D’abord ont été produites les machines pour le développement de l’agriculture sibérienne (et dont l’activité a été multipliée avec le défrichement des
« terres vierges ») ; c’est l’entreprise Sibselmach (sigle de « Machines agricoles de Sibérie ») qui produit toute la gamme des machines, dont une partie est livrée aux grands sovkhozes et une autre exportée à l’étranger. Puis sont venues des usines de fabrication de machines-outils pour l’industrie mi-nière et mécanique, fondées au cours des transferts de la Seconde Guerre mondiale près de l’entreprise précé-
dente. La ville produit en particulier des presses hydrauliques, exportées dans les autres pays socialistes et dans le tiers monde. En rapport avec l’équipement des fleuves sibériens, une troisième entreprise géante a été fondée en 1953, la Sibelektrotiagmach (« Motrices électriques de Sibérie »), qui a fourni les turbines et générateurs de la centrale de Bratsk et des autres downloadModeText.vue.download 362 sur 625
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 14
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centrales géantes en construction. Autour de ce noyau métallurgique se sont développées de nouvelles usines textiles et alimentaires, en particulier pour l’emploi de la main-d’oeuvre féminine. Une nouvelle usine sidérurgique comporte une aciérie électrique et des laminoirs ; elle fournit des tôles fortes et des aciers magnétiques aux usines de machines-outils. Un troisième secteur, la pétrochimie, doit prendre son essor avec l’arrivée à Novossibirsk de
l’oléoduc transsibérien et du gazoduc en provenance des riches gisements de gaz naturel de la Sibérie occidentale, en particulier de la région de Sourgout.
Enfin, Novossibirsk a été choisie comme capitale de la « grande région économique » de la Sibérie occidentale, la plus proche de l’Europe et de l’Asie centrale, la plus riche et la plus active des trois régions formant la Sibérie. À ce titre, elle concentre des institutions et des administrations importantes ; elle fait office de capitale pour le Kouzbass, où les services sont faiblement développés, et pour les vastes étendues de la plaine de l’Ob, et elle ravit aux autres villes du Transsibérien, comme Omsk ou Tomsk, des
fonctions de service. Ce rôle s’exprime sur le plan intellectuel et scientifique.
En 1956 fut décidée la création, effective en 1959, de la « Cité des savants »
(Akademgorodok) au bord de l’Ob,
destinée à concentrer des dizaines de laboratoires de recherche et d’établissements d’enseignement en un lieu privilégié, où une partie des recherches doit être orientée vers la connaissance et le développement de la nature et de l’économie sibériennes, mais qui comporte des instituts célèbres, comme celui des mathématiques. On compte ainsi des centaines de bâtiments consacrés à la recherche, plusieurs milliers de maisons d’habitation dans un des plus vastes campus du monde, au
milieu de la taïga : 40 000 chercheurs et leurs familles y résident, malgré la rigueur de l’hiver et la monotonie de la vie. Pour l’ensemble de l’agglomé-
ration, on compte plus de 200 établissements d’enseignement secondaire, 15 établissements d’enseignement su-périeur avec plus de 70 000 étudiants, ce qui représente la population totale de la ville après la Première Guerre mondiale.
La ville s’allonge sur les deux rives de l’Ob et au bord du barrage-réservoir appelé mer de l’Ob, première centrale hydraulique géante sur le fleuve. Elle se compose d’un centre monumental, de cités résidentielles autour des usines, séparées par des kilomètres de forêt, possédant ainsi une des superficies urbanisées les plus étendues de l’U. R. S. S. : plus de 400 km 2. Le
rythme de la construction est un des plus élevés de l’Union. La majeure partie de la population se compose de jeunes, et les taux d’excédent naturel restent élevés. Contrairement à d’autres villes de Sibérie, le nombre de départs est faible, l’équipement socioculturel et les hauts salaires suffisant à retenir la population. L’imprimerie, l’édition, la radio, la télévision et les studios de cinéma attirent, en dehors des instituts de recherche, une population jeune originaire de Russie.
A. B.
F Sibérie.
Novotný
(Antonín)
Homme d’État tchécoslovaque
(Letňany, près de Prague, 1904 -
Prague 1975).
L’ascension
Fils d’ouvrier, Novotný adhère au parti communiste à dix-sept ans, en 1921, l’année même de la création de celui-ci.
À trente-cinq ans, il est secrétaire à Hodonín en Moravie. Durant la Seconde Guerre mondiale, il est pendant quatre ans (1941-1945) déporté à Mauthau-sen. Après la réussite du « coup de Prague » (1948), il est premier secré-
taire de la région de Prague. Principal bénéficiaire de la chute de R. Slánský, il devient secrétaire du comité central le 6 septembre 1951 ; le 6 décembre, il entre au praesidium. En septembre 1953, profitant des remaniements qui suivent la mort de Gottwald*, il est nommé premier secrétaire du parti.
Représentant du groupe stalinien, qui vient d’accéder au pouvoir, il cherche, en 1956, à éviter que la Tchécoslovaquie soit entraînée dans le courant de libéralisation qui transforme la Hongrie* et la Pologne*. En juin 1956, il s’oppose à la réunion d’un congrès extraordinaire et convoque seulement une conférence nationale du parti communiste, soigneusement contrôlée.
Dans une Europe de l’Est en pleine effervescence, la Tchécoslovaquie apparaît comme un îlot de dogmatisme, un appui inconditionnel des dirigeants soviétiques.
À la mort de A. Zápotocký, c’est Novotný qui est élu, en novembre
1957, président de la République. Il va maintenir jusqu’à sa chute, en 1968, le cumul des postes clés du parti et de l’État. Malgré son hostilité à l’égard de la déstalinisation, il a le soutien de Khrouchtchev.
Homme de l’appareil, il ne peut,
comme Gottwald ou Zápotocký, se pré-
valoir d’un prestige historique. Hostile aux intellectuels, il exprime bien les intérêts de la bureaucratie de l’appareil du parti, très conservatrice. De 1956 à 1968, il saura reculer les échéances de la déstalinisation.
Les lenteurs de la
libéralisation
Pendant douze années, l’usure du pouvoir contraint Novotný à des concessions. Mais celui-ci se refuse à céder sur ce qui lui paraît l’essentiel : nul ne doit évoquer ouvertement les grands procès de 1949-1954.
Le ministre de l’Intérieur Rudolf Barák semble favorable à une révision des procès politiques. Il aurait entre ses mains des dossiers compromettants pour l’équipe au pouvoir. En juin 1961, il perd son poste de ministre au profit d’un homme de Novotný, L. Štrougal, et, en février 1962, il est exclu du parti et condamné à quinze ans de prison pour détournement de fonds publics.
Lors du XIIe Congrès du parti communiste, en décembre 1962, Novotný annonce en termes vagues la révision des procès politiques des années 1949-1954. Mais il doit compter avec
l’opposition grandissante des milieux slovaques, qui n’ont pas pardonné l’exécution en 1952 de V. Clementis, condamné pour nationalisme bourgeois slovaque lors du procès Slánský.
L’année 1963 est marquée par plu-
sieurs concessions : dans sa séance du 3-4 avril 1963, le Comité central examine un rapport « sur les violations des principes du parti et de la légalité socialiste à l’ère du culte de la personnalité », qui reste secret jusqu’à sa publication en Occident en 1966. Novotný doit sacrifier douze staliniens slovaques
notoires : entre autres, K. Bacílek, premier secrétaire du parti slovaque, et, en septembre 1963, le Premier ministre Viliam Široký. En août 1963, il doit admettre la réhabilitation judiciaire de Slánský, mais, par un compromis subtil, les crimes politiques et les