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signification relative, car le véritable

problème est posé par l’irrégularité des précipitations. Tantôt il tombe 500, voire 700 mm de pluies en quelques mois, puis la sécheresse s’installe de façon imprévisible : 5, 10 ou 15 mois sont sans précipitations notables. Les sécheresses marquées qui arrivent tous les cinq ou dix ans, sans régularité, provoquent des drames allant jusqu’à la mort du bétail et l’obligation pour les hommes de fuir leur terre en de longs cortèges d’émigrants cheminant à pied, les retirantes, bien connus de la littérature et de la sculpture brésiliennes.

La mise en valeur agricole

Cette nature contrastée a fait l’objet de deux modes de mise en valeur durant l’époque coloniale. La zone humide est devenue le centre de la culture de la canne à sucre et le lieu d’implantation des villes, Salvador, Recife, Fortaleza.

L’intérieur, après avoir été le domaine des Indiens (les premiers esclaves), devint, à la suite de la disparition des tribus et du métissage, le lieu d’installation de grandes fermes d’élevage fournissant à la fois les bêtes de trait et la viande à la zone des plantations.

Cette dernière portait des cultures dites

« nobles », au sein de grandes proprié-

tés, de plus en plus travaillées par des esclaves souvent importés d’Afrique.

Ce rôle important des esclaves durant l’époque coloniale et le XIXe s. (l’esclavage n’ayant été aboli qu’à la fin du siècle dernier) explique la très forte proportion de Noirs et de métis de Noirs dans cette partie du Brésil. Celle-ci groupait, jusqu’au milieu du XIXe s., la moitié de la population brésilienne ; aujourd’hui, elle en abrite moins du tiers, comptant tout de même près de 30 millions d’habitants pour l’ensemble du Nordeste au sens large. Durant le XIXe s., puis le XXe s., l’essentiel de la richesse brésilienne, plantations de café et surtout industrialisation, s’est concentré dans le Sud-Est, tandis que le Nordeste restait dans le cadre de l’économie et des structures traditionnelles héritées de l’époque coloniale. Aussi retrouve-t-on aujourd’hui les zones décrites ci-dessus. Dans la région de la forêt prédomine encore la culture de la canne à sucre. Il s’y ajoute, dans le sud de l’État de Bahia, celle du cacao, développée à partir de

la fin du XIXe s. D’autre part, la crise récente de la canne à sucre a entraîné, dans ce même État, quelques tentatives de conversion de cette monoculture en cultures d’hévéas, qui demeurent toutefois encore expérimentales. Dans la zone de transition, la production des cultures vivrières destinées à l’approvisionnement des grandes villes du littoral s’est accentuée ; dans cette partie du Nordeste s’opposent des zones de trop petites propriétés où vivent difficilement des paysans issus d’anciens esclaves installés là après l’abolition de l’esclavage, et des zones de grandes propriétés où se pratique un élevage laitier. Enfin, en dépit de quelques secteurs de culture du coton, l’inté-

rieur reste essentiellement le domaine de l’élevage extensif, pratiqué dans de très grandes propriétés de 10 000, voire 20 000 ha et même davantage.

Cette structure en grands domaines se retrouve dans la zone de la canne à sucre sous deux formes : il s’agit tantôt d’anciennes fermes traditionnelles de 2 000 à 3 000 ha, tantôt de zones de plantations regroupées autour d’une usine traitant la canne à sucre et qui atteignent entre 10 000 et 15 000 ha.

Mais, quelle que soit la forme de ces grandes propriétés, les relations de travail opposent le propriétaire, individu ou société, à un prolétariat agricole très pauvre. Autrefois la rémunération consistait uniquement dans le droit, pour l’ouvrier, de s’installer sur un petit lopin de terre de la ferme pour y construire une cabane et pratiquer downloadModeText.vue.download 303 sur 625

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quelques cultures vivrières. Maintenant, le travail est en général rémunéré par un salaire en argent, mais qui demeure extrêmement faible et ne permet qu’un niveau de vie misérable. L’habitat rural, dans l’ensemble du Nordeste, aussi bien dans la zone humide que dans la zone de transition ou la zone de sécheresse, est le reflet de cette misère et consiste en de simples cabanes faites de troncs d’arbres, de terre séchée et de feuillages.

Une part importante de la population

rurale de plus de six ans est analphabète, et le taux de mortalité infantile demeure élevé. La misère est d’abord le résultat de la structure traditionnelle de la production ; il ne s’y ajoute qu’un facteur supplémentaire et épisodique dans l’intérieur, quand une sécheresse particulièrement accentuée provoque l’émigration du prolétariat rural déjà très misérable.

Les villes

Les trois grandes villes sont des ports créés initialement pour servir de lien entre la colonie et la métropole portugaise : Salvador et Recife dépassent maintenant le million d’habitants, seuil dont Fortaleza approche. Elles concentrent l’essentiel des activités du tertiaire supérieur, maisons de commerce, banques, services de santé, universités. Grâce à un effort récent du gouvernement, elles connaissent actuellement un certain développement industriel, qui tente de résoudre le problème du sous-emploi. Pourtant, leur potentiel de production, non négligeable, semble presque dérisoire au regard de l’ensemble de l’économie et de la population de la région. En effet, la misère et la pression démographique de l’intérieur provoquent de grandes migrations vers ces villes, et une accumulation de gens pauvres qui dépasse de beaucoup les possibilités d’emplois du milieu urbain. Aussi les « bidonvilles » se multiplient-ils et portent-ils des noms significatifs : « invasões » à Salvador, « mocambos » à Recife. Dans cette dernière ville, approximativement le tiers de la population active n’a pas d’emploi permanent. En dehors de ces trois cités, le Nordeste compte un certain nombre de villes moyennes. Ce sont parfois d’anciens ports qui exercent toujours une fonction de capitale administrative, mais se sont trouvés en dehors des grands foyers de concentration de la vie économique moderne : tel est le cas de la ville d’Aracaju, capitale de l’État de Sergipe, ou celui de Maceió, capitale de celui d’Alagoas.

Ce sont encore des villes de l’intérieur qui constituent des relais des grandes cités portuaires. C’est le cas en particulier des villes de foire, où le bétail est

concentré avant son acheminement vers les zones de consommation des plaines downloadModeText.vue.download 304 sur 625

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littorales, les plus célèbres étant Feira de Santana à 120 km à l’intérieur de l’État de Bahia, au nord-ouest de Salvador, et Caruaru dans l’État de Pernambouc, à l’ouest de Recife. Éparses sur l’ensemble du Nordeste, de nombreuses petites villes constituent enfin des centres locaux dont les quelques magasins et bazars témoignent, par leur aspect et la nature des produits qu’ils offrent, de la pauvreté générale des habitants de leur zone d’influence.