L’établissement de la première respiration marque l’indépendance physiologique du nouveau-né vis-à-vis de sa mère. Il correspond à la survenue de réflexes multiples, dont le déroulement
doit s’effectuer rapidement pour que l’anoxie ne se produise pas. Le retard de la première respiration et du premier cri est souvent dû à la simple obturation des voies respiratoires hautes. C’est un phénomène sans gravité, pourvu que les gestes nécessaires soient faits en temps voulu, sans hâte excessive et sans brutalité.
Dans d’autres cas, plus rares, l’absence ou le retard de la première respiration est le signe d’une atteinte nerveuse préexistant à l’accouchement ou consécutive à un travail dystocique. La situation est plus grave ; l’anoxie intra-utérine retardant l’établissement de la première respiration, il se forme un cercle vicieux redoutable, qui aggrave la situation déjà compromise.
Ajustement circulatoire
La première grande respiration aspire le sang vers les poumons, ouvrant pour la première fois le circuit pulmonaire.
La ligature du cordon coupe, quelques minutes après, le circuit ombilical. En même temps, le trou ovale du coeur (entre les oreillettes) et le canal arté-
riel (entre aorte et artère pulmonaire) se ferment fonctionnellement, et la prolifération conjonctive commence à transformer en cordon plein la veine ombilicale et les artères ombilicales.
Ajustement sanguin
Le nouveau-né naît avec un nombre excessif de globules rouges. Un certain nombre d’entre eux vont être détruits rapidement, pour ramener le chiffre à un taux normal de 4,5 à 5 millions par millilitre. Le nouveau-né présente souvent, par ailleurs, une tendance aux hémorragies, en rapport avec l’immaturité de son foie, encore incapable de synthétiser les facteurs de coagulation*, comme la proconvertine et la prothrombine.
Ajustement alimentaire
Le foetus recevait dans l’utérus des éléments nutritifs déjà digérés. Le nouveau-né va être obligé de téter, de déglutir et de digérer lui-même. Ces ré-
flexes délicats de succion et de déglutition peuvent être perturbés. Pendant les trois ou quatre premiers jours de sa vie,
le nouveau-né expulse par l’anus une matière visqueuse couleur vert bou-downloadModeText.vue.download 337 sur 625
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol.14
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teille, le méconium, mélange de bile, de débris épithéliaux et de mucus.
Autres fonctions
Le rein doit adapter son fonctionnement à des conditions particulières et transitoires de l’équilibre de l’eau et des électrolytes pendant la chute de poids physiologique. Les urines sont claires et d’abondance croissante.
La température du nouveau-né est
de 37,8 °C à la naissance. Elle baisse dans les heures qui suivent jusqu’à 36
et même 35 °C, puis remonte entre le premier et le quatrième jour, pour atteindre 37 °C. L’instabilité thermique est l’une des caractéristiques du nouveau-né, particulièrement sensible aux conditions extérieures.
Vers le 5e ou le 6e jour de la vie apparaissent parfois des modifications génitales isolées, qui constituent la « crise génitale » du nouveau-né (tuméfaction mammaire, augmentation passagère du volume des testicules, protrusion de la vulve avec petit suintement sanglant).
Cette crise génitale est de cause hormonale, mais son interprétation reste encore discutée.
Réanimation
du nouveau-né
La naissance représente un instant particulièrement dangereux dans la vie de l’individu. Bien que l’accouchement soit par essence un acte naturel, ses perturbations peuvent conduire à des désordres graves et compromettre lourdement l’avenir du nouveau-né.
La respiration et le cri immédiats sont également le témoignage de l’heureux accouchement.
Or il arrive que le nouveau-né apparaisse, immédiatement après sa naissance, privé de motilité spontanée et de cette manifestation la plus évidente
de la vie qu’est la respiration. Cependant, le sang circule, et les battements cardiaques, bien que faibles, irréguliers et lointains, sont perceptibles.
La vie se cache derrière l’apparence de la mort ; c’est ce que l’on appelle l’« état de mort apparente du nouveau-né ». Malheureusement, dès que le nouveau-né est à l’air libre et que sa circulation foeto-placentaire est interrompue, il est indispensable que sa respiration s’établisse rapidement. Tout retard dans l’oxygénation du cerveau risque de compromettre celui-ci très gravement. Il faut donc réaliser dans les trois minutes les gestes simples qui vont permettre de suppléer aux fonctions respiratoires et circulatoires dé-
faillantes, et de corriger les désordres acido-basiques consécutifs au manque d’oxygène (anoxie). Ces gestes sont les suivants : désobstruer et aspirer les sé-
crétions qui gênent le rhino-pharynx ; insuffler les poumons avec de l’oxygène à l’aide d’un appareil muni d’un masque, d’un ballon, d’une soupape et d’un branchement d’oxygène (si cette ventilation au masque n’est pas efficace au bout de trois minutes, on pratique une intubation trachéale et on ventile par le tube d’intubation) ; injecter par la veine ombilicale une solution de bicarbonate pour corriger l’acidose sanguine qui bloque la vascularisation pulmonaire et empêche l’utilisation de l’oxygène.
Dans certains cas, la situation est encore plus critique, car les battements cardiaques ne sont plus perçus ou sont très lents. Aux manoeuvres précé-
dentes, il convient d’ajouter un massage cardiaque externe pour remplacer le travail du coeur et assurer le transport de l’oxygène jusqu’au cerveau.
L’état du nouveau-né à la naissance s’apprécie maintenant à partir d’un test dit score d’Apgar, confrontation de cinq critères cotés de 0 à 2 (fréquence cardiaque, respiration, tonus musculaire, couleur et réactivité aux stimula-tions), qui permettent d’avoir une estimation correcte de la situation. Quand le total dépasse ou est égal à 7, on peut dire que l’enfant est dans une situation favorable ; quand le score est entre 2
et 7, il est nécessaire de procéder à des manoeuvres de réanimation.
Les nouveau-nés à opérer d’urgence
La chirurgie du nouveau-né connaît depuis vingt ans un développement considérable. Nombre de malformations, autrefois incompatibles avec la vie, sont devenues curables, à condition que le nouveau-né soit mis dans des conditions optimales de diagnostic et de traitement sans aucun retard.
D’autres échappent encore malheureusement, pour l’instant, aux possibilités thérapeutiques.
Détresses respiratoires
Certaines sont en rapport avec une anomalie curable chirurgicalement.
y L’atrésie de l’oesophage est une malformation aérodigestive comportant un segment supérieur de l’oesophage borgne et un segment inférieur s’abouchant dans la trachée. Le diagnostic en est fait devant un aspect cyanotique (bleu) du nouveau-né,
avec salivation abondante et gêne respiratoire. Une sonde introduite dans l’oesophage s’arrête à 8 ou 10 cm.
L’intervention chirurgicale donne environ 50 p. 100 de succès.
y Les hernies des coupoles diaphragmatiques permettent, dès la première inspiration du nouveau-né, l’engagement soudain du contenu abdominal dans le thorax. La radiographie objective ce refoulement cardiaque et fait le diagnostic. Ces hernies imposent une intervention d’urgence.
y La glossoptose (chute de la langue en arrière) et l’inclusion de la langue dans les fosses nasales déterminent des troubles respiratoires et de la dé-
glutition. Le risque de mort subite est très grand. L’enfant doit être mis en procubitus (à plat ventre) et conduit en milieu chirurgical, où l’on maintiendra la langue soit avec un appareil métallique, soit par une glossopexie (fixation chirurgicale).
Occlusions intestinales
Les occlusions intestinales du nouveau-né peuvent relever d’une imper-