6-11 juin 1944,
débarquement et
formation des
têtes de pont
Du 2 au 6 juin, toutes les fortifications côtières allemandes entre le Pas-de-Calais et Cherbourg sont attaquées par les bombardiers américains. Le 4, à 21 h, le général Eisenhower fixe au 6 juin le jour J ; aussi, dans la nuit du 5 au 6, un millier de bâtiments de guerre escortant ou protégeant 4 126 navires de transport ou de débarquement ayant à leur bord les 5 divisions d’assaut, prennent le large. Au même moment, 1 600 avions et 510 planeurs enlèvent 3 divisions aéroportées : 2 américaines, les 82e (Ridgway) et 101e (Taylor), en tout 15 000 hommes, sont larguées dans la région de Carentan-Sainte-Mère-
Église pour s’assurer des ponts du Mer-deret ; une britannique, la 6e (Gale), de 8 000 hommes, doit coiffer les ponts entre la Dives et l’Orne et détruire la batterie côtière allemande de Merville.
Dans le secteur américain, l’assaut est exécuté autour de 6 h 30 sur les plages Utah (Saint-Martin-de-Varreville) et Omaha (pointe du Hoc), dans le secteur britannique sur les plages Gold (Arromanches), Juno (Courseulles) et Sword (Lion-sur-Mer, Riva-Bella), où combat le commando de fusiliers marins fran-
çais du commandant Philippe Kieffer.
Camouflés par un rideau de fumée, protégés par les tirs de l’artillerie navale et des roquettes des LCT, appuyés au plus près par la chasse aérienne, les navires de débarquement lancent les unités d’assaut à la conquête des plages sous le feu de la défense allemande.
Le 6 au soir, après des combats
acharnés, 57 000 Américains et
75 000 Britanniques ont pris pied sur la côte française, tandis que les unités aéroportées, qui ont dû surmonter de nombreuses difficultés et affronter de sérieuses résistances (à la batterie de Merville notamment), se rassemblent dans leurs zones respectives. Les Allemands ont été complètement surpris ; leurs communications sont disloquées et, malgré l’insistance de Rommel, les Panzer tenus en réserve n’ont pas été engagés, car von Rundstedt s’attend à un autre débarquement dans la région du Pas-de-Calais. Cependant, tous les objectifs n’ont pas été atteints : il n’y a pas de jonction entre les Britanniques et les Américains, qui, eux-mêmes, n’ont pu réaliser le contact entre Utah et Omaha, où la situation reste pré-
caire. Des poches allemandes résistent, un immense travail de nettoyage reste à entreprendre. Le 7 juin, les unités d’Omaha progressent lentement et
réalisent près de Port-en-Bessin leur jonction avec les Britanniques de Gold.
Ceux-ci s’emparent le jour même de Bayeux intact, qui, le 14, recevra le général de Gaulle. Le 9, les Américains sont à Isigny et se battent autour de Montebourg. Le 11 enfin, un front continu est établi sur la ligne nord de Caen - Bayeux - Isigny - Montebourg, à l’abri duquel 325 000 hommes ont pu débarquer grâce aux rades (gooseberries) et ports (mulberries) artificiels créés à Martin-de-Varreville, Courseulles, Ouistreham et surtout à Saint-Laurent-sur-Mer et à Arromanches.
Le port artificiel
d’Arromanches
Le développement de l’opération Overlord exigeait pour les Alliés la possession rapide d’un port et ne pouvait être subordonné à la prise incertaine de celui de Cherbourg (que les destructions allemandes rendront par ailleurs inutilisable au lendemain de sa libération). Aussi, les côtes du Calvados ne comportant pas de base portuaire, le commandement allié décidait-il de créer de toutes pièces deux ports artificiels, ou mulberries, l’un à Arromanches dans le secteur britannique, l’autre à Saint-Laurent-sur-Mer dans le secteur américain. Ce dernier ayant été totalement bouleversé par une violente tempête dès le 19 juin, seul celui d’Arromanches fut réalisé et mis en service dès le début de juillet 1944.
Le port d’Arromanches, constitué d’élé-
ments préfabriqués et acheminés d’Angleterre par convois, comprenait :
— un brise-lames flottant formé de gros cylindres en caoutchouc de 70 mètres de long sur 5 mètres de diamètre
(bombardons) ;
— des jetées faites de navires sacrifiés ; lestés de ciment, coulés par 5 mètres de fond environ (corncobs) ; elles équipèrent également dès le 10 juin les rades artificielles (ou gooseberries) de Saint-Martin-de-Varreville, Courseulles et Ouistreham (où sera coulé le vieux cuirassé français Courbet de 22 000 t) ;
— une ceinture de cubes de béton, dits
« phénix », remorqués à travers la Manche et coulés pour doubler les corncobs (les plus importants des phénix mesuraient 65 mètres de long, 20 de haut et 18 de downloadModeText.vue.download 319 sur 625
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol.14
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large, soit un déplacement d’environ 6 000 t) ;
— des quais d’accostage constitués par des caissons métalliques (70 mètres de long et 20 de large) ancrés au fond, mais suivant le mouvement de la marée (whales) ;
— des routes flottantes supportées
par des flotteurs (bettles) reliant les quais au rivage. Entre le 6 et le 16 juin, 557 000 hommes, 81 000 véhicules et 186 000 tonnes de matériel transitèrent par les gooseberries et les mulberries.
Un plan très exact du port d’Arromanches a été reconstitué au musée de la ville en souvenir du débarquement de 1944.
11 juin - 25 juillet,
l’élargissement
de la tête de pont
Les premières réactions allemandes affectent le secteur est du front, où 700 chars interdisent aux Britanniques la conquête de Caen. Pour la Ire armée américaine de Bradley, qui se heurte toujours à une résistance opiniâtre dans le secteur de Montebourg, il s’agit d’atteindre au plus vite le port de Cherbourg en isolant la presqu’île du Cotentin. Saint-Sauveur-le-Vicomte, puis Barneville et la côte ouest sont atteints les 16 et 17, Montebourg le 19, Valognes le 20. Le 26, après cinq jours de bombardements terrestres, navals et aériens, les forces allemandes de Cherbourg (45 000 hommes) capitulent après avoir détruit toutes les installations portuaires. Faisant alors face au sud, Bradley s’empare le 8 juillet de La Haye-du-Puits, tandis qu’une puissante offensive de Dempsey libère enfin Caen en ruine le 9 juillet. La tête de pont est maintenant solidement constituée sur un front continu qui va de Caen à Lessay, mais Saint-Lô n’est libéré que le 18 juillet. Ce front de 140 km offre aux Alliés des arrières suffisamment profonds pour réaliser la mise en place, entre le 10 et le 25 juillet, d’un dispositif d’attaque, aisément alimenté par le million d’hommes et les 200 000 véhicules qu’Eisenhower a fait débarquer depuis le 6 juin. Entre l’île de Wight et Cherbourg, un pipe-line de 112 km est immergé, qui débite bientôt plus de 1 000 m3 de carburant par jour. Le 4 juillet, von Rundstedt a été remplacé par von Kluge, mais ce dernier ne dispose plus maintenant que de 35 divisions, d’inégale valeur et qui
sont quasi totalement dépourvues de soutien aérien.
25 juillet - 15 septembre
la rupture du front
allemand
Après une puissante préparation aé-
rienne, la Ire armée américaine passe à l’offensive le 25 juillet. Alors que les Britanniques ne peuvent déboucher de Caen, les Américains s’emparent de Coutances le 28, de Granville le 30 et d’Avranches le 31, ouvrant ainsi une brèche dans le dispositif allemand. La IIIe armée américaine du général Patton*, jusque-là maintenue en réserve et dans les rangs de laquelle combat à partir du 1er août la 2e division blindée française de Leclerc*, s’y engouffre aussitôt. Le 2 août, 4 divisions blindées déferlent vers le sud, libérant Dinan le 3, Rennes le 5, Laval le 6, Vannes le 7
et Le Mans le 9. Le 10, Leclerc est à Alençon, et les Américains à Chartres.