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cieux qu’ils détenaient, leurs transactions commerciales étant réglées à partir d’un poids-étalon bien défini, auquel le système monétaire n’est substitué qu’au Xe s. seulement. Ainsi se trouve sans doute expliquée l’absence des monnaies carolingiennes dans les sites datant du IXe s.

Les sources onomastiques et

linguistiques

D’une importance fondamentale pour l’étude des peuplements, les sources onomastiques ne peuvent être exploitées que grâce à l’établissement d’inventaires critiques de l’anthroponymie et de la toponymie, qui existent en Angleterre, alors que seule l’étude des noms de personnes a été renouvelée en Normandie grâce aux travaux de Jean Adigard des Gautries. Quant aux sources linguistiques, elles n’ont été encore réellement exploitées que dans les pays anglo-saxons et celtiques.

Les facteurs de

l’expansion normande

La surpopulation, qui entraîne une incontestable faim de terres, une éventuelle mais discutable dégradation climatique, une pression possible mais contestée de voisins puissants, enfin et surtout la recherche de nouveaux débouchés commerciaux ayant pour

cause et pour conséquence la quête de l’or et de l’argent « aux dépens d’un continent riche, mal défendu et facile à exploiter » (Albert d’Haenens), tels sont les facteurs principaux des grandes expéditions normandes. Chaque ex-pédition débouche sur une opération financièrement positive : levée d’un tribut aux dépens des vaincus, tel Charles le Chauve, qui doit verser 7 000 livres en 845 pour obtenir l’évacuation de Paris, tels les marchands de Dorestad et de Quentowic, lourdement frappés respectivement en 834-837 et en 841 et 844, tels les Frisons, également imposés ; réduction à l’esclavage, dans des buts spéculatifs, de nombreux habitants des régions envahies, destinés soit à alimenter les marchés d’esclaves nordiques, tels les Francs de Paris capturés en 857, soit à être libérés aussitôt contre le versement d’une forte rançon,

tel le petit-fils de Charlemagne, Louis, abbé de Saint-Denis, fait prisonnier en 858 ; pillage fructueux des abbayes, tel celui dont est victime Saint-Bertin le 25 avril 891.

Les Normands et la guerre

L’instrument de la conquête : le bateau y Long en moyenne de vingt à vingt-cinq mètres, large de trois à six mètres, muni de quinze à seize paires de rames, doté enfin d’un gouvernail latéral, ainsi que le révèlent les navires d’apparat dans les tombes royales de Tune, de Gokstad et surtout d’Oseberg près d’Oslo, le snekkja est un bateau non ponté qui possède une poupe et une proue ornées de figures fantastiques auxquelles il doit indûment le nom de drakkar.

C’est un bateau léger, ayant un faible tirant d’eau et par conséquent facile à échouer sur la plage, qui bénéficie de trois progrès considérables réalisés au VIIe et au VIIIe s. : l’adoption de la voile rectangulaire, l’amélioration de la quille et le bordage à clin. Le snekkja, qui est sans doute très confortable, possède des qualités nautiques exceptionnelles le rendant aussi apte à la navigation maritime qu’à la navigation fluviale ; il peut, sans rupture de charge, assurer le transport au coeur du pays ennemi d’un équipage de quarante à cent personnes auquel il sert de camp mobile, d’entrepôt d’armes, de produits alimentaires et de butins, ainsi que d’instrument de retraite en cas d’urgence. Mais il est tout aussi capable de franchir les océans sans dévier de sa route en recourant à des moyens astronomiques admirablement maîtrisés par les Scandinaves.

L’adaptation à la guerre continentale Les Normands mobilisent sans doute des effectifs peu nombreux, de l’ordre de trois cents à quatre cents combattants repré-

sentant l’équipage de trente à quarante snekkja, utilisent (à la seule exception de la grande hache de combat) un armement sorti pour l’essentiel des ateliers francs (épée longue à deux tranchants, poignard, bouclier, arc, javelot, casque de cuir) ou imité des machines de guerre franques (triple bélier fait de madriers ; chat, ou galerie protectrice de bois recouvert de cuir frais ; mantelet, abritant trois ou quatre combattants ; catapulte, projetant

des pierres). En fait, ils doivent leurs victoires continentales à leur exceptionnelle aptitude à s’adapter aux conditions d’un combat terrestre se déroulant loin de leurs bases maritimes et fluviales : organisation d’une cavalerie déjà dotée de l’étrier, qui leur permet des déplacements rapides ; installation, sur les rives des fleuves ou dans des îles, de camps fortifiés à l’abri desquels ils peuvent fabriquer leur machine de guerre, réparer et fourbir leurs armes, entreposer nourriture, fourrage, bé-

tail et autres butins (Saint-Florent-le-Vieil, Jeufosse et en 885 Saint-Germain-l’Auxer-rois près de Paris, etc.) ; pratique d’une guerre d’embuscade visant à surprendre l’adversaire en l’attaquant de préférence un dimanche ou un jour férié, tel Paris as-sailli le matin de la fête de Pâques en 858 ; recours au feu pour semer la panique tout en détruisant les fortifications de l’adversaire (Paris le 27 nov. 885) ou les ponts par lesquels il maintient ses communications avec l’extérieur (Paris le 2 févr. 886).

Conséquences

Ainsi s’expliquent les étonnants succès remportés par les forces normandes dans toute l’Europe, la crainte superstitieuse qu’ont éprouvée les Francs à leur égard, car ils ont vu en eux de redoutables barbares inspirés par le génie du mal et dont Dieu s’était fait un instrument pour les punir de leurs péchés.

Les deux étapes de

l’expansion normande

La première vague migratoire

(VIIIe s. - début du Xe s.)

La colonisation rurale par les Norvé-

giens des Shetland (v. 700) leur permet d’orienter dès lors leur expansion dans deux directions. Vers le sud-ouest, les Orcades, puis le nord de l’Écosse (Sutherland, Caithness) sont l’objet d’une semblable colonisation et servent de base à la conquête territoriale des Hébrides, de l’île de Man, du Lancashire et même de l’Irlande, où Dublin (v. 838), puis Limerick, Wex-ford, Waterford et Cork sont occupées et érigées en points d’appui fortifiés destinés à servir de base d’abord à une pénétration jamais réalisée de l’inté-

rieur de l’île, ensuite à des raids le long des côtes atlantiques de la Gaule et

surtout le long de celles de l’Espagne (sac de Séville en 844), du Maroc, de la Provence et de l’Italie en 859-862.

En direction du nord-ouest, l’occupation des Shetland permet également aux Norvégiens d’étendre leurs entreprises de colonisation aux Féroé à partir de 800 environ, puis à l’Islande, atteinte vers 860 et peuplée à partir de 890 par l’aristocratie norvégienne hostile à la montée du pouvoir royal dans leur pays d’origine.

Attirés essentiellement par les

vastes espaces atlantiques, les Norvé-

giens ont donc abandonné aux Danois et aux Suédois le soin de pénétrer le continent.

Menacés par la conquête carolin-

gienne de la Nordalbingie, contre laquelle ils édifient un rempart de terre, le Danevirke, les Danois prennent à revers l’empire de Charlemagne, en portant leur principale attaque sur ses côtes septentrionales et occidentales et subsidiairement contre celles de l’Angleterre orientale et méridionale à partir de 810.

Un moment freinée par la construction d’une flottille de défense côtière exécutée sur l’ordre de Charlemagne, la pénétration normande de l’Occident par voie fluviale reprend au lendemain de la mort du souverain en 814. Avec elle débute le temps des pillages.

En 834-837, Dorestad est mise à sac ; en 841, la Seine, en 845, l’Elbe sont remontées par les flottes normandes.

En fait, le maintien en Germanie d’une assez forte autorité royale épargne à l’intérieur de ce pays les conséquences les plus graves de ces invasions et en détourne les forces principales vers la Gaule, victime de la grande invasion des années 856-862. Rouen est pillée, un camp fortifié est établi dans l’île de Jeufosse sur la Seine en 856, Paris est incendié en 857 et Noyon mis à sac en 859 avec d’autant plus de facilité que, jusqu’à cette date, les héritiers de Charlemagne ont autorisé la poursuite du démantèlement des enceintes urbaines.