(musée du Havre). Si Claude Monet*
n’est pas normand de naissance, il l’est par élection. Le XXe s. a donné Raoul Dufy*, Othon Friesz, Léger*, Braque*, les frères Duchamp*. Mais son oeuvre essentielle est du domaine architectural : il lui a fallu restaurer, voire reconstruire des cités entières, témoin Caen et surtout Le Havre, entièrement renouvelé par Auguste Perret*.
Les arts appliqués
Le travail du bois est brillamment re-présenté en Normandie, qui conserve dans la cathédrale de Bayeux l’un des plus anciens meubles français, une armoire du XIIe s., autrefois peinte.
La sculpture des stalles capitulaires de Bourg-Achard, celles de la cathé-
drale de Rouen, chef-d’oeuvre entrepris par Philippe Viart en 1457, celles de Gaillon (en partie remontées dans le choeur de Saint-Denis), le grand « lit de justice » d’Argentelles (Orne), que possède le musée de Philadelphie, le splendide plafond caissonné, aujourd’hui perdu, du palais de justice de Rouen montrent une inépuisable fantaisie dans l’emploi tant du formulaire gothique flamboyant que du nouveau répertoire italien. La simplicité noble du XVIIe s. est heureusement représentée à Caen par les belles boiseries de l’ancien réfectoire de l’abbaye aux Hommes. Enfin, le talent des menui-siers normands est bien connu aussi par leurs armoires habilement sculptées.
D’intéressants vitraux du Moyen
Âge subsistent à Saint-Maclou et
Saint-Ouen de Rouen (sans parler de la cathédrale), à Évreux, à Caudebec-en-Caux, à Notre-Dame-de-la-Couture de Bernay, à Conches-en-Ouche, etc., la Normandie étant, notamment au XVIe s., une région importante de production.
Les métiers d’art fleurissent : à Gisors, au XVIIe s., c’est une manufacture de tapisseries, à Rouen un atelier de cuirs gaufrés, peints et dorés. Dès le deuxième quart du XVIe s., Masséot Abaquesne dirige à Rouen une faïencerie prospère, dont, en 1644, Edme Pote-rat († 1687) renouvellera l’activité. Les céramiques rouennaises offrent non seulement des pièces de vaisselle, mais des ouvrages d’exception : les bustes des Saisons du Louvre, les globes cé-
leste et terrestre du musée de Rouen.
Fameuses sont les dentelles à l’aiguille d’Alençon, qui, en 1685, occupaient huit mille praticiennes ; elles étaient imitées dès 1675 par Argentan.
Caen et Bayeux, par contre, exécutaient aux fuseaux des dentelles de soie rivalisant avec celles de Chantilly.
G. J.
F Angleterre / Caen / Calvados / Cent Ans (guerre de) / Cherbourg / Évreux / Guillaume le Conquérant / Havre (Le) / Henri II Plantagenêt /
Manche / Normands / Orne / Philippe II Auguste /
Rouen / Seine (la) / Seine-Maritime.
E. G. Léonard, Histoire de la Normandie (P. U. F., coll. « Que sais-je ? », 1944 ; 4e éd., 1972) ; Les Études normandes (Bayeux, 1944).
/ M. Mollat, le Commerce maritime normand à la fin du Moyen Âge (Plon, 1952). / R. Musset, la Normandie (A. Colin, 1960). / C. Fré-
gnac, Merveilles des châteaux de Normandie (Hachette, 1966). / L. Musset, la Normandie romane (Zodiaque, la Pierre-qui-vire, 1967).
/ B. Champigneulle, Promenades en Normandie (A. Balland, 1969). / A. Frémont, l’Élevage en Normandie. Étude géographique (Fac.
des lettres, Caen, 1969 ; 2 vol.). / R. Jouet, la Résistance à l’occupation anglaise en Basse-Normandie, 1418-1450 (Musée de Normandie, Caen, 1969). / M. Foisil, la Révolte des Nu-pieds et les révoltes normandes de 1639 (P. U. F., 1970). / Y. Christ, Métamorphoses de la Normandie (Balland, 1971). / M. de Boüard (sous la dir. de), Histoire de la Normandie (Privat, Toulouse, 1970) ; Documents de l’histoire de la Normandie (Privat, Toulouse, 1972).
Normandie
(bataille de)
Ensemble des opérations menées par les forces alliées après leur débarquement du 6 juin 1944 sur la côte normande, qui provoqueront la rupture de la défense allemande et les conduiront en moins de trois mois jusqu’au coeur de la France.
L’opération Overlord
Le 12 février 1944, le général Eisenhower* était officiellement investi à Londres du commandement en chef
des forces expéditionnaires alliées
« destinées à libérer l’Europe des Allemands ». Sa mission était ainsi définie : « Vous pénétrerez sur le continent européen et en liaison avec les autres nations unies vous entreprendrez des opérations dont l’objectif est le coeur de l’Allemagne et la destruction de ses forces armées... Une fois assurée la possession des ports convenables sur la Manche, l’exploitation sera menée en vue de l’acquisition d’une zone favorisant les opérations terrestres et aériennes contre l’ennemi. » Il était
entendu que cette opération, baptisée Overlord, serait appuyée par une offensive des troupes soviétiques sur le front oriental et qu’un débarquement secondaire dans le sud de la France serait opéré par les forces alliées du théâtre Méditerranée. À la suite de la conférence de Casablanca (janv.
1943), un état-major anglo-américain, dit COSSAC, avait établi un projet de débarquement de vive force sur les côtes françaises de Normandie. Dès janvier 1944 commence la préparation aérienne d’Overlord par les bombardements massifs des points sensibles sur toute la profondeur du théâtre occidental, exécutée par le Bomber Command de la R. A. F. (Marshal A. T. Harris) et par la 8e Air Force américaine du géné-
ral J. H. Doolittle. Au même moment, Eisenhower donne au plan d’Overlord sa forme définitive ; il porte notamment de 3 à 5 le nombre des divisions d’assaut et étend la zone de débarquement, limitée d’abord à la bande côtière Courseulles-Grand-Camp, au secteur compris entre Quinéville (côte est du Cotentin) et l’embouchure de l’Orne. Une conséquence fut de reporter la date du jour J du 1er mai au début de juin, délai rendu nécessaire par le rassemblement des moyens navals
supplémentaires correspondant à cette augmentation d’effectifs, la date exacte du débarquement étant fonction de la marée et de la météorologie. Bientôt sont rassemblées en Grande-Bretagne 75 divisions (1 750 000 Britanniques et 1 500 000 Américains) et 20 millions de tonnes de matériel. Eisenhower a pour adjoint le maréchal de l’air anglais Arthur Tedder (1890-1967) et pour chef d’état-major le général Walter Bedell Smith (1895-1961) ; Montgomery* commande les forces
terrestres (Ire armée US Bradley*, IIe armée britannique Miles Dempsey
[1896-1969]), le maréchal de l’air Trafford Leigh-Mallory les forces aé-
riennes (11 000 avions dont 3 500 forteresses volantes et 5 000 chasseurs), l’amiral Bertram Ramsay (1883-1945) les forces navales, qui réunissent plus de 4 000 bâtiments de transport et de 1 000 navires de guerre.
Du côté allemand, le commande-
ment est exercé par von Rundstedt, qui dispose de 58 divisions dont 9 blindées (1 600 chars), réparties en deux
groupes d’armées, celui de J. Blas-kowitz de la Loire à l’Italie et celui downloadModeText.vue.download 318 sur 625
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 14
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de Rommel* des Pays-Bas à la Loire (P. C. La Roche-Guyon), qui, protégé par le mur de l’Atlantique, réunit 35 divisions. C’est sa VIIe armée (Doll-mann, Q. G. Le Mans) et spécialement le 84e corps, installé avec 3 divisions de Caen à Carentan, qui va recevoir le choc de l’assaut allié.
Le plan de campagne d’Eisenhower
comprenait, avec l’appui d’éléments aéroportés, la création de cinq têtes de pont entre Ouistreham et Saint-Martin-de-Varreville, capables d’accueillir les troupes de renfort destinées à la conquête des premiers objectifs : Caen, Bayeux, Isigny, Carentan et Cherbourg. Il était prévu de mettre ensuite la main sur la Bretagne, puis de pousser sur la Seine et d’en franchir le cours en libérant Paris. La bataille de Normandie se déroulera à peu près exactement suivant ce plan.