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désuétude.

La noblesse est complétée par la

masse des anoblis, qui donnent à la finance, c’est-à-dire à la gestion des capitaux des Grands, du clergé de France ou du roi, l’essentiel de leur fortune. Elle constitue sous le règne de Louis XVI le « parti de la Cour », dont la morgue, l’accaparement des charges et la révolte contre les réformes politiques et surtout financières de Galonné et de Brienne, en 1787 et en 1788, provoquent la révolution de 1789, à laquelle se rallient pourtant quelques nobles libéraux, qui acceptent l’abolition, avec rachat, de leurs droits réels dans la nuit du 4 août 1789, — « la nuit folle » — ainsi que la suppression des titres de noblesse le 23 juin 1790.

Anoblissement

L’anoblissement est réservé au roi seul selon un principe admis par tous ; il peut être réalisé soit par lettre patente toujours individuelle, soit par charge. Née sans doute vers la fin du XIVe s., vérifiée et enregistrée par la Chambre des comptes, puis par la Cour des aides et par le parlement, la lettre d’anoblissement a été utilisée judicieusement et parcimonieusement (183

seulement signées par François Ier), mais elle a, par contre, été rarement gratuite ; seuls les riches roturiers en bénéficiaient, pour le plus grand profit du Trésor royal.

L’anoblissement par charge, beaucoup plus fréquent et plus coûteux, confère soit la noblesse au premier degré, qui est à la fois immédiate et héréditaire si le titulaire l’exerce pendant vingt ans ou meurt à la tâche, soit la noblesse graduelle, qui n’est acquise définitivement que lorsque deux générations ont exercé ces charges pendant vingt ans ou sont décédées entre-temps. Alors que les charges de « commensal du roi » (celles des grands officiers de la Couronne, des secrétaires d’État, des conseillers d’État et des maîtres des requêtes) ainsi que celles des membres du Grand Conseil, des requêtes de l’Hôtel et parfois des parlements et du Châtelet de Paris permettent l’anoblissement au premier degré, par contre les charges secondaires de judicature, les charges de finances (les plus nombreuses) et les charges municipales (capitouls de Toulouse, échevins de Paris, etc.) n’autorisent qu’un anoblissement graduel et toujours

coûteux, à moins que les nouveaux titulaires ne soient déjà nobles, ce qui est le cas des neuf dixièmes des nouveaux parlementaires à Paris au XVIIIe s.

Conclusion

Supprimée en tant qu’ordre juridiquement privilégié par les révolutionnaires de 1789, condamnée en tant que force politique par l’opinion publique en raison de son attitude contre-révolutionnaire et de son action dans l’émigration, la noblesse de l’Ancien Régime est rétablie dans ses titres, mais non dans ses privilèges, par l’article 71 de la charte de 1814, qui reconnaît également la noblesse d’Empire. Accordée en récompense à de bons serviteurs de l’État et non à une famille comme sous l’Ancien Régime, attachée très souvent à l’exercice d’une haute fonction (un grand dignitaire est prince, un ministre est comte, etc.), cette noblesse d’Empire est une noblesse de titres (chevaliers, barons, comtes, ducs et princes), dont le statut est défini par le sénatus-consulte du 11 mai 1808. Viagère, elle ne devient héréditaire que si son détenteur dispose d’un majorat constitué par l’Empereur ou réuni par le bénéficiaire (15 p. 100 des titrés de Napoléon Ier), à moins qu’il ne représente la troisième génération de chevaliers honorés de la Légion d’honneur.

Accrues de tous ceux qui se font

octroyer des titres de courtoisie par Louis XVIII, les deux noblesses

d’Ancien Régime et d’Empire ne sont plus, après 1815, que des noblesses de titres, dont elles acceptent d’ailleurs la déclinaison (le fils d’un duc est comte), principe contraire à la tradition de l’Ancien Régime. Supprimés en 1848, rétablis en 1852, les titres nobiliaires ne sont plus confirmés en France depuis 1876-77, mais ils sont simplement tolérés pour des raisons fiscalement intéressées, le droit d’investiture ayant été porté en 1947 à 1 000 NF.

Dans ces conditions, le port de

titres nobiliaires n’est plus en France (3 600 familles nobles), comme d’ailleurs dans le reste de l’Europe et même au Japon, que la lointaine survivance d’un ordre politique, économique et social aujourd’hui révolu dans un monde

attaché au principe de l’égalité civile.

Les privilèges de la

noblesse

Privilèges d’honneur

Port de l’épée, port d’armoiries timbrées, jugement au civil par le bailli lui-même, jugement au criminel par le parlement, exécution par décollation et non par pen-daison, monopole exclusif de la chasse (partiel en Bretagne).

Privilèges de service

y Privilèges militaires : obligation générale de « servir » ; service dans des régiments d’élite, tels les gardes du corps ; réservation de postes dans presque tous les autres régiments ; réservation des grades du « Grand Corps » de la marine de guerre.

y Privilèges de cour : réservation des grands offices de la « maison du roi » ; réservation des postes d’écuyers et de pages ; réservation de corps ou d’institutions proches du roi aux nobles à quatre quartiers de noblesse.

y Privilèges dans l’Église : réservation pratiquement exclusive par le roi des béné-

fices majeurs depuis le concordat de Bologne de 1516.

Privilèges fiscaux

Exemption du paiement de l’impôt (surtout direct) [taille, crus de la taille, etc.], sauf dans le Midi, où les nobles paient l’im-pôt sur leurs terres roturières, et à l’exception de la capitation, qui les frappe à partir de 1695.

Privilèges seigneuriaux

La noblesse les partage en fait avec les seigneurs roturiers.

y Droits en argent : cens, champart, banalités, etc.

y Droits honorifiques : attachés à la résidence (girouettes, colombiers) ou attachés à l’Église (banc d’oeuvres du côté de l’Évangile, tombeau dans le choeur).

P. T.

F Chevalerie / Féodalité / Monarchie d’Ancien Régime.

M. Bloch, la Société féodale (A. Michel, coll. « Évol. de l’humanité », 1939-40 ; 2 vol.).

/ C. Germain, Court Traité de la noblesse (Gallimard, 1952). / R. Brun La Valette, Index de la noblesse française subsistante (Sauvegarde historique, Lyon, 1956). / F. Bluche, les Honneurs de la Cour (les Cahiers nobles, 1958 ; 2 vol.) ; la Vie quotidienne de la noblesse fran-

çaise au XVIIIe siècle (Hachette, 1973). / J. Des-cheemaeker, les Titres de noblesse en France et dans les pays étrangers (les Cahiers nobles, 1958 ; 2 vol.). / R. Boutruche, Seigneurie et féodalité (Aubier, 1959-1970 ; 2 vol.). / P. Du Puy de Clinchamps, la Noblesse (P. U. F., coll.

« Que sais-je ? », 1959 ; 2e éd., 1962). / R. Valette, Catalogue de la noblesse française contemporaine (les Cahiers nobles, 1959). / L. Verriest, Noblesse, chevalerie, lignages. Condition des biens et des personnes, seigneurie, ministé-

rialité, bourgeoisie, échevinages (l’Auteur, Bruxelles, 1960). / G. Guérin, Législation et jurisprudence nobiliaires (G. Chatteleyn, Lille, 1962). / F. Bluche et P. Durye, l’Anoblissement par charges avant 1789 (les Cahiers nobles, 1963 ; 2 vol.). / J. Meyer, la Noblesse bretonne du XVIIIe siècle (S. E. V. P. E. N., 1967 ; 2 vol.) ; Noblesse et pouvoirs dans l’Europe de l’Ancien Régime (Hachette, 1973).

noëls musicaux

Genre musical englobant des oeuvres de nature et d’origine différentes, inspirées par le mystère de la Nativité.

Les historiens ont cru pouvoir faire remonter la source de ces noëls aux fêtes des sous-diacres (ou fêtes des Fous) qui se déroulaient au XIIe s. pour la célébration de l’Épiphanie (6 janv.) ou de la Circoncision (1er janv.). Il semble bien, cependant, que, dès le IXe s., l’usage des tropes s’applique d’une manière privilégiée aux temps de l’Avent et de la Nativité. Les hymnes et les séquences de technique similaire ont vraisemblablement donné naissance aux plus anciens noëls, dont le texte, en langue vulgaire, apparaît comme une adaptation ou une parodie du texte latin initial. Lorsque, au XIIIe s., le style de la chanson populaire pénètre les formes liturgiques et paraliturgiques, la Nativité devient l’un des thèmes favoris des auteurs de ce temps ; le drame liturgique s’en empare