Président des États-Unis, Nixon a tâche d’imposer à l’opinion une nouvelle image de lui-même. Il a atténué son agressivité et l’anticommunisme systématique, qui préoccupe moins les Américains. Mais ses contacts avec la presse ou ses concitoyens sont froids : l’homme n’a pas le magnétisme de
Kennedy ; il n’électrise pas les foules.
Le malaise économique et social des États-Unis le conduit, au cours de son premier mandat, à lutter d’abord contre l’inflation galopante : en 1971, il ordonne le blocage des salaires et des prix, et consent à dévaluer le dollar ; dépendant du Sud pour constituer une nouvelle majorité présidentielle, il fait tout ensuite pour arrêter l’expérience du busing, qui tentait de mêler dans les mêmes écoles enfants blancs et enfants noirs.
Il consacre l’essentiel de ses efforts à la politique extérieure. Réaliste, il renoue avec l’Europe des relations
que la politique gaulliste et la crise du dollar ont desserrées. Il entretient d’excellents rapports avec l’Union so-viétique. Son voyage à Pékin en 1972
résout un problème diplomatique vieux de vingt-trois ans et satisfait l’opinion.
Enfin, grâce à l’active diplomatie de son conseiller Henry Kissinger, le pré-
sident Nixon peut annoncer le cessez-le-feu au Viêt-nam (janvier 1973).
Mais ces succès diplomatiques ne
rendent pas au président une popularité que la poursuite de l’enquête sur le scandale du Watergate ébranle définitivement. Menacé (mai 1974) d’une procédure d’« impeachment », Nixon reconnaît avoir tenté d’étouffer l’affaire.
Face à une destitution probable, il choisit de démissionner (8 août 1974).
La grâce que lui accorde dès septembre son successeur Gerald Ford lui évite une inculpation infamante.
A. K.
F États-Unis / Indochine / Républicain (parti) /
Viêt-nam.
Mazo et S. Hess, Nixon. A Political Portrait (New York, 1968). / M. Bonnefoy, Nixon pré-
sident (Solar, 1969). / P. et R. Gosset, Richard Nixon, le mal-aimé (Julliard, 1972).
Niẓāmī
En pers. nezāmi, poète persan (Gandja
[auj. Kirovabad] v. 1140 - id. 1209).
Ilyās ibn Yūsuf Niẓāmī passa toute son existence dans sa ville natale.
L’Azerbaïdjan était à cette époque une province dominée par de petites dynasties alliées aux Seldjoukides, souverains régnant sur l’Iran. Dès le XIe s., la langue persane y avait été considé-
rée comme langue littéraire et utilisée par les poètes (tel Qaṭrān, † 1072) pour composer leur poésie de cour. Au XIIe s., la tradition littéraire persane y était bien établie.
Avec Niẓāmī, la littérature persane s’enrichit d’un nouveau genre poé-
tique : l’épopée romanesque. Avant lui, Firdūsī*, dans son Livre des rois, avait, dans de nombreux épisodes, laissé libre cours à son lyrisme en contant de célèbres histoires amoureuses rela-
tives à certains souverains iraniens ou héros de son épopée nationale. Mais ce n’étaient que quelques fragments inscrits dans un projet plus vaste : faire revivre et sublimer le passé national iranien. Après lui, Gurgānī (Gorgāni)
[† v. 1055] inaugura le roman d’amour en vers dans son poème Wis et Rāmin (traduit en français par H. Massé).
Niẓāmī développa et amena à une certaine perfection l’épopée romanesque : il substitua les sentiments individuels aux vertus chevaleresques d’antan, le drame devenant plus une affaire d’évé-
nement personnel qu’une affaire de destin universel.
L’oeuvre de Niẓāmī se compose de
cinq grands poèmes masnavi (v. Iran, littérature) de sujets différents et dont l’ensemble constitue environ vingt-huit mille vers. Le Trésor des mystères, la première épopée que le poète ait écrite, vers l’âge de trente-cinq ans, a essentiellement un caractère moral et philosophique. Niẓāmī y traduisit un aspect de son tempérament qui le portait à la réflexion mystique (pour certains biographes, il aurait, en effet, suivi la « voie » d’un grand maître de son temps). Cette première oeuvre s’inspira vraisemblablement des grands poèmes de Sanā’ī († 1130), considéré comme le plus important des écrivains mystiques persans avant ‘Aṭṭār* et Rūmī, mais Niẓāmī changea de ton dans son deuxième poème, Khosrow et Chirin, en s’engageant alors dans le roman, rela-tant l’illustre passion du souverain sassanide Khosrô pour la servante armé-
nienne Chirin (devenue princesse chez Niẓāmī). La peinture des sentiments apparaît sincère et témoigne d’une grande finesse psychologique. Laylā et Madjnūn, héros du troisième masnavi
de Niẓāmī, sont deux jeunes amants célèbres dans la littérature populaire arabe. De la même tribu, le malheur les frappe néanmoins : leur union est rendue impossible par la précocité de leur âge. Madjnūn (le Fou), ayant véritablement perdu l’esprit à la suite de son désespoir, sera sauvé par sa vocation, qui l’amène à composer des chants d’amour pour réjouir le coeur des hommes. Les Sept Portraits ou Livre de Bahrâm se rapporte de nouveau à l’histoire sassanide et à son prince Bahrâm V, dit Bahrâm Gur (Gur =
onagre ; ce surnom lui fut donné en raison de sa prédilection pour la chasse).
Le corps de l’histoire est constitué par sept récits que font au souverain les sept princesses venant des sept contrées et qui passent chacune un jour de la semaine avec lui. Enfin, la dernière épopée est un Livre d’Alexandre.
Dans ce poème, Niẓāmī réussit à dresser d’Alexandre un double portrait : celui du guerrier superbe et celui du penseur aux profondes réflexions sur la destinée humaine.
L’influence de Niẓāmī fut grande.
La richesse de son talent, fait de la sensibilité la plus fine et d’une imagination
surprenante, sur lesquelles vint se greffer une sérieuse culture et une grande profondeur dans la réflexion, a suscité une longue chaîne d’imitateurs : Amir Khosrow de Dehli (1253-1325), Khādju († v. 1351), Djāmī* († 1492), Hātifī (Hātefi) [† 1521]...
B. H.
H. Ritter, Über die Bildersprache Niẓāmis (Berlin et Leipzig, 1927). / M. Ritter et J. Rypka, Ein romantisches Epos (Prague, 1934). /
R. Gelpke, Die sieben Geschichten der sieben Prinzessinnen (Zurich, 1959).
Nkrumah
(Kwame)
Homme d’État ghanéen (Nkroful, près d’Axim, 1909 - Bucarest 1972).
Catholique comme sa mère, il est
élevé à l’école de la mission à Half As-sini, où son père exerçait le métier de bijoutier, puis, à partir de 1926, au collège d’Achimota, à Accra, dont il est diplômé en 1930. En 1935, il part pour les États-Unis, où il étudie l’économie et la sociologie à l’université noire de Lincoln, la pédagogie et la philosophie à l’université de Pennsylvanie. Il se lie avec d’autres Africains passionnés de politique, comme le docteur N. Azikiwe, et subit profondément l’influence de la pensée libérale américaine en même temps qu’il lit Marx, Engels et Lénine.
En 1945, il s’installe à Londres pour étudier le droit, et c’est alors qu’il devient militant politique. Comme vice-président de l’Union des étudiants d’Afrique de l’Ouest, il entre en relation avec George Padmore, membre
du Komintern, et devient son adepte fervent.
En 1947, il retourne en Gold Coast comme secrétaire général du mouvement d’opposition du docteur
J. B. Danquah, l’United Gold Coast Convention (UGCC), ce qui lui vaut
d’être arrêté pour quelques mois en 1948 à la suite d’émeutes. En septembre, il crée un journal, organe du mouvement nationaliste, ainsi que le Committee on Youth Organization