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lement de corps de mercenaires dans tous les pays conquis) et se différencie : à côté de l’antique infanterie et des corps d’archers, la charrerie fait son apparition (nouvel instrument tactique des batailles). La marine accroît ses effectifs : navires-combattants, navires-étables, navires-écuries, cargos (de l’Asie au Soudan transportant les produits de l’Empire).

Thoutmosis III est surtout le véritable fondateur d’une organisation

rationnelle des terres conquises. Deux zones distinctes apparaissent. La Nubie* africaine, d’une part, est placée sous administration coloniale. Le vice-roi est représenté par un lieutenant dans chacune des deux circonscriptions nouvellement établies : pays de Ouaouat (jusqu’à la deuxième cataracte), pays de Koush (de la deuxième à la quatrième cataracte) ; il dispose de fonctionnaires égyptiens qui administrent sur place le trésor, les troupes, les greniers ; il a tout pouvoir sur les chefs indigènes. Et une politique systématique d’égyptianisation se développe dans ces régions : Bouhen (à la hauteur de la deuxième cataracte) joue le rôle de capitale (comprenant le palais du vice-roi et des temples) ; les cultes égyptiens sont introduits dans le pays : le vice-roi, assisté d’un « directeur des prêtres de tous les dieux », implante des sanctuaires profondément dans le Sud (à Kalabcheh, Sedeinga, Soleb [sous Aménophis III]...). Les provinces d’Asie, d’autre part, sont régies très différemment : en effet, là, le roi d’Égypte a affaire à un ensemble de terres étendues, d’une inappréciable valeur économique (relais de caravanes de l’intérieur des terres, ports aux puissantes flottes marchandes, vastes plaines fertiles) et ayant déjà des traditions autonomes de gouvernement (républiques urbaines ou principautés). Laissant à chaque entité politique son indépendance, Thoutmosis III les

« couvre » d’un cadre administratif qui les répartit formellement en une série de districts placés sous les ordres de gouverneurs égyptiens. Cette division ne constitue, en fait, que la structure fiscale des États vassaux et facilite la perception des tributs assignés.

Des rapports juridiques de protection s’établissent, placés sous la garantie des dieux (égyptiens et asiatiques), l’alliance des divinités sanctionnant, celle des princes. La permanence des relations est soutenue de diverses manières, notamment par la création d’une poste royale et les visites que, chaque année, le souverain de Thèbes rend à ses précieuses provinces d’Asie.

Aménophis II, qui succède à son

père en 1450 av. J.-C., maintient énergiquement cette oeuvre admirable. Il réprime implacablement deux révoltes

du Retenou, remontant jusqu’à Ougarit et Kadesh. Et le roi du Mitanni, Shaus-htatar, signe alors avec lui un traité de

« fraternité et de paix », lui laissant tous les territoires situés au sud de l’Oronte, avec l’Amourrou et Kadesh.

Mettant fin à ce long duel d’influences mitanno-égyptien, la puissance mitannienne s’incline.

L’Empire pacifique

Succession sans histoire de père à fils, aucune mention de campagne asiatique, quelques rares expéditions ré-

pressives en Nubie : la dynastie égyptienne est ferme sous Thoutmosis IV et Aménophis III (de 1425 à 1372 av. J.-

C.), et l’Empire pacifique vit aisément, comblé de ses richesses.

Le développement des relations

internationales entraîne alors la naissance d’une diplomatie nouvelle, qui se substitue aux entreprises guerrières.

Les alliances défensives se multiplient (avec le Mitanni, Babylone) ; elles sont soutenues par des mariages politiques : Thoutmosis IV en inaugure la tradition en faisant d’une princesse mitannienne, Moutemouia, mère du

futur Aménophis III, la grande épouse royale. (Une Indo-Européenne, pour la première fois, s’allie à une dynastie sémitique, où la consanguinité est d’usage.) Aménophis III épouse la soeur, puis la fille du roi de Babylone, une fille du prince d’Arzawa, etc.

Ces mariages ont aussi l’avantage de dégager la monarchie de l’emprise du clergé d’Amon (à l’influence duquel Hatshepsout a trop cédé). Des accords financiers scellent les ententes ; le roi d’Égypte est le grand prêteur d’or de son temps : il prête à « ses frères », les rois du Mitanni, de Babylone, d’Assyrie, du Hatti — activité financière qui lui vaut un prestige considé-

rable. Fait isolé, semble-t-il, un traité commercial (exemptant des droits de douanes) lie Thèbes et le royaume d’Alasia (Chypre). Entre les Cours, des ambassadeurs circulent, chargés de missions courtoises ou politiques ; un protocole de formules et d’usages naît alors, la langue officielle étant l’akkadien (langue des villes du pays d’Akkad, dont Babylone est devenue la métropole).

La cour de Thèbes est le centre vers lequel convergent toutes les entreprises économiques et politiques de l’Orient, ainsi que la résidence d’une société aimable et aisée. Temples, palais et villas luxueuses s’étendent sur les rives du Nil : sur la rive droite, à Karnak, se dresse le grand temple d’Amon-Rê, puis, à quelques kilomètres en amont, celui qui fut bâti à Louqsor par Amé-

nophis III et dont la cour est ornée d’élégantes colonnes aux boutons de lotus. En face, sur la rive gauche du fleuve (peut-être pour s’éloigner ainsi des clercs de Karnak), s’élève le palais de ce souverain, à Malpata, au sud de Médinet Habou (où Ramsès III fera construire le sien) — relié par une chaussée à son temple funéraire (situé à 2 km au sud-ouest) et que seules dénoncent encore actuellement, à la lisière d’un champ, les statues royales dites « colosses de Memnon ». En son palais, le monarque reçoit, récompense, administre — aidé désormais de deux vizirs, l’un résidant à Thèbes, l’autre à Héliopolis... Au plus profond de la campagne, en bordure du désert dans la montagne de l’Occident, s’étend le site sauvage et se creusent les tombes en hypogée de la Vallée des Rois.

Dignitaires palatins et nobles familles résident en de confortables villas, ceintes de parcs, ombragées de sycomores et d’accacias. Au centre de la villa, dans un étang, fleuri de nénu-phars, s’ébattent poissons et oiseaux ; au-dessus du sous-sol (aménagé en magasins), se trouve l’étage d’habitation (salle de réception pourvue de divans, appartements privés au plus profond, parfois encore sis dans un étage supérieur) ; les plus riches maisons comportent des salles d’eau. Banquets parfumés de lotus, belles que l’on pare et que l’on sert, corps souples et graciles aux longues tuniques transparentes de lin pur, diadèmes floraux, bijoux de perles rares, jeux, musiques et danses : les peintures des tombes témoignent encore de ce monde léger, facile, disparu et qui a laissé des traces nostalgiques.

Le fleuve est le lieu d’une vie animée. Ce sont les parties de chasse et de pêche menées dans les marais des

rives, cependant qu’arrivent les navires apportant en la capitale les tributs du vaste Empire : lourds cargos phéniciens, voiliers cypriotes, crétois et égéens (qui avaient relâché dans l’île de Pharos, à l’ouest du Delta, où le génial Thoutmosis III avait déjà jeté les bases du premier port maritime de l’Égypte), transporteurs à fond plat, qui remontent le Nil depuis Napata, Ouadi-Halfa, Abou-Simbel. On échange des marchandises de tous les pays : des Syriens créent les premières banques de dépôt. Égypte joyeuse, indolente et comblée. Empire pacifique.

L’Empire est menacé par une rup-

ture de l’équilibre international. À

ce moment, en effet, la situation du Mitanni est très affaiblie à la suite d’une scission dynastique. Par contre, le roi Souppilouliouma, du Hatti, a su donner à son pays une position dominante en Asie, et son armée représente désormais une force considérable ; il cherche donc à s’ouvrir les voies du trafic international vers la mer et vers l’Euphrate. Il entre en campagne, envahit le Mitanni et conquiert Washou-ganni, puis, au sud, se rend maître de toute la Syrie jusqu’à l’Oronte. Amé-