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L’analyse du niveau de vie sera tout aussi insuffisante si l’on s’en tient à un montant de salaire. D’une part, le terme de salaire est vague et prête à confusion (s’agit-il, par exemple, du salaire direct ou du salaire indirect et y comprend-on notamment les allocations familiales ?). D’autre part, on peut se demander s’il ne faudrait pas faire entrer, à côté du salaire proprement dit, les éléments du niveau de vie constitués par des biens et services divers qui sont monétairement évaluables, mais qui sont fournis aux mé-

nages soit gratuitement (par exemple services d’éducation, services de santé et d’hygiène), soit à un prix délibéré-

ment inférieur à leur coût (par exemple facilités de transports accordées par les entreprises).

Devant la signification limitée de cette méthode d’évaluation, le problème posé par l’analyse du niveau de vie a été approché par une autre procédure, celle des indicateurs sociaux.

Cette méthode repose sur la quantification de la satisfaction des besoins. Par là même, seuls les besoins mesurables peuvent intervenir dans ce calcul : on aboutit de cette façon à une quantification du domaine social, mais quantification reposant de nouveau sur le domaine du mesurable et qui ne peut, par conséquent, donner dans tous les cas une réponse entièrement significative au problème du niveau de vie.

La notion de besoins

Le calcul des indicateurs et de l’indice synthétique réclame préalablement une classification des composants en groupes : besoins physiques, comprenant l’alimentation et la nutrition (protection contre la faim), l’abri (protection contre les éléments extérieurs), l’habillement, les conditions de travail et d’emploi, les transports et la santé

(protection contre la maladie) ; besoins culturels, comprenant l’éducation (protection contre l’ignorance) et les loisirs (protection contre le surmenage) ; besoins supérieurs (consommation et épargne globale). Pour définir le niveau de chacun de ces composants, un certain nombre de données mesurables sont transformées en indicateurs par quantification de 0 à 100, l’indice 0

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La Grande Encyclopédie Larousse - Vol.14

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et l’indice 100 étant pris relativement à chaque indice, un peu comme l’on a défini le degré 0 et le degré 100 de la température à partir de la glace fon-dante et de l’ébullition de l’eau. Il reste à pondérer les divers composants afin de calculer un indice unitaire de niveau de vie.

Cette conception — aboutissant à

regarder le niveau de vie comme un ensemble d’indicateurs représentant divers aspects de la satisfaction des besoins — n’est pas exempte de critiques. D’une part, cette mesure n’est que référence à une certaine norme plus ou moins fictive, qui n’a de sens que dans un certain cadre, peut-être celui des pays développés. Cette norme ne fait que refléter, en somme, la repré-

sentation que s’en donne la société.

Elle ne peut donc pas être objective, les différents pays faisant référence à des histoires et à des civilisations différentes, et pouvant ne pas privilégier les mêmes éléments. Le classement des besoins proposés pour déterminer le niveau de vie représente donc une hiérarchisation discutable des éléments qui le composent. Dans ces conditions, le problème devient celui de situer les différents composants les uns par rapport aux autres pour obtenir une certaine image structurelle.

D’autre part, le concept de niveau de vie n’échappe pas aux jugements de valeur qu’il entend précisément éliminer. Cette dernière difficulté souligne le caractère arbitraire de toute mesure et de toute comparaison (dans le temps ou dans l’espace) des niveaux de vie.

G. R.

F Besoin / Minimum vital.

J. Broizat, la Fureur de mieux vivre, croissance économique et bien-être des Français (Éd. de l’entreprise moderne, 1962). / G. Du-puigrenet-Desroussilles, Niveaux de vie et coopération économique dans l’Europe de l’Ouest (P. U. F., 1962).

Nivelle

(Robert)

Général français (Tulle 1856 - Paris 1924).

Artilleur de grande renommée, commandant d’armée victorieux à Verdun, généralissime très discuté de 1917, Robert Nivelle était sorti de l’école Polytechnique en 1878. Capitaine en 1887, il prend part en 1900 à l’expédition de Chine et sert ensuite en Algérie.

À la fin de 1911, il commande comme colonel le 4e régiment d’artillerie de Besançon, avec lequel il se bat devant Mulhouse dès le 19 août 1914. Envoyé peu après devant Paris à la VIe armée (Maunoury), il engage ses batteries en avant des fantassins avec une rare audace sur le plateau de Multien, exploit qu’il renouvelle sur l’Aisne en septembre. Promu général, il commande la 61e division en février 1915 et est mis le 23 décembre suivant à la tête du 3e corps, avec lequel il est engagé sur le front de Verdun dans le secteur Froi-deterre-Thiaumont le 3 avril 1916. Il débute par une brillante attaque qui reprend le bois de la Caillette et, le 1er mai 1916, est appelé par Joffre à remplacer au commandement de l’ar-mée de Verdun (la IIe) le général Pé-

tain*, promu chef du groupe d’armées du Centre. C’est maintenant l’équipe Pétain-Nivelle qui va dominer et finalement gagner la bataille de Verdun.

Mais c’est à Nivelle que revient sur le terrain la direction de l’ensemble des opérations. Après avoir brisé les ultimes assauts allemands de l’été, il a le grand mérite de comprendre que le front, dans sa position instable, ne trouverait son salut que dans le mouvement en avant. C’est Nivelle l’artilleur qui conçoit et Mangin*, le conducteur d’hommes, qui commande les grandes batailles d’automne, marquées par la

reprise de Douaumont (24 oct.), de Vaux (2 nov.), de Louvemont (15 déc.).

« L’expérience a fait ses preuves, écrit Nivelle, la victoire est certaine, je vous en donne l’assurance. » Son optimisme frappe au moment même où Briand

décide d’abandonner Joffre*, usé par trente mois de commandement. C’est ainsi que le général Nivelle, qui vient d’avoir soixante ans, prend, le 17 dé-

cembre 1916, le commandement en

chef des armées du Nord et du NordEst. Arrivé à Chantilly, il bouleverse les plans établis par son prédécesseur et les réduit pour 1917 à une grande offensive sur le Chemin des Dames, dont il attend la rupture du front allemand et la décision de la guerre. Avec foi et enthousiasme, il se lance dans la préparation du plan, dont la réalisation est confiée au général Joseph Micheler (1861-1931), commandant du groupe d’armées de rupture : cet enthousiasme est partagé par les troupes et par le pays, qui croient tenir enfin la victoire et la fin de la guerre. Le 26 février à Calais, les Anglais acceptent de prêter leur concours à cette grande entreprise.

Quelques jours plus tard, les Allemands replient leur front entre Arras et l’Aisne, mais Nivelle ne modifie pas ses ordres. Le 6 avril, de façon assez insolite, le nouveau gouvernement, où Painlevé a remplacé Lyautey comme ministre de la Guerre, convoque à Compiègne les commandants de

groupe d’armées, qui ne cachent pas à Nivelle leur manque de foi dans le succès. Ulcéré, celui-ci offre sa démission, puis la retire sur les instances de Poincaré, mais son autorité en est singulièrement diminuée.

À l’aube du 16 avril débouche la

grande attaque du Chemin des Dames : dès le soir, il s’avère que la percée est impossible. La bataille continue en vain jusqu’au 5 mai, difficilement conduite par Nivelle, tandis que se

manifeste très vite, aussi bien à l’ar-mée qu’à Paris, une terrible déception, qui, pour beaucoup, va dégénérer en révolte. Le 15 mai, Pétain remplace Nivelle comme commandant en chef, alors que la bataille du Chemin des Dames s’achève lamentablement en

de maigres gains de terrain trop chèrement payés (135 000 hommes hors de combat du 16 avril au 15 mai).