de même, et certain rondeau à trois voix d’Adam* le Bossu évoque dans le tour populaire les coutumes d’alors, et notamment les « quêtes » que l’on pratiqua longtemps dans les campagnes à Noël et à Pâques.
Mais le véritable noël populaire écrit en langue vulgaire, voire en patois, sur des airs de chansons profanes, n’apparaît guère avant le XVe s. On le chante à l’origine dans les soirées familiales, mais cette coutume disparaît assez rapidement, selon Étienne Pasquier, qui, en 1571, note qu’on fait encore entendre ce genre de chant pendant l’offertoire de la grand-messe de Noël en plusieurs églises. Au cours de la première moitié du XVIe s., on imprime quelques recueils de noëls, sans en noter la musique, car ils sont, selon leur titre, « réduits sur le chant de plusieurs chansons nouvelles » ou « composés sur plusieurs chansons tant vieilles que nouvelles ». Les auteurs de ces textes se nomment alors Lucas Le Moigne, Barthélemy Aneau, Jean-Daniel, dit
« Maître Mithou », dont les noëls connurent pendant deux siècles un succès considérable, et Nicolas Denisot, qui s’efforça de rendre à ces chants une gravité que leur popularité leur avait downloadModeText.vue.download 294 sur 625
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 14
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fait progressivement perdre. La réaction contre le caractère familier, satirique et quelquefois bouffon des noëls primitifs s’accentue aux XVIIe et XVIIIe s.
avec Colletet, P. Binard, Grignion de Montfort et l’abbé Pellegrin. La pré-
ciosité prétentieuse de ces oeuvres ne put éclipser le succès populaire des noëls de Nicolas Saboly (1614-1675), dont la naïveté malicieuse et l’humour délicat firent longtemps la joie des multitudes qui les chantèrent. Ces noëls ne peuvent, ni par leur aspect littéraire ni par leur structure musicale, être apparentés à la méditation ou à la prière ; ce sont, comme l’a très justement remarqué Michel Brenet, « des chansons profanes, très profanes, des airs de danse, des airs à boire, des vaudevilles : des chants de réveillons, non d’église ».
L’esprit théâtral du romantisme accentuera au XIXe s. la décadence du genre, notamment avec le célèbre noël d’A. Adam Minuit, chrétiens, dont la médiocrité notoire fut longtemps l’objet d’un engouement incompré-
hensible. Le véritable noël populaire s’est toutefois maintenu de nos jours grâce à certains chants, le plus souvent d’origine provençale, tel Il est né le divin enfant. Les traditions du villancico en Espagne et au Portugal, du carol anglais, de la pastorella italienne ou du Weihnachtslied allemand sont encore bien vivantes, et certaines oeuvres germaniques comme Stille
Nacht ou Tannenbaum ont acquis une célébrité européenne. Le sommeil de l’Enfant Jésus, l’adoration des bergers et des Rois mages forment souvent la figure centrale du noël populaire, qui s’accompagne généralement du sentiment pastoral.
Mais, auprès de ces chants populaires qui les inspireront fréquemment, vont naître des oeuvres instrumentales dont les organistes seront les principaux instigateurs. Tels sont par exemple en 1610 les Meslanges de E. Du Caurroy, rassemblant des noëls polyphoniques à quatre voix, et en 1655 les deux livres de noëls et de cantiques spirituels avec basse continue d’A. Auxcousteaux.
Nicolas Gigault, Nicolas Lebègue, Pierre et Jean-François d’Andrieu, Louis Claude d’Aquin, Michel Cor-rette comptent parmi les plus célèbres artisans du noël d’orgue, qui atteint son apogée vers 1840 avec Alexandre Pierre François Boëly, dont l’oeuvre reprend en grande partie les noëls publiés au Mans et à Paris (1553) par N. Denisot sous l’anagramme du comte d’Alsi-nois. La paraphrase et la variation sont à la base de ces oeuvres d’orgue, qui ont pris un nouvel essor avec le style symphonique des organistes contemporains, après avoir sombré dans une décadence passagère due à l’excessive fantaisie d’instrumentistes comme Claude Balbastre.
Les arrangements de noëls popu-
laires furent en grande faveur aux XVIIe et XVIIIe s. Sous le titre de « symphonie », qui désignait alors toute musique instrumentale, les compositeurs en
écrivent un grand nombre : ceux de M. A. Charpentier et de M. R. Delalande sont parmi les plus beaux, mais M. Brenet rappelle opportunément
qu’« à la chapelle du roi la musique exécutait des noëls pendant la première et la troisième messe de la nuit de Noël », et qu’en 1738 « ce furent Guignon et Guillemain qui les jouèrent ensemble à deux violons ». L’école italienne s’inspira largement de la Nativité ; les « concerto grosso » pour la
« nuit de Noël » et les compositions
« in forma di pastorale per il santissimo natale » sont assez nombreux dans la période classique, où brillent les noms d’A. Corelli, de F. M. Manfredini, de G. Torelli et de P. A. Locatelli. Bien que relevant d’autres genres musicaux, certains fragments d’oratorios, telles
« la Pastorale » du Messie de Händel ou « l’Adoration des bergers » de l’Enfance du Christ de Berlioz, peuvent être considérés comme de véritables noëls enchâssés en des oeuvres plus vastes illustrant le mystère de la Nativité.
Cette source d’inspiration, loin
d’être tarie, suscite encore l’intérêt des compositeurs modernes, puisque nous devons à Olivier Messiaen les Vingt Regards sur l’Enfant Jésus (piano) et la Nativité du Seigneur (orgue) ; mais ce sont là moins des noëls proprement dits qu’une suite de méditations sur un thème dont l’âme populaire s’est emparée de tout temps et en tout pays pour forger ces chants, tour à tour naïfs, tendres et joyeux, qui évoquent l’aube lumineuse de la nuit rédemptrice.
G. F.
Noirs des États-
Unis (les)
Le recensement de 1970 a dénombré 203 millions d’Américains, parmi lesquels figurent 22 672 570 Noirs. La présence de cette minorité raciale pose d’importants problèmes qui s’enracinent dans l’histoire nationale.
Une situation ancienne
Les premiers Noirs ont débarqué en Virginie en 1619. Dès lors, leur nombre n’a cessé d’augmenter : 1 600 en 1640, 236 420 en 1750, 1 771 656 en 1820.
En 1860, à la veille de la guerre de Sécession, 4 441 830 Noirs vivent aux États-Unis ; 90 p. 100 d’entre eux sont esclaves dans les États du Sud. Ils sont employés dans les plantations de tabac et de riz, surtout sur les terres à coton de l’Alabama, du Mississippi, de la Louisiane et du Texas. Le prix moyen d’un esclave s’établit à 1 250 dollars en Virginie (quatre fois plus qu’à la fin du XVIIIe s.) et à 1 800 dollars en Louisiane. Mais l’investissement rapporte d’autant plus que l’entretien de la main-d’oeuvre servile ne coûte pas cher, qu’un maître attentif ou un sur-veillant efficace obtient de bons rendements, que les éleveurs ou les propriétaires d’esclaves ne s’embarrassent d’aucun scrupule pour satisfaire les besoins du trafic ou de la plantation.
Si la Déclaration d’indépendance ne proclame l’égalité qu’entre les Blancs, si la Constitution de 1787 légalise l’esclavage tout en supprimant la traite à partir de 1808, les États du Nord ont aboli graduellement la servitude. Les quakers, puis William Lloyd Garri-son (1805-1879), en 1831, ont mis sur pied un mouvement abolitionniste qui réclame l’émancipation dans toute l’Union. L’expansion territoriale des États-Unis à l’ouest du Mississippi renforce l’opposition entre le Sud et le Nord ; des compromis éphémères n’empêchent pas la guerre civile ; la victoire des armées du Nord, en 1865, apporte aux Noirs la liberté.