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Émancipés par le treizième amen-

dement, les Noirs reçoivent les droits civiques et politiques avec les quatorzième et quinzième amendements.

Les représentants civils et militaires du Nord les aident à s’instruire, à s’inté-

grer dans la vie politique des anciens États sécessionnistes, à résister à la terreur que fait naître le Ku* Klux Klan. Mais la reconstruction est une période décevante. Peu à peu, de 1870

à 1876, les nordistes abandonnent les Noirs ; les planteurs reprennent le pouvoir dans le Sud. Les anciens esclaves n’ont pas reçu de terres ; ils demeurent dans la dépendance de leurs anciens maîtres : métayers liés par les hypothèques qu’ils ont dû consentir sur la prochaine récolte, rarement fermiers.

Écartés au profit des « petits Blancs »

des emplois industriels qui se créent alors, pauvres et illettrés, soumis aux maladies des régions subtropicales, ils perdent, par le moyen de subtilités juridiques, leurs droits politiques. Et à l’esclavage succède la ségrégation généralisée. Des lois « Jim Crow »

(c’est le surnom que les Blancs du Sud donnent aux Noirs) séparent les deux races dans les transports publics, dans les hôtels, les restaurants, les théâtres et les églises, plus tard dans les cabines téléphoniques, parfois dans les cimetières. En 1896, la Cour suprême légalise la pratique qui s’étend peu après aux bâtiments fédéraux. Les lynchages sont fréquents.

Booker Taliaferro Washington

(1856-1915) est le leader noir le plus populaire. Il recommande la patience, accepte provisoirement la ségrégation, encourage ses frères de couleur à acquérir des connaissances techniques et dirige dans ce dessein l’école de Tuskegee dans l’Alabama. Des intellectuels noirs, comme William Ed-

ward Burghardt Du Bois (1868-1963), refusent cette modération ; ils entreprennent de combattre par des moyens juridiques les pratiques discriminatoires et fondent, avec des Blancs libé-

raux, l’Association pour le progrès des gens de couleur (National Association for Advancement of Colored Peoples

[NAACP]) en 1909. La victoire n’est acquise qu’un demi-siècle plus tard.

Encore a-t-il fallu ajouter aux recours devant les tribunaux le boycottage, les sit-in, des marches de protestation.

Néanmoins, l’esclavage et la ségré-

gation ont laissé des traces profondes aussi bien dans la communauté blanche que dans la société noire ; et la disparition officielle de la ségrégation n’a pas fait disparaître le problème noir, qui a pris d’autres formes.

Aujourd’hui, ce problème concerne les grandes villes beaucoup plus que le Sud. En effet, depuis le début de notre siècle, au cours des deux guerres mondiales et plus encore après 1945, les Noirs sont venus chercher du travail et un peu plus de liberté dans le Nord.

D’agriculteurs ils sont devenus, pour une grande partie d’entre eux, ouvriers d’industrie ; la maladie des plants de coton et les inondations ont précipité les départs, tandis que les besoins en

main-d’oeuvre des industries du Nord s’accroissaient. En 1910, 91 p. 100

de la population noire vivent dans le Sud, 27 p. 100 dans des agglomérations de plus de 2 500 habitants — contre 48 p. 100 pour les Blancs. Dans la décennie qui s’étend de 1910 à 1920, 45 400 Noirs quittent chaque année le downloadModeText.vue.download 295 sur 625

La Grande Encyclopédie Larousse - Vol.14

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Sud ; au cours de la décennie suivante, les déplacements annuels touchent près de 75 000 personnes ; de 1940 à 1950, ils atteignent 160 000 personnes, se maintiennent à peu près dans les dix ans qui suivent et se fixent aux environs de 100 000 après 1960. Vers New York et les métropoles du Nord-Est se dirigent les Noirs des Carolines, de la Virginie, de la Géorgie et de l’Alabama ; vers Chicago et les cités qui bordent le Mississippi, les Noirs du Mississippi, du Tennessee, et de l’Arkansas ; vers Los Angeles et les autres villes de Californie, les Noirs du Texas, de la Louisiane, de l’Arkansas et du Mississippi. Non seulement plus de la moitié des Noirs vivent en dehors des États du Sud, mais 70 p. 100

d’entre eux sont des citadins — contre 64 p. 100 des Blancs. Ils constituent un cinquième de la population de New York, de Pittsburgh ou de Kansas City, un tiers de celle de Chicago, de Philadelphie ou d’Oakland, près de la moitié de celle de Detroit, de Baltimore, de La Nouvelle-Orléans, de Birmingham ou de Richmond, plus de 50 p. 100

de celle de Newark (New Jersey), de Gary (Indiana) ou d’Atlanta, 71 p. 100

de celle de la capitale fédérale. La tendance ne fera que s’accentuer, qui transformera bon nombre de grandes villes en cités à majorité noire.

Comme les immigrants le faisaient avant eux, les Noirs ont tendance à se regrouper dans le même quartier. Faute de revenus suffisants, ils s’installent dans les logements les plus anciens.

Locataires ou sous-locataires, ils n’assurent pas l’entretien des immeubles ou des maisons, qui, bien vite, se transforment en taudis (slums), encombrés d’ordures, infestés de rats, dépour-

vus souvent du confort que l’on juge élémentaire aux États-Unis, toujours loués à des prix proportionnellement plus élevés que ceux des logements des Blancs. S’ils parviennent à atteindre un niveau de vie supérieur, ils éprouvent les plus grandes difficultés à quitter le ghetto : l’intimidation, les menaces, la politique des agents immobiliers les découragent de venir habiter un quartier blanc. Et, s’ils le font malgré tout, les Blancs vendent leurs maisons, et le ghetto s’étend. Tandis que les Blancs se réfugient dans les banlieues, le centre des villes (downtown) est de plus en plus abandonné aux Noirs.

Le niveau de vie des Noirs est

plus bas que celui des Blancs ; quand les uns disposent en moyenne de

6 520 dollars par famille et par an, les autres ont un revenu de 10 000 dollars.

Près d’un tiers des familles noires de deux personnes au moins vivent dans la pauvreté, contre 8 p. 100 des familles blanches ; l’aide publique, le welfare, joue dans les ghettos un rôle primordial. Ce dénuement s’explique d’abord par le chômage, deux fois plus élevé chez les Noirs, qui exercent des métiers peu qualifiés, fortement soumis aux variations de la situation économique. Il résulte aussi de la désunion fréquente des familles noires. En 1966, 25 p. 100

d’entre elles — mais de 23 à 32 p. 100

à Cleveland, de 36 à 39 p. 100 à Watts, dans l’agglomération de Los Angeles

— étaient, en l’absence du père, à la charge de la mère, qui occupait géné-

ralement un emploi fort mal rémunéré et ne pouvait compter que sur un seul salaire pour nourrir ses nombreux enfants.

Des solutions ?

Les Noirs ont-ils échoué, alors que les Italiens, les Irlandais, les Juifs et bien d’autres groupes d’immigrants parvenaient à gravir les marches de la réussite sociale ? En fait, ils sont arrivés dans les grandes cités au moment où les besoins en main-d’oeuvre non qualifiée diminuaient considérablement ; ils ont dû aussi assumer un passé très lourd : ni l’esclavage ni la ségrégation ne les ont préparés à la société industrielle et individualiste de notre siècle ; ils se sont souvent heurtés et se heurtent en-

core à des pratiques discriminatoires.

D’ailleurs, deux générations seulement ont connu les conséquences de l’exode rural, alors qu’il a fallu aux Juifs deux ou trois générations, aux Italiens et aux Irlandais trois ou quatre générations pour atteindre leur niveau actuel. Dans les vingt dernières années, les Noirs ont sensiblement amélioré leur sort : la proportion des familles noires disposant d’un revenu annuel inférieur à 3 000 dollars (valeur 1969) s’établissait à 57 p. 100 en 1947, à 40,5 p. 100

en 1960 et tombait à 20 p. 100 en 1969 ; celle des familles disposant de 5 000 à 10 000 dollars passait, pour les mêmes années, de 15 à 29 p. 100, puis à 37 p. 100. Il existe une bourgeoisie noire, composée de médecins, d’avocats, de pasteurs, d’hommes d’affaires, voire d’entrepreneurs de pompes fu-nèbres ; 35 p. 100 des enseignants de Chicago, 39 p. 100 de ceux de Cleveland, 53 p. 100 de ceux de Baltimore, 55 p. 100 de ceux d’Atlanta sont