la mer et le Jourdain, d’autre part, peut être le pays de Canaan, avec ses ports secondaires de Gaza, d’Ascalon et de Jaffa. Le fait majeur, qui apparaît avec évidence sur cette nouvelle « carte », est l’importance de la Syrie et de la Phénicie, débouchés vitaux du Proche-Orient : Assyrie et Babylone à l’est, Hatti et Mitanni au nord, Égypte au sud ; c’est pourquoi la préoccupation essentielle de ces États sera d’abord la domination du Retenou et la mainmise sur les ports phéniciens. Cela entraî-
nera, secondairement, toute une série d’intrigues et d’alliances (toujours remises en question) avec les petits États, sans grande puissance, mais stratégiquement bien placés : l’Amourrou, qui couvre la Phénicie, au nord ; l’Arzawa et le Kizzwatna (ou Kizzouwatna), qui séparent le Hatti de la mer ; le Naharina et le Nouhassé, qui empêchent les débouchés maritimes directs du Mitanni. L’Assyrie et Babylone demeurant alors pacifiques, les principaux acteurs — militairement préparés — de ces conflits et jeux d’intrigues seront, dans un premier temps, l’Égypte, le Mitanni et le Hatti, meneurs de la politique internationale sous la XVIIIe dynastie. Dans un second temps (à partir de la XIXe dynastie), le monde égéen participera au concert, cependant que, menaçante, s’élèvera la puissance assyrienne. L’Égypte est contrainte de sortir hors de ses frontières et d’orienter sa politique vers la Méditerranée.
Conquête et organisation
d’un Empire
En 1580 av. J.-C., Ahmosis, remontant victorieusement de Thèbes, s’empare d’Avaris, poursuit les Hyksos jusqu’à Sharouhen (place forte de Palestine méridionale), qu’il conquiert après un siège de trois ans. Achevant la conquête militaire, il descend en Nubie, où, en trois campagnes, il rétablit la suzeraineté égyptienne jusqu’à Toskeh (30 km en aval d’Abou-Simbel). Chef d’armée énergique, il se révèle aussi administrateur avisé ; il place les territoires nubiens sous l’autorité d’un vice-roi,
« fils royal, chef des pays du Sud », émanation directe du souverain de Thèbes, (son fils d’abord et, par la suite un grand personnage de son entourage immédiat) ; c’est un haut-commissaire
permanent résidant dans le pays même.
Ahmosis ordonne et réorganise son royaume, restaure les temples, crée des sanctuaires dans la capitale. Il rend aussi à l’Égypte sa prospérité économique, en renouant des relations « protectrices » avec les ports phéniciens. Il se proclame également le « souverain des Haou-nebout » (habitants de la mer Égée), les marchands des îles lui ayant spontanément apporté tribut pour pouvoir commercer librement avec les villes du Delta. En Crète, l’étalon de valeur égyptien, le deben d’argent de 90 g, supplante alors les poids et mesures babyloniens.
Les successeurs directs d’Ahmosis (qui meurt vers 1558 av. J.-C.) poursuivent méthodiquement son oeuvre.
Des campagnes militaires affirment la conquête de la Nubie : Aménophis Ier atteint Tombos (en aval de la troisième cataracte), avance extrême qu’assurera Thoutmosis II dès la première année de son règne (1520) en matant une révolte locale. (Le fils d’un chef nubien est, pour la première fois, amené à la cour de Thèbes, pour y recevoir une éducation égyptienne, procédé qui va se généraliser et sera aussi, plus tard, un fait romain.) Des expéditions armées maintiennent également la mainmise sur l’Asie : Aménophis Ier atteint l’Euphrate, qui, désormais, sera considéré comme la frontière septentrionale avancée de l’Empire thébain ; Thoutmosis Ier l’assure, au cours de deux campagnes, la protection égyptienne sur le Retenou et le Naharina et dresse la première stèle frontière. De Tombos jusqu’à l’Euphrate, l’empire d’Égypte couvre une aire considérable.
Mais de graves questions dynas-
tiques vont se poser au cours des an-nées qui vont suivre. Aménophis Ier n’ayant eu que deux filles de son mariage avec sa soeur, Thoutmosis Ier (fils d’une concubine) légitime son accession au trône en épousant l’aînée de celles-ci. Thoutmosis II, dans des conditions identiques, doit épouser la princesse Hatshepsout (l’une des deux filles royales de Thoutmosis Ier).
Un problème analogue se présente de nouveau à sa mort (v. 1505) : même solution — le jeune Thoutmosis III*
(fils d’une concubine) épouse l’une
des filles royales ; mais le prince est encore un enfant, et Hatshepsout (sa tante et belle-mère) est ambitieuse et, sous couvert de régence, elle usurpe le pouvoir pendant vingt-deux ans.
Pour légitimer cette usurpation, elle instaure la première théogamie officielle : elle se proclame fille charnelle du dieu Amon-Rê, qui l’aurait ainsi destinée au trône. Manoeuvre dangereuse, car elle donne au clergé thébain un puissant moyen d’action sur la monarchie. Le grand-prêtre Hapouseneb devient un des favoris de la cour et accède même à la charge de vizir, et les clercs d’Amon acquièrent un pouvoir temporel, dont les prédécesseurs de la reine s’étaient toujours justement dé-
fiés. En longs bas-reliefs, les scènes de cette théogamie sont représentées sur les parois du temple funéraire de Deir el-Bahari (construit par l’habile Senen-mout). Autre danger : la reine Hatshepsout — si elle envoie au pays de Pount une expédition commerciale (célèbre également par d’autres bas-reliefs de Deir el-Bahari) — ne peut mener de campagne militaire. Le roi du Mitanni, désireux alors d’obtenir le contrôle de la Syrie septentrionale (la région située downloadModeText.vue.download 339 sur 625
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entre Alep et Karkemish est, en effet, au-delà de l’Euphrate, le débouché normal de son pays sur la Méditerranée —
de plus, qui la détient peut exercer l’hé-
gémonie sur toute l’Asie antérieure), en profite pour mener secrètement une grande coalition, qui groupe 330 chefs de Palestine et de Syrie, avec à leur tète le prince de Kadesh (ville sur l’Oronte, au sud d’Alep).
Mais, en 1484 av. J.-C., à la mort d’Hatshepsout, Thoutmosis III monte effectivement sur le trône d’Égypte.
Grand capitaine, stratège avisé, il dirige en personne dix-sept campagnes en Asie, dont les événements sont rap-
portés dans les Annales sculptées dans le grand temple d’Amon-Rê, à Karnak.
Il dissout d’abord la coalition rebelle, reconquiert le Retenou (prise de Megiddo) et remonte jusqu’à Tyr, puis, pendant trois ans, chaque année, au cours de tournées d’inspection, il manifeste par sa présence la suzeraineté égyptienne et recueille les tributs. Dans une seconde phase, il entend donner à cet Empire la sécurité, en lui rendant la frontière de l’Euphrate et en abattant la dangereuse puissance mitannienne : la mainmise ferme sur la côte, la prise de Kadesh, l’incursion en Mitanni en assurent la réalisation. Au sud, on ne trouve la mention d’une campagne en Nubie qu’en la cinquantième année du règne. Thoutmosis III atteint proba-downloadModeText.vue.download 340 sur 625
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blement Napata (quatrième cataracte).
Son prestige est alors considérable dans le monde oriental ; les provinces africaines et asiatiques lui paient régu-lièrement tribut, et les États voisins (Babylone, l’Assyrie, le Hatti, l’Égée, les Cyclades) lui apportent spontané-
ment des cadeaux en hommage. Les
richesses affluent à Thèbes pour la prospérité intérieure de l’Égypte et la gloire d’Amon-Rê, divinité des victoires guerrières, dieu d’Empire.
Thoutmosis III est aussi un sagace administrateur. Tout d’abord, il sait réorganiser et rénover son armée, désormais auxiliaire indispensable du pouvoir ; cette armée se développe (service militaire obligatoire, enrô-