marché-gare, ce qui a supprimé le transit du bétail à travers la ville à partir de la gare de marchandises ; le marché de gros de fruits et légumes de Saint-Charles a suivi. Les grands garages se sont implantés tout au long de la route de Montpellier. Le centre y a gagné en salubrité et en spécialisation, la boutique succédant à l’entrepôt ; au total, un allégement et un affinage à la fois.
Mais le phénomène le plus étonnant est celui qui est présenté par la concentration des hypermarchés et des grandes surfaces de vente sur l’axe privilégié que constitue le boulevard périphé-
rique sud : à la conquête d’une double clientèle, urbaine et régionale, grâce à un accès commode. À partir de 1969 se sont installés cinq établissements nouveaux, et, au départ, toutes les grandes chaînes de magasins à succursales multiples étaient présentes. Mis en service en 1958, le marché-gare de Saint-Cé-
saire a été le premier marché d’inté-
rêt national de France ; il juxtapose un marché aux bestiaux et un marché de gros de fruits et légumes.
La tradition industrielle apparaît à travers les établissements de la ville ; certes, il ne reste rien des productions du passé (tissages, tapisserie et chapellerie, draps d’ameublement, artisanat lié à la sériciculture), mais les établissements actuels constituent essentiellement un héritage de l’ancien centre textile (bonneterie, confection et chaussure). Les entreprises ont essaimé leurs usines dans la région nîmoise, à Marguerittes, à La Grand-Combe, à Bessèges, à Sommières. Avec la chaussure, les munitions pour la chasse, les meubles, les conserves, les matériaux de construction et ferroviaires, on compte une dizaine de milliers d’employés dans le secteur secondaire au total.
Les études démographiques pré-
voient près de 200 000 habitants vers 1985, et Nîmes ne cesse de jouer un rôle croissant en Languedoc ; l’aéroport de Garons, l’inauguration, en 1968, du tronçon Nîmes-Montpellier de l’autoroute vers la vallée du Rhône ont confirmé la valeur du carrefour.
La dernière fonction notable relève du domaine universitaire. Il reste le problème du choix entre l’association de la ville à un ensemble urbain Sète-Mont-
pellier-Vallée du Rhône, qui permettrait d’équilibrer en partie le poids de la métropole marseillaise, ou la participation croissante au domaine rhodanien et provençal au détriment d’un développement régional plus harmonieux.
R. D. et R. F.
L’histoire
À l’origine de Nîmes, il y a Nemausus, la fontaine sacrée qui sourd au pied du mont Cavalier. Des populations pré-
historiques se fixèrent autour, puis le groupement celte des Volques Arécomiques, qui, en 120 av. J.-C., recon-nurent l’autorité de Rome.
La Colonia Augusta Nemausus fut
fondée par Auguste. Entourée d’une enceinte fortifiée de 6 km, dont il reste la tour Magne, couvrant à son apogée 220 ha, elle était dotée d’un capitole, de temples, de thermes, d’un théâtre et d’un amphithéâtre. Gouvernée comme Rome par une curie dont les membres, les décurions, étaient, ainsi que les magistrats, élus par le peuple, elle joua un rôle attractif puissant sur la zone rurale du Bas-Languedoc. La Maison carrée, vouée au culte dynastique, s’élevait au-dessus du forum, situé au point où la voie Domitienne venant de Beaucaire prenait la direction de Narbonne et de l’Espagne.
Les cultes orientaux d’Isis, de Sérapis et d’Anubis coexistaient avec les cultes romains et des survivances des croyances celtiques quand le christianisme s’implanta, sans doute vers la fin du IIIe s. avec l’évêque saint Baudile ; un concile se tint à Nîmes à la fin du IVe s.
Envahie successivement à partir du Ve s. et jusqu’au VIIIe par les Vandales, les Wisigoths, les Francs, les Sarrasins, Nîmes était réduite à l’état de bourgade aux abords de l’an 1000, et sa décadence paraissait consommée quand
des marchands lombards et toscans s’y établirent. En 1194, une charte du comte Raimond V de Toulouse, suzerain des vicomtes de Nîmes, réorganisa les activités commerciales en groupant par rues et quartiers les différentes professions, tandis que les Arènes devenaient une forteresse où des chevaliers
tenaient garnison.
Au moment de la crise albigeoise, Nîmes fut prise en 1207 par Simon de Montfort et en 1226 par le roi de France Louis VIII. En 1229, elle entrait dans le royaume de France, sous l’administration d’un sénéchal, et des forces royales s’installaient dans les arènes. Une ordonnance royale de 1272
fixa la composition d’un conseil de 27 membres chargé d’élire les consuls et de les assister.
Le protestantisme trouva un terrain favorable chez les bourgeois et les artisans nîmois. De graves incidents éclatèrent en 1567, et les églises furent saccagées. Cependant, le 30 août 1572, catholiques et protestants parvinrent à s’entendre pour éviter tout massacre.
Soulevée en 1621 par Dupont et
Masyures, qui prirent le duc Henri de Rohan pour chef, puis en 1627 par Rochelais, Nîmes accepta finalement la paix d’Alès.
Après la révocation de l’édit de
Nantes en 1685, l’intendant Bâville investit la cité. Nombre de protestants s’expatrièrent ou gagnèrent les Cévennes pour y grossir les rangs des camisards*. Quand Jean Cavalier se soumit, c’est au jardin des Récollets de Nîmes qu’il rencontra le maréchal de Villars (1704).
Au XVIIIe s., Nîmes participa au renouveau démographique général : de 25 000 habitants en 1730, et le passa à 42 000 en 1789.
Dans ses cahiers de doléances,
Nîmes demanda au roi d’achever
l’oeuvre de 1787 par « la liberté complète de pensée, propriété des plus downloadModeText.vue.download 282 sur 625
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 14
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chères à l’homme, surtout en matière d’opinions religieuses ».
Un conseil permanent de 21 notables
— des bourgeois protestants — se
constitua dès que parvint la nouvelle de
la prise de la Bastille, pour administrer la ville, qui devint chef-lieu du département du Gard. Des troubles écla-tèrent en juin 1790 entre protestants et catholiques, ces derniers n’admettant pas que l’Assemblée constituante ne reconnaisse pas le catholicisme religion de l’État. Puis le Club de Nîmes accusa la municipalité de « complicité avec la réaction », et il fallut une intervention de la garde nationale de Montpellier pour arrêter le massacre, qui avait déjà fait 300 victimes.
Les bourgeois nîmois ralliés à la République girondine refusèrent de reconnaître l’autorité de la Convention et établirent un projet de nouvelle Convention qui prévoyait la formation d’une République fédérative avec les vingt-quatre départements méridionaux de Bordeaux à Lyon. Devant cette menace qui mettait en péril la « République une et indivisible », la Convention envoya 6 000 hommes dans le
Gard pour briser la sécession, puis, en janvier 1794, le Conventionnel Borie constitua à Nîmes un tribunal révolutionnaire qui opéra 800 arrestations et décida de 136 exécutions.
À la chute de l’Empire, les Blancs massacrèrent des bonapartistes, et le duc d’Angoulème vint en personne
rétablir l’ordre.
C’est un Nîmois, François Guizot*, conservateur, qui fut de 1840 à
1848 le chef de gouvernement de
Louis-Philippe.
J. P.
F Gard / Languedoc - Roussillon.
J. Vieilleville, Nîmes, vingt siècles d’histoire (Éd. de la Maison carrée, Nîmes, 1941). /
R. Lhermet, Nîmes cité protestante (Impr. Chas-tanier, Nîmes, 1961). / Languedoc (Horizons de France, 1965). / P. Wolff (sous la dir. de). Nouvelle Histoire du Languedoc (Privat, Toulouse, 1967). / R. Dugrand et R. Ferras, Sète, Nîmes, Montpellier, une capitale linéaire (Montpellier, 1970).
L’art à Nîmes
Aucune ville française n’a gardé autant que Nîmes la marque grandiose de l’urbanisme romain.