Un genre nouveau s’est constitué, qui contient en lui l’avenir du roman fran-
çais pour un siècle au moins. La théo-
rie en fut faite dès 1683 par un auteur de nouvelles, le sieur Du Plaisir, dans un ouvrage intitulé Sentiments sur les lettres et sur l’histoire, avec des scrupules sur le style.
Fondée surtout sur les oeuvres de Mme de La Fayette, la thèse de Du Plaisir définit le « nouveau roman », ainsi qu’il l’appelle, en faisant alterner ce mot avec celui d’histoire, par la briè-
veté (un ou deux tomes), la vraisemblance matérielle et morale, un cadre moderne, une action « légère », mais permettant de « faire valoir une petite circonstance » par laquelle l’écrivain
« caractérisera fortement et d’une ma-nière sensible » les sentiments de ses personnages, l’insertion judicieuse de réflexions et de brèves maximes, enfin le détachement de l’auteur, que Du Plaisir appelle le désintéressement.
Histoire, conte et roman
au XVIIIe siècle
Il n’est plus guère question de nouvelles au XVIIIe s., mais d’histoires. Il s’agit d’un genre largement indigène, mais qui a subi l’influence des Histoires tragiques de Bandello dans leur adaptation française, de la nouvelle à l’espagnole et qui conserve souvent un trait caractéristique de la nouvelle à l’italienne, l’encadrement. Celui-ci peut, à l’exemple de l’Heptaméron, tisser entre les différentes « histoires »
des liens étroits — comme dans le beau recueil des Illustres Françaises (1713), de Robert Challes (1659 - v. 1725), chef-d’oeuvre oublié de l’art narratif français, qui porte en germe des oeuvres aussi diverses que celles de Prévost, de Laclos, de Balzac et de Stendhal — ou se limiter à une présentation initiale et
à quelques rappels de la situation du narrateur — comme l’Histoire du chevalier Des Grieux et de Manon Lescaut de l’abbé Prévost (1731), rattachée aux Mémoires et aventures d’un homme de qualité (1728-1731), ou l’« Histoire de Tervire » aux livres IX, X et XI de la Vie de Marianne de Marivaux. L’on voit par ces exemples que l’histoire n’est pas hétérogène au roman nouveau, puisqu’elle peut comporter les mêmes personnages, un cadre semblable et un style assez peu différent, quoique le narrateur soit ordinairement l’un des personnages et non le romancier. Quant au genre narratif bref, il ne disparaît pas, mais il faut le chercher sous le nom de conte. Contes de fées, contes orientaux, contes allégoriques, contes philosophiques fleurissent tout au long du siècle. Ils n’appartiennent pas en eux-mêmes à notre propos. Ce n’est qu’avec les Contes moraux de Marmontel (1763) que l’on pressent la renaissance d’un genre bref, dramatique, impliquant une pluralité d’oeuvres se faisant réciproquement valoir par certains contrastes de ton.
La nouvelle de Mérimée, celle de Maupassant se profilent au loin. Mais telle
est ici l’importance de la révolution romantique à l’échelle européenne que les nouveaux apports effacent presque l’image primitive du genre.
F. D.
F Conte.
G. Hainsworth, les « Novelas ejemplares »
de Cervantès et la France au XVIIe siècle (Champion, 1934). / B. von Wiese, Novelle (Stuttgart, 1963). / F. Deloffre, la Nouvelle en France à l’âge classique (Didier, 1968). / R. Godenne, Histoire de la nouvelle française aux XVIIe et XVIIIe siècle (Droz, Genève, 1970). / R. Thieber-ger, le Genre de la nouvelle dans la littérature allemande (Les Belles Lettres, 1970).
Nouvelle-
Angleterre
En angl. NEW ENGLAND, ensemble des États américains correspondant aux anciennes colonies anglaises fondées au XVIIe s. sur la côte atlantique des États-Unis : New Hampshire, Massachusetts, Rhode Island, Connecticut, Vermont et Maine.
Reconnue et baptisée par John Smith (v. 1579-1631), en 1614, la Nouvelle-Angleterre commença par être un refuge. En 1620, les pèlerins — pilgrims
— en rupture avec l’Église anglicane débarquèrent aux abords du Cap Cod et fondèrent la colonie de Plymouth. Dix ans plus tard, des puritains s’établirent, munis d’une charte royale, dans la baie du Massachusetts, bâtirent Boston et s’organisèrent politiquement sous la direction de John Winthrop (1588-1649). Riches et actifs, ils ne tardèrent pas à essaimer, par exemple dans la vallée de la Connecticut, à Hartford, à Windsor et à Wethersfield ; ces trois villes s’unirent en 1662 avec la colonie de New Haven pour former le Connecticut. Entre-temps, Roger Williams (v. 1603-1683), avait rompu avec les
puritains, acheté des terres aux Indiens près de l’actuelle Providence et créé le Rhode Island (1636). Au nord, le New Hampshire commençait à être mis en valeur ; en 1677, entre la Merrimack et la Kennebec, les Bostoniens ache-taient aux héritiers de sir Ferdinando Gorges (v. 1566-1647), le territoire du Maine. La Nouvelle-Angleterre comptait 92 763 habitants à la fin du XVIIe s.
et 571 038 à la veille de la Révolution, soit un peu moins de 30 p. 100 de la population coloniale. Le Massachusetts est, après la Virginie et la Pennsylvanie, la colonie la plus peuplée ; Boston, après Philadelphie et New York, est la cité la plus puissante.
Les puritains, ou congrégationa-
listes, constituent une secte dissi-dente de l’Église anglicane. Leur vie religieuse et leur système social sont réglés par les trois pactes, ou cove-nants : entre Dieu et l’homme, entre l’Église et ses membres, entre l’État et les citoyens. Ils n’éprouvent aucune inclination pour la tolérance : les quakers sont persécutés, les baptistes de Roger Williams pourchassés, et ceux que la rumeur publique accuse de sor-cellerie meurent, comme à Salem en 1692, sur le bûcher. Quant aux Indiens, ils sont combattus avec acharnement et bonne conscience, et expropriés sans ménagements.
Pour les puritains, l’inactivité est un péché : Dieu ne désigne-t-il pas ses élus en leur accordant la réussite matérielle ? Les terres, régulièrement divisées entre les membres de la communauté, ne portent pas de récoltes abondantes ; c’est donc le négoce qui enrichit. Le long des cours d’eau, des chantiers navals construisent des bateaux, dont une partie sera vendue aux Britanniques. De Boston ou de Salem partent vers les Antilles les vaisseaux qui transportent le rhum et rapporteront des esclaves, des sucres et mélasses, des produits manufacturés ; des flottilles de pêche quittent Nantucket et d’autres petits ports pour les côtes de Terre-Neuve.
L’éducation de l’esprit n’est nullement négligée. Dès leur arrivée en Amé-
rique, les puritains ouvrent des écoles primaires et secondaires ; en 1636, à
Cambridge, s’ouvre le premier collège universitaire d’outre-Atlantique, créé grâce aux fonds de John Harvard ; en 1701, à New Haven, s’ouvre un collège doté par Elihu Yale ; au XVIIIe s., un collège baptiste est fondé dans le Rhode Island (il deviendra Brown University), et Dartmouth College, dans le New Hampshire, est destiné, à l’origine, à l’éducation des Indiens.
Vis-à-vis de la métropole, les colonies de la Nouvelle-Angleterre disposent, de par leurs chartes, d’une large autonomie. À l’intérieur, le régime évolue rapidement vers une démocratie plus ou moins directe. Les habitants de la communauté, ou town, débattent de leurs affaires dans des réunions périodiques ; le droit de vote est largement répandu. Les premiers journaux paraissent à Boston, où les frères Benjamin et James Franklin* commentent, non sans difficulté avec le pouvoir politique, les nouvelles locales. Aussi, les événements qui surviennent après la guerre de Sept Ans (1756-1763) sont-ils suivis avec passion ; Boston et le Massachusetts se placent à l’avant-garde du combat pour l’indépendance.