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Les associations de lignages re-

posent sur les liens du sang ou sur la mise en commun de biens-fonds. Elles permettent à la noblesse de maintenir son autorité économique et politique sur la masse paysanne, tels les trente colignages qui, au début du XIIIe s., rassemblent la moitié des cinq cents ou six cents seigneuries rurales de la France du Nord, cinq d’entre eux en contrôlant le quart. La politique de restriction des mariages multiplie les filles sans dot, retient au château familial les cadets aux gages de l’aîné et incite les puînés à entrer dans les ordres ou à partir vers la Terre sainte à la quête d’un chase-ment impossible en Occident ; aussi aboutit-elle au développement de la notion d’aînesse, adoptée, dès le Xe s.

en Germanie et dès le XIe s. en France du Nord, par le droit public en matière de dévolution des fiefs d’honneur et des fonctions régaliennes, dont la détention et l’exercice ne peuvent se partager.

L’aîné n’est pourtant pas auto-

matiquement le bénéficiaire de cette dévolution prioritaire de biens qui constituent le support économique indispensable à l’accomplissement total des services d’ost ou de conseil, services indivisibles par nature. Cette dévolution peut, en effet, être réservée à un fils cadet et, à défaut de descendant direct, à un frère ou à un neveu.

Pour atténuer le tort causé aux autres héritiers par cette pratique, la coutume admet que ces derniers deviennent les vassaux de leur aîné, vivent « en fré-

rèche » avec lui, tenant ainsi des fiefs

« en parage » (Gesamte Hand), notamment en Germanie occidentale au XIIe s.

Mais, appauvrissant finalement un lignage trop nombreux, ce système est condamné dès 1209 en Île-de-France, et le droit d’aînesse amendé ; le bénéficiaire de ce dernier se voit attribuer dès lors une part prédominante, représentant en général les deux tiers des biens, dont la sauvegarde est encore assurée par la pratique du retrait lignager en cas de mutation de terres, pratique

originellement autorisée jusqu’au septième degré, mais finalement limitée à l’aube du XIIIe s. aux seuls neveux et cousins germains du défunt.

L’intervention possible d’un sei-

gneur étranger à la famille dans la dé-

volution des biens nobiliaires entraîne, pour la même raison, et jusqu’au

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XIVe s., l’exclusion de l’héritière unique d’un fief ; cette exclusion est systématique en Allemagne tant qu’il existe un homme dans la famille ; elle est limitée en France à l’existence d’un parent de même degré que la bénéficiaire théorique de la succession.

L’évolution de la noblesse

au bas Moyen Âge et

au début des Temps

modernes

L’essor démographique continu qui se produit du XIe au XIIIe s. entraîne la division incessante des patrimoines et menace d’avilissement la qualité chevaleresque. La noblesse s’allège de tous ceux qui perdent ce qui a été jusque-là la marque extérieure de cette qualité : la possession de la terre et de la seigneurie banale haut justicière, apparue au début du XIIe s., et l’adoubement, auquel renoncent à partir de 1235 ou de 1240 de nombreux écuyers peu fortunés. Rejetés dans la catégorie des ser-gents de seigneurs plus riches et plus puissants qu’eux-mêmes, ces hommes appartiennent peut-être encore à la noblesse, mais ils ne « jouissent [...]

sans doute plus de la considération qui s’attache à elle » (Léopold Génicot).

Contrepartie de cette déperdition de substance humaine, qui la scinde socialement en deux groupes, la noblesse se renouvelle, semble-t-il, par diverses voies : l’achat de terres allodiales ou féodales par les détenteurs de la fortune mobilière (bourgeois, patriciens urbains) ou surtout de la fortune fon-

cière ; le service du prince (ou de la ville [Florence, 1260]), d’abord service des armes, qui assure dès 1100-1150 la promotion du groupe des milites au sein de la familia, puis service administratif au bas Moyen Âge grâce à l’exercice de charges supérieures, qui facilitent l’accès à la chevalerie et emportent parfois l’anoblissement ; l’octroi de cette chevalerie, dont le prestige est tel que, dès le XIIe s. en France et le XIIIe s.

dans d’autres régions, le clivage de la société ne s’opère plus en nobiles et en ignobiles, mais en milites et en alii ; un riche mariage, qui rend possibles l’acquisition d’une seigneurie banale et, là aussi, l’obtention de la chevalerie ; enfin, la reconnaissance par les pairs, reconnaissance généralement acquise au bout d’une ou de plusieurs générations.

La naissance n’apparaissant plus, de ce fait, comme le mode fondamental d’acquisition de la noblesse, force est de reconnaître que la diversité des voies par lesquelles celle-ci se renouvelle entraîne sa diversification en de patronyme (qui disparaît bientôt) du nom du village, centre de la seigneurie, par la reconnaissance de la qualité d’écuyer par les hommes de loi locaux, enfin par la renommée publique, qui, au bout de deux ou de plusieurs générations, reconnaît à la famille — dont les origines roturières ont été oubliées — un type de vie noble et, donc, la noblesse à laquelle elle se trouve de facto agrégée.

La diversité de la

noblesse à la fin de

l’Ancien Régime

La noblesse, qui compte peut-

être 300 000 personnes, soit de 1 à 1,5 p. 100 des Français, apparaît alors très hétérogène. Réputés de noblesse

« immémoriale », disposant d’une

fortune foncière parfois considérable, mais géographiquement dispersée

et financièrement obérée par des dé-

penses très supérieures aux recettes, les Grands, c’est-à-dire les princes du sang, les ducs et pairs ainsi que les hauts prélats, prétendent pourtant contrôler le Conseil du roi et se ré-

server les postes des gouverneurs de province ainsi que les principaux com-

mandements militaires. Ne comptant que quelques centaines de personnes, n’hésitant pas à se rebeller jusqu’en 1660 contre l’autorité royale sous pré-

texte de l’éclairer, notamment au temps de la Fronde*, mais manquant de personnalité et trop souvent de savoir et de courage politique, n’échappant enfin à leurs créanciers que grâce aux pensions que le roi n’accorde qu’à ceux qui lui ont été « présentés », ils sont finalement domestiqués à Versailles par Louis XIV, qui fait d’eux les plus illustres de ses 4 000 courtisans.

La noblesse parlementaire, dite « de robe », plus cultivée et moins libertine, est de souche aussi ancienne que la noblesse dite « d’épée », notamment en Bretagne, malgré une opinion communément répandue, mais erronée. Elle est souvent plus riche qu’elle et gère avec efficacité et dureté une fortune terrienne à 80 p. 100. Elle contribue, aux côtés de la noblesse des Grands, à l’instauration du régime aristocratique de la polysynodie au temps de la downloadModeText.vue.download 293 sur 625

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Régence (1715-1718), avant d’animer avec elle la réaction nobiliaire, qui fait réserver — en 1781 par l’édit de Ségur

— aux seules nobles à quatre quartiers les sous-lieutenances dans la cavalerie et dans l’infanterie françaises : ainsi l’une et l’autre de ces deux noblesses tentent-elles de sauver de la misère la masse des gentilshommes campa-gnards, ruinés par les frais d’équipement de leurs fils, les dots de leurs filles et l’habileté extrême des prêteurs bourgeois. En exigeant en outre, de ce fait, avec plus d’âpreté des droits féodaux anciens ou oubliés en vertu de titres exhumés des terriers, voire créés de toute pièce par les feudistes, ces gentilshommes suscitent un puissant courant de mécontentement dans les campagnes. Nobles provinciaux à résidence urbaine, bénéficiant pourtant d’une aisance relative, les « bons ménagers » renforcent ce courant par une habileté encore plus grande à exiger le versement de droits tombés en