À la mort de Sigurd, en 1130, les querelles dynastiques vont affaiblir le pouvoir royal. C’est l’Église, bien organisée en 1152 selon l’idéal de la réforme grégorienne, qui reste la puissance essentielle ; ses clercs formés à Paris essaient d’extirper les survivances du paganisme barbare et de le remplacer par l’idéal chevaleresque.
L’Église s’efforce ensuite de rétablir l’autorité royale en procédant, en 1163, au premier sacre en la personne de Magnus V Erlingsson, qui va s’intituler
« roi par la grâce de Dieu ».
Sverre Sigurdsson (1180-1202)
impose aux nobles comme aux clercs l’obéissance au pouvoir royal ; il lutte par les armes contre le parti ecclésiastique et met ses agents à la tête des provinces. À partir du règne de son petit-fils, Haakon IV Haakonsson (1223-1263), la Norvège fait figure de grand État et n’a rien à envier aux autres royautés occidentales.
Haakon réconcilie l’Église et le pouvoir, fixe sa capitale à Bergen, rétablit son autorité sur les îles de l’Atlantique (Féroé, Orcades, Shetland) ainsi que sur l’Islande et le Groenland, entretient des relations suivies avec les autres princes chrétiens, particulièrement avec le roi d’Angleterre Henri III et la
ville de Lübeck, avec lesquels il signe des traités de commerce.
Le règne de son fils Magnus VI
Lagaböte (le Législateur) [1263-1280]
marque l’apogée de la grandeur nor-végienne : la législation et l’administration sont régularisées, et l’urbanisation encouragée. C’est l’époque aussi où fleurissent les plus belles sagas. En 1266 toutefois, au traité de Perth, le roi doit abandonner au roi d’Écosse, Alexandre III, l’île de Man et les Hé-
brides. En 1277, un statut confirme la prépondérance d’une nouvelle classe sociale, la noblesse, qui n’a plus rien de commun avec celle des anciens seigneurs fermiers du haut Moyen Âge.
Sous les successeurs de Magnus,
le pouvoir monarchique doit compter avec les intérêts de l’aristocratie et des Hanséates. Le conseil du roi, en effet, formé de grands seigneurs laïques et ecclésiastiques, s’oppose à toute activité du pouvoir central qui menace ses intérêts ; les riches marchands de la Hanse* qui établissent leur suprématie économique sur le pays (création du comptoir de Bergen en 1343) agissent de même, et les bourgeois norvégiens voient leurs intérêts sacrifiés à ceux de ces étrangers.
La peste noire qui ravage l’Europe est particulièrement meurtrière en Norvège : on estime que près des deux tiers de la population ont péri du fléau (1349). Des campagnes entières se dépeuplent et, faute de bras, elles ne sont plus mises en valeur. Des émigrants suédois, danois et allemands envahissent le royaume, tandis que la pauvreté et la récession économique s’étendent sur le pays pour plusieurs siècles. Cette crise explique en grande partie l’affaiblissement politique de la Norvège, qui va bientôt disparaître, en tant que pays indépendant, de la scène politique. Au même moment, ses établissements extérieurs disparaissent au Groenland, où les populations scandinaves s’éteignent au XVe s. ou bien se détachent de la métropole (Islande).
Il est probable aussi que la disparition des seigneurs paysans du haut Moyen Âge, armature politique et
sociale de la Norvège, au profit d’une
noblesse à l’occidentale, a eu des conséquences graves pour l’évolution du pays. Ces divers facteurs expliquent que, dans l’Union des pays scandinaves, la Norvège sera finalement surclassée par les deux autres royaumes : le Danemark et la Suède.
Le Moyen Âge :
le temps de l’union
(1387-1523)
Le roi Haakon V Magnusson (1299-
1319), qui n’a pas de fils, a marié sa fille Ingeborg à un prince suédois ; leur fils Magnus VII Eriksson devient successivement roi de Norvège (1319-1343) et de Suède (1319-1363) ; son fils Haakon VI Magnusson obtient
à son tour la couronne de Norvège (1343-1380), mais il est évincé en Suède par Albert de Mecklembourg ; il épouse la fille du roi de Danemark, downloadModeText.vue.download 324 sur 625
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 14
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Marguerite, et leur héritier Olav V
règne sur le Danemark (1375) et la Norvège (1380). À sa mort, en 1387, Marguerite de Danemark, sa mère,
se fait reconnaître reine et rétablit les droits de son mari en Suède (1389). En 1396, elle fait proclamer son petit-neveu Erik de Poméranie souverain des trois royaumes, dont l’union est consacrée à Kalmar en 1397.
Mais l’initiative politique revient vite au Danemark, qui attribue aux Danois les terres, les offices et les évêchés norvégiens. Un courant xénophobe se développe, et des révoltes paysannes éclatent en Norvège dans la région d’Oslo sous la direction d’Amund Sigurdsson en 1436 ; deux ans plus tard, Hallvard Graatopp conduit un nouveau soulèvement.
Toutefois, après que la Suède a
retrouvé son indépendance avec Gustave Vasa (1523) et jusqu’en 1814, la Norvège va être gouvernée par les rois de Danemark. L’armée et la flotte norvégiennes dépérissent, la langue nationale elle-même est remplacée par le danois, des Allemands exploitent ses
côtes et s’emparent de son commerce, tandis que des Danois sont nommés aux hautes charges du pays.
Dans le sillage
du Danemark
La Réforme et l’établissement
d’une économie moderne (1523-
1660)
Le Danemark supprime en 1536 le
Conseil d’État norvégien, et la noblesse locale, d’ailleurs peu nombreuse, est dépossédée au profit des seigneurs danois qui s’établissent dans le pays.
Lorsque le roi Christian III (1534-1559) impose le luthéranisme (1536), ce sont eux qui profitent également du partage des biens de l’Église norvé-
gienne, laquelle possède une richesse énorme représentant le tiers des terres du royaume.
L’archevêque de Trondheim, Olav
Engelbriktsson, se met à la tête de la résistance politique et religieuse contre les décrets du roi de Danemark, mais, en 1537, cette opposition s’effondre et l’évêque de Bergen lui-même passe à la Réforme. L’Église luthérienne n’en demeurera pas moins, durant longtemps, une Église étrangère imposée par la force ; cette situation explique qu’elle ne suscitera pas en Norvège, à l’exemple de ce qui se passera au Danemark et en Suède, un renouveau culturel ; au contraire, on enregistrera dans ce domaine une décadence qui ne fera que s’accentuer.
Dans le commerce, les Hollandais
remplacent les Hanséates. Grâce à leurs techniques et à leurs capitaux, ils développent l’économie, surtout l’exploitation des forêts. L’industrie du bois (usage de la scie hydraulique) prospère, les forêts côtières et celles de l’intérieur dont les bois descendent vers le littoral par flottage sur les ri-vières fournissent de grandes quantités de bois qui sont exportées en Europe.
L’industrie de la pêche (harengs, morues, baleines) grandit également sous l’influence des techniques nouvelles importées par les Anglais et les Hollandais, et Bergen devient le centre
principal du marché du poisson. Les rois de Danemark, à la fin du XVIIe s.
surtout, s’emploient à promouvoir l’industrie minière : mines de fer à Kristiansand, d’argent à Kongsberg, de cuivre à Røros.
Au XVIIe s., la Norvège est entraînée dans des conflits européens ; sous le règne de Christian IV (1588-1648), elle perd le Jämtland et le Härjedalen (paix de Brömsebro, 1645) au profit de la Suède ; puis sous Frédéric III (1648-1670) elle doit abandonner Trondheim et le Bohuslän (paix de Roskilde
[1658]) ; sa population est alors tombée à moins d’un demi-million d’habitants.
Le retour de la prospérité (1660-