1814)
L’établissement au Danemark et en Norvège de l’absolutisme monarchique par le roi Frédéric III (1648-1670) est favorable à la Norvège ; la noblesse danoise y perd ses privilèges, et la bourgeoisie profite des progrès de l’urbanisation, qui accélère la concentration de l’artisanat et du commerce. En outre, une réglementation commerciale édictée en 1662 accorde privilèges et monopoles à une douzaine de villes.
Néanmoins, le Danemark impose à la Norvège l’exclusivité de l’importation de ses céréales.
Une des décisions les plus impor-
tantes pour l’histoire future de la Norvège est celle de vendre, à partir de 1660, une partie des terres de la Couronne pour faire face aux dépenses militaires. Les paysans achètent ces terres et voient leur condition s’améliorer ; ainsi, au milieu du XVIIIe s., on compte dans le pays deux fois plus de paysans propriétaires que de fermiers.
Cette évolution continue dans la
seconde moitié du siècle, les paysans poursuivent la conquête de la terre et, au début du XIXe s., les trois quarts de celle-ci seront entre leurs mains ; mais à côté d’eux, cependant, tout un prolétariat rural aux conditions de vie précaires s’est également développé, exploité très durement par les paysans propriétaires. Cette situation provoque des révoltes paysannes au XVIIIe s., en 1764 et en 1786 notamment.
L’économie norvégienne prend un réel essor au XVIIIe s. Les bois de construction sont de plus en plus réclamés par les chantiers navals, les villes d’Angleterre, des Provinces-Unies et de France ; Christiania (Oslo) est le centre de leur exportation. Les métaux et les poissons, dont le commerce se fait toujours à Bergen, s’exportent aussi en grande quantité.
Toute une série de mesures contribuent dans les dernières années du XVIIIe s. à assurer la prospérité commerciale : abolition du monopole des grains danois en Norvège (1788), libé-
ralisation de l’exploitation forestière (1795), allégement du tarif douanier (1797). L’importance du trafic commercial explique l’accroissement de la marine et la prospérité des chantiers navals. La neutralité du pays durant les guerres du XVIIIe s. (guerre de Sept Ans, guerre de l’Indépendance américaine) profite aussi à sa marine, et, au début du XIXe s., avec plus de 10 000 marins, celle-ci surpasse celle du Danemark.
Les « lumières » pénètrent en Nor-vège avec l’établissement de la Société scientifique de Trondheim (1760), la création à Christiana d’une université par souscription publique (1811) et le renouveau de la littérature nationale.
Le sentiment national va se trouver considérablement renforcé du fait de la situation internationale. Le Danemark, attaqué par une escadre britannique, a abandonné sa neutralité pour se rallier à Napoléon. Le Blocus* continental est durement ressenti en Norvège, qui, coupée du Danemark et en proie à la misère, voit toutes ses classes sociales, paysans, marchands et fonctionnaires, exalter les idées nationales et se détacher de la monarchie danoise.
Le chef de ce mouvement, le comte Herman Wedel Jarlsberg, offre même la couronne à un prince suédois,
mais la mort de ce dernier en 1810
ne permet pas au projet d’aboutir. En 1812, le nouvel héritier du trône de Suède, le maréchal Bernadotte (futur Charles XIV*), obtient du tsar la promesse de la Norvège en échange de son alliance contre Napoléon.
L’union avec la Suède (1814-1905)
Vers la démocratie et
l’indépendance
Le 14 janvier 1814, au traité de Kiel, Frédéric VI, roi de Danemark, cède la Norvège à la Suède tout en conservant ses possessions d’outre-mer (Islande, Groenland, Féroé). Les Norvégiens, que l’on a oublié de consulter, dénoncent aussitôt l’accord et réclament le droit de déterminer eux-mêmes leur sort. Le chef de la résistance est le prince héritier du trône de Danemark, Christian-Frédéric, cousin de Frédé-
ric VI. L’Assemblée nationale réunie à Eidsvoll (Eidsvold) élit le prince Christian-Frédéric roi de Norvège et adopte une constitution (17 mai 1814).
Mais Bernadotte franchit la fron-
tière avec des troupes supérieures en nombre, et le 14 août, à la convention de Moss, Christian-Frédéric renonce au trône et cesse les hostilités. Toutefois, la résistance de la Norvège n’a pas été inutile, car la Constitution d’Eidsvoll est reconnue par la Suède. L’Union est enfin acceptée : les deux États constituent chacun « un royaume libre et indépendant sous un même roi ». Le 4 novembre 1814, le souverain sué-
dois devient roi de Norvège. Selon la Constitution, le pouvoir législatif et la levée des impôts appartiennent à l’Assemblée, ou Storting, le roi possédant l’exécutif.
L’Union ne sera pas heureuse, et
les Norvégiens, dans leur immense majorité, ne l’accepteront jamais. Le Storting mène une lutte sourde contre les souverains suédois : suppression de tous les titres nobiliaires héréditaires en 1821, célébration de l’anniversaire du 17 mai qui entraîne une émeute en 1829, demande en 1836 de l’égalité avec la Suède en matière de politique étrangère, etc.
À plusieurs reprises, en 1844, en 1871 et en 1895, on essaie de modifier les termes de l’acte d’Union, mais en vain, car les deux parties ne peuvent se mettre d’accord. Des élections donnent, à partir de 1860-1870, la pré-
pondérance politique à la gauche, qui prend pour cible la prérogative royale
et ne songe qu’à renforcer le plus possible les pouvoirs du Storting.
Le chef de la gauche, Johan Sver-
drup (1816-1892), oblige le roi
Oscar II (1872-1905) à reconnaître le régime parlementaire en Norvège et à le nommer lui-même Premier ministre (1884). Le Parlement devient ainsi tout-puissant et instaure des réformes downloadModeText.vue.download 325 sur 625
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol.14
7768
libérales : organisation du parti social-démocrate en 1887, institution du jury, suffrage universel (1898), etc.
La Norvège, après toutes ces innovations, n’a plus guère de commun avec la Suède que sa politique étrangère.
Aussi les Norvégiens vont-ils demander l’instauration d’un ministre des Affaires étrangères propre, sans pression de la diplomatie suédoise ; puis les chefs de la gauche réclameront pour la Norvège la représentativité diplomatique, c’est-à-dire la nomination de consuls norvégiens.
Cette affaire entraîne la rupture avec la Suède. En mars 1905, le Storting vote la création d’une diplomatie sépa-rée. Le roi Oscar II refusant d’entériner la loi, le gouvernement norvégien démissionne. Le roi n’admet ni la dé-
mission ni la formation d’un autre gouvernement ; alors le Storting déclare le 7 juin 1905 que la royauté a cessé de fonctionner en Norvège et fait part de sa volonté d’obtenir la complète indé-
pendance pour sa patrie.
L’épreuve de force est évitée : un plébiscite ratifie en Norvège la dissolution de l’Union (13 août), et, après les entretiens de Karlstad (31 août 1905) entre les deux pays, la Suède reconnaît l’indépendance de la Norvège (27 oct.). Le prince Charles, petit-fils du roi Christian IX de Danemark et gendre d’Édouard VII d’Angleterre, devient alors roi de Norvège sous le nom de Haakon VII le 18 novembre
1905.
Transformations économiques
Le développement économique atteint en Norvège des proportions remarquables. Plus que les chemins de
fer, dont le tracé est entravé par les accidents du relief (première ligne Oslo-Eidsvoll en 1854, liaison Oslo-Trondheim en 1880, Oslo-Bergen en 1909), c’est l’augmentation du tonnage de sa flotte qui est spectaculaire ; dès la fin du XIXe s., la marine norvégienne est la troisième du monde, et le pourcentage des bateaux à vapeur représente, en 1900, 64 p. 100 de son tonnage.
Le bois reste une des ressources essentielles ; la vapeur et l’amélioration du flottage amplifient cette industrie, qui est relancée au XXe s. par la fabrication de la pâte à papier. L’exploitation des gisements de fer en Laponie et la modernisation de la pêche, de la chasse de la baleine, qui prennent un essor considérable à partir de 1890 (Spitzberg, Antarctique), sont les deux autres aspects de cette révolution industrielle, caractérisée aussi par l’accroissement des entreprises (64 p. 100 entre 1897