coloniale, et leur réussite est liée à l’esprit d’entreprise des Yoroubas. Cette expansion économique spontanée, qui s’est accompagnée du maintien d’une agriculture vivrière aux mains des femmes, assure aux paysans yoroubas un niveau de consommation inconnu dans le reste du Nigeria.

Les Ibos ont taillé dans la forêt du sud-est du Nigeria un terroir qui peut porter des densités voisines de 500 habitants au kilomètre carré. Cette surprenante accumulation d’hommes ne se justifie pas par les faveurs du milieu naturel. Mais la forêt a servi, face aux Peuls, de refuge à une population nombreuse, qui l’a efficacement amé-

nagée : une agriculture intensive sans jachère donne des rendements élevés d’ignames, et la palmeraie jardinée livre des produits commercialisables.

L’émiettement de l’habitat révèle un individualisme forcené, et chaque hameau abrite une famille étendue, unité sociale de base. Mais cet individualisme est tempéré par un réseau d’associations qui donne au peuple ibo sa cohésion. Ce système de relations a été extrêmement perméable aux influences extérieures. L’épuisement des sols a acculé une partie de la population à l’émigration, que favorisent l’absence de racines sociales contraignantes et une grande faculté d’adaptation. Cette

« diaspora » ibo a mis en place dans tout le pays d’importantes minorités de cadres. Le découpage fédéral de 1967

faisait perdre aux Ibos les gisements pétrolifères de la région de Port Harcourt, qui eussent constitué le fondement économique de l’indépendance du Biafra*, mais la confusion Biafra-Iboland méconnaît l’existence de 40 p. 100 de non-Ibos dans l’ancienne région orientale.

L’unité de ces trois régions repose sur la spécificité ethnique, les fortes

densités relatives, l’adaptation au cadre naturel, mais ces grands ensembles downloadModeText.vue.download 278 sur 625

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sont isolés dans un magma de minorités. Aussi, la création de douze États en 1967 est-elle plus conforme aux réalités ethniques, qui pèsent d’un poids fondamental.

Une économie

en mutation

Elle conserve les caractères de l’économie de traite sous la forme élémentaire de l’exploitation et de la commercialisation des ressources naturelles.

La quasi-totalité des exportations est constituée par des matières premières (pétrole, cacao, arachide). Mais ces exportations sont plus diversifiées que celles de la plupart des pays africains, et, de ce fait, le Nigeria est moins tributaire des fluctuations de cours sur les marchés internationaux. Cependant, la structure des importations fait apparaître une différenciation moindre (produits manufacturés, essentiellement).