gration systématique semble avoir été organisée par terre et par mer ; c’est un assaut désespéré : le royaume hittite est submergé, Chypre occupée, Karkemish conquise, les ports phéniciens sont pillés et saccagés (Ougarit est définitivement détruite), et l’effort des Peuples de la mer se porte alors tout entier vers l’Égypte et la richesse de la vallée du Nil. Tandis qu’une armée envahit le Delta par la route de Syrie, une flotte importante fonce vers les embouchures du Nil ; l’Égypte tient bon : à la frontière, l’armée des envahisseurs est repoussée ; sur mer, la flotte des émigrés est détruite dans les bouches du fleuve. Une coalition nouvelle se forme en Libye en l’an 5 du règne de Ramsès III ; les coalisés franchissent sur plusieurs points la frontière, mais, avant qu’ils aient pu faire leur jonction, Ramsès III les écrase et en fait un tel carnage qu’il se vante (dans un hymne triomphal à Médinet Habou) d’avoir anéanti les Peuples de la mer.
Conscient, cependant, du danger,
le roi porte au nord-est la défense du pays jusqu’à la Phénicie, reconquise.
Le choc définitif se produit en l’an 8 de son règne (1191) devant un port syrien.
Triomphe égyptien. Les Peuples de la mer se disloquent : Étrusques et Sicules partent alors vers l’Ombrie et la Sicile (?) ; les Philistins se maintiennent entre Gaza et le mont Carmel. Pendant trois ans encore, Ramsès III bataille en Syrie du Nord. Un nouvel assaut libyen atteint le royaume en l’an 9, mais, cette fois, il est brisé définitivement devant Memphis.
L’Égypte a pratiquement perdu
ses lointaines possessions asiatiques.
Mais, seule de l’ancien monde oriental, elle a conservé l’intégrité de ses forces matérielles, intellectuelles et morales grâce à son étonnant courage, qui a brisé toutes les invasions.
Des intrigues de palais assombrissent les dernières années de Ramsès III.
Sous ses faibles successeurs, l’autorité royale va se dégradant ; plus de tributs asiatiques et les finances sont piètres.
Le pouvoir chancelle lorsque Ram-
sès XI nomme grand prêtre d’Amon
l’énergique général Herihor. Il précipite la fin de la dynastie, qui s’achève
vers 1085 av. J.-C., quand Smendès prend la couronne à Tanis et Herihor à Thèbes... préludant de peu aux invasions étrangères de la Basse Époque.
Mais le génie propre de l’Égypte, dont témoigne une floraison littéraire caractéristique de cette époque exceptionnelle, demeure intact.
C. L.
F Amarna / Aménophis IV / Assyrie / Babylone /
Égypte / Hittites / Hyksos / Mitanni / Nubie / Phé-
nicie / Ramsès II / Syrie / Toutankhamon (trésor de) / Thoutmosis III.
nouvelle
Si certains genres littéraires, poème épique et tragédie par exemple, fixés depuis l’Antiquité se prêtent par là à une étude historique relativement aisée, il n’en est pas de même de genres plus récents, moins nettement définis dans leurs caractéristiques. C’est particulièrement le cas de la nouvelle.
Introduction
À l’époque romantique, le terme de nouvelle aurait pu prendre en France, sous l’influence de Hoffmann, de
Novalis ou d’Edgar Poe, le sens de
« conte fantastique ». Un peu plus tard, les oeuvres de Mérimée ou de Maupassant en avaient restreint l’emploi à la désignation de récits courts, réalistes, ordinairement dramatiques et se terminant par un événement surprenant.
À la limite, on pourrait être tenté de dire que toute nouvelle est conçue en fonction du dénouement. Mais il serait imprudent de prétendre imposer cette définition restrictive à l’histoire de la nouvelle.
Une autre difficulté tient au fait qu’on ne peut pas toujours se fier à l’étiquette — constituée ordinairement par le sous-titre — pour savoir quels ouvrages il convient de considérer comme des « nouvelles » à une époque donnée : c’est la continuité du genre qui nous amènera à négliger certains accidents de dénomination.
Histoire du mot
Comme les autres langues romanes, le
français possède depuis le Moyen Âge le mot novele au sens qu’il a dans « les nouvelles de Paris », « les nouvelles de l’étranger ». On lit par exemple dans la Chanson de Roland :
Seigneurs, dist Guenes, vus en orrez nuveles (vers 336). De là, on peut en arriver à désigner par novele le récit lui-même ; on est tenté d’interpréter ainsi ce passage du Chevalier au Lion, de Chrétien de Troyes :
Li uns racontoient noveles,
Li autre parloient d’amors (vers 11 et 12).
Ainsi, quoique l’on ne trouve en
ancien français aucun emploi de novele qui puisse être assimilé aux emplois modernes désignant un genre litté-
raire donné, il reste que, par la force des choses, ce mot subit une évolution qui, à côté du sens de « événement inconnu », lui confère celui de « récit d’un événement inconnu ». Aussi,
lorsqu’il a été introduit en France par l’auteur des Cent Nouvelles nouvelles (v. 1460), n’est-il pas surprenant qu’il s’y soit acclimaté dans le sens de son modèle italien, c’est-à-dire de « cas décrits et racontés », ainsi appelés downloadModeText.vue.download 343 sur 625
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol.14
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nouvelles suivant l’auteur, « pour ce que l’étoffe, taille et façon d’iceux est d’assez fraîche mémoire et de mine beaucoup nouvelle ».
La nouvelle à l’italienne
En fait de nouveauté, celle que peut revendiquer l’auteur des Cent Nouvelles nouvelles est plutôt de l’ordre de la forme que du fond. La plupart des sujets ne sont pas originaux. Sous d’autres noms, fabliaux, moralités, exempla, les genres narratifs brefs avaient connu une floraison brillante au Moyen Âge, et les nouvelles en reprennent les thèmes, qui sont, du reste, en général folkloriques. L’influence italienne, celle de Boccace et du Pogge notamment, est sensible tant dans le
mode de présentation des récits, mis chacun dans la bouche d’un narrateur individualisé et conçus comme un ensemble subdivisé en un certain nombre de sections (« journées »), que dans la nature de la « nouveauté », qui consiste dans un mot plaisant ou, plus largement, dans une « pointe » finale. Le sommaire de la quatorzième nouvelle en donne un exemple : « La quatorzième nouvelle de l’ermite qui déçut la fille d’une pauvre femme, et lui faisait accroire que sa fille aurait un fils de lui qui serait pape, et adonc, quand vint à l’enfanter, ce fut une fille, et ainsi fut l’embûche du faux ermite découverte, qui à cette cause s’enfuit du pays. »
Reprenant cette nouvelle, La Fon-
taine se montre fidèle à l’esprit de la nouvelle italienne en concentrant la pointe finale en un vers fameux : La señora mit au monde une fille.
Vers la nouvelle française
Le XVIe s. est en France un âge de conteurs. Rabelais insère dans son oeuvre bien des récits empruntés à la tradition des fabliaux et aux Cent Nouvelles nouvelles, et Noël du Fail, dans ses Propos rustiques (1547), fait conter à de vénérables paysans bons mots et anecdotes du temps passé. Ces oeuvres ne sont pas explicitement classées comme « nouvelles ». En revanche, les Nouvelles Récréations et joyeux devis, attribués à Bonaventure Des Périers (1558), et surtout l’Heptaméron, qui paraît après la mort de Marguerite de Navarre, dans une première version, en la même année 1558, se rattachent sans équivoque à la tradition italienne, Des Périers subissant surtout l’influence du Pogge et de Straparola († apr. 1557), et Marguerite celle de Boccace. Mais l’Heptaméron manifeste une évolution intéressante. Sérieuse de tempérament et de formation, Marguerite comprend que, comme l’a déjà montré Boccace avec sa Fiammetta, la passion amoureuse peut donner matière à autre chose qu’à la plaisanterie. Plusieurs de ses sujets n’ont plus rien de folklorique, comme l’histoire de Lorenzaccio,